Baptiste Rabichon expose “A l’intérieur cet été”

17mBaptiste Rabichon nous embarque dans un conte d’été au beau milieu de l’hiver parisien à la galerie Paris-Beijing.

“A l’intérieur cet été” prolonge sa série “Dame de Coeur” présentée en mars 2018, en référence à la reine de Lewis Carroll, et parsème à son tour une multitude de clins d’œil au personnage d’Alice au pays des merveilles.

Baptiste_Rabichon_Netflix

L’exposition est introduite par deux nouvelles pièces qui n’ont rien à voir avec la série 17eme qui représente la colonne vertébrale du voyage proposé par Baptiste Rabichon. Révélant d’une certaine manière la fin d’un cycle et le début d’une nouvelle forme narrative, l’œuvre qui nous accueille intitulée Netflix recèle déjà tous les éléments d’une narration beaucoup plus intimiste, elle compile des fragments de vie avec une forme de composition plus complexe. Elle se traduit comme une double invitation : celle de l’exposition en cours et celle de susciter déjà le désir pour la prochaine. Le Lunettier, la seconde œuvre à ouvrir l’exposition, est clairement une invitation à changer notre angle de vue et à passer dans une dimension différente comme l’à fait Alice en entrant dans le Pays des merveilles.

Le voyage proposé est dans un monde estival au milieu des fleurs où apparait et disparait le corps d’une femme dénudée. Dans cet éden, nous partageons la taille de cette « Eve » qui a la même échelle que nous. Ici, ce sont les fleurs et les végétaux qui sont géants et créent un couloir trans-dimensionnel composé d’une quinzaine d’œuvres.

Comme un artisan, Baptiste Rabichon compose par couches successives utilisant toutes les techniques anciennes et modernes de la photographie. Comme un alchimiste, il expérimente de nouvelles manières de produire des images, mêlant analogique et numérique, alternant tirages, photogrammes, caches ou projections directes de fleurs naviguant ainsi de la chambre noire à l’écran d’ordinateur. Ce travail qu’il réalise dans le noir absolu implique une grande concentration et laisse, malgré tout, une part au hasard et à l’accident, ce qui confère aux œuvres une dimension fantastique.

Avec ces mille feuilles photographiques, Baptiste Rabichon crée une jungle florale dans laquelle le personnage fait corps avec la nature retrouvant ainsi l’harmonie et sa pleine vitalité. Mais au-delà, les œuvres exposées révèlent une friction entre négatif et positif, entre photographie et peinture et invitent le visiteur dans une odyssée entre réalité et fiction.
Un hymne à la nature, au paradis perdu !

Baptiste Rabichon
A l’intérieur cet été
24 janvier – 02 mars 2019

Galerie Paris-Beijing
62 rue de Turbigo 75003 Paris
http://www.galerieparisbeijing.com

Le cocktail sensoriel de Catherine Gfeller à la galerie RX

Catherine Gfeller New York 1
Catherine Gfeller – New York

La galerie RX présente les visions kaléidoscopiques de Catherine Gfeller dans les mégalopoles. China Drinftings” est une vibrante pulsation des villes avec l’humanité en ombre chinoise.

Depuis trente ans, Catherine Gfeller développe une pratique qui entremêle photographies, vidéos et installations sonores et dans lesquelles la femme et la ville tiennent une place prépondérante. Avec une énergie communicative, elle traduit par ses compositions, obtenues par montages, superpositions et collages successifs, un univers à la fois proche et éloigné de la réalité.

La première salle que lui consacre la galerie RX présente une série produite de 2001 à 2006 à New York. Ses multi-compositions montées comme un travail séquentiel témoignent de l’effervescence pulsatoire d’une foule urbaine dans les rues de New York. Les passants viennent à l’infini, certains au rythme lent, d’autres speed, fondus avec ceux encore qui prennent le temps de s’arrêter. Une réalité que Catherine Gfeller capte et réinterprète à la manière d’un rêve urbain.

 

Sa démarche nait du cinéma, elle pose sa caméra dans la rue et capte la pulsation de la ville. Ensuite de retour chez elle, dans une deuxième phase de travail, elle fouille dans la multitude d’images vidéos et sélectionne après un long éditing des arrêts sur image qui vont fournir la matière première de ces compositions. Elle combine ainsi la technique du montage cinématographique, celle du « sandwich » photographique et celle du collage. L’artiste se transforme alors en compositrice pour traduire non seulement ce qu’elle a vu, mais aussi entendu et ressenti. L’exploration du réel prend alors divers chemins de traverse dans laquelle la dimension immersive demeure fondamentale. Aller à la dérive, se perdre dans les rues, autant de manières de laisser la ville nous réinventer.  Tout un cocktail sensoriel.

Catherine Gfeller China Driftings 5
Catherine Gfeller – China Driftings

Dans la grande salle, la dernière série, Dérives chinoises, évoque tout à la fois l’envie de découvrir, de sentir et de s’affranchir de ses propres émotions. Catherine Gfeller retrouve dans les mégapoles chinoises l’effervescence de New York avec une fascination particulière, liée à la perte de repères, aux codes de vie différents et à une énergie excitante qui réveillent en elle ses instincts et tous ses sens.

Catherine Gfeller China Driftings
Catherine Gfeller – China Driftings

Reprenant le motif humain en ombre chinoise, la différence de regard entre les deux séries est pourtant étonnante. Alors que dans la série New York, ville où l’individualisme occidental règne en maitre, l’humain se détache en foule. Dans les mégapoles du pays du milieu, où le collectivisme s’est longtemps imposé comme doctrine majeure, la figure humaine apparaît comme un personnage féminin fictif, une sorte de double ludique et poétique.

Les formats panoramiques sont comme des frises, des plans séquences de films où cette figure devient le trait d’union entre la nature ou la ville et les humains, une version asiatique et féminine de l’ange gardien qui rappelle les anges des « Ailes du désir » de Wim Wenders, autre référence cinématographique. Dans cette série, la frénésie initiale semble s’être apaisée.

 

Dans le film « Woman Night », des femmes contactées par Catherine Gfeller se promènent dans leur ville. De dos ou de profil, les yeux fermés, elles racontent le quartier qu’elle chérisse.  Catherine Gfeller y mêle ses propres interprétations et crée ses propres narrations inspirées à ses intuitions, ses ressentis, lus en voix off. Ces séquences deviennent ainsi les portraits « déguisés » de ces femmes.

Catherine Gfeller dit photographier la ville plus vite que son ombre, chinoise certainement.

 


Catherine Gfeller, artiste plasticienne suisse, vit et travaille à Paris ainsi que dans le Sud de la France. Après un Master en histoire de l’art et un CAPES, elle développe son activité artistique à New York où elle vit 5 ans. Elle s’installe à Paris en 1999 et obtient le prix de la Fondation HSBC pour la Photographie. Depuis 1988, son travail a été exposé en France et dans de nombreux pays, notamment au Crac de Sète, au Kunstmuseum de Lucerne, au Musée de l’Élysée à Lausanne, au W.A.M.de Johannesburg, au Musée d’Art de Guangzhou (Chine), au Musée National de Kiev (Ukraine) et au Centre Culturel suisse de Paris.

 

CHINA DRIFTINGS de Catherine Gfeller

1er décembre 2018 – 10 janvier 2019

Commissaire : Béatrice Andrieux

Galerie RX

16 rue des Quatre Fils

75003 Paris

www.galerierx.com

Still, une exposition dans la quiétude des Lumières nordiques au MuMa-Le Havre

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Trine-Sondergaard_Guldnakke 4

L’exposition Still de Trine Søndergaard est le dernier volet de Lumières Nordiques, un parcours photographique qui s’est déployé en Normandie et conçu comme une invitation à la découverte de la photographie nordique (Finlande, Islande, Suède, Norvège, Danemark).
Ce parcours, qui a débuté au printemps dernier, se termine au Musée d’art moderne André Malraux – Le Havre. Le MuMa réunit deux séries photographiques de Trine Søndergaard : Interior (2008-2012) et Guldnakke (2012-2013). Cet ensemble d’une trentaine de pièces résonnent avec un tableau du peintre danois Wilhelm Hammershøi dont l’œuvre a fortement inspiré le travail de cette photographe danoise.

L’exposition débute précisément par une œuvre de Hammershøi , Intérieur, Strandgade, 30 (1904) prêtée par le musée d’Orsay. Artiste redécouvert dans les années 1990, Wilhelm Hammershøi peignait des tableaux d’intérieurs énigmatiques représentant des pièces souvent vides, parfois habitées par des personnages féminins souvent vus de dos, tournés vers des murs clairs et nus, qui semblent perdus dans une profonde réflexion. Réalisés dans une gamme de tons de gris, de brun très restreinte ou de blanc, ses paysages intérieurs baignent dans une atmosphère étrange, irréelle, dénuée de toute action ou d’anecdote.

Trine Søndergaard aime les liens entre art ancien et art contemporain, entre peinture et photographie. Dans sa série photographique Interior, elle reprend le même protocole que celui d’Hammershøi. Elle a réalisé des prises de vue dans des pièces de manoirs danois inhabités. Des espaces aux géométries rigoureuses animées par des enfilades de pièces, de portes, de fenêtres, seulement habités par les ombres et une lumière extérieure naturelle, mais dans lesquels semblent persister l’ombre de leurs anciens propriétaires. Les teintes et les lignes n’ont aucune fantaisie et nous plongent dans un univers très luthérien où règne encore une atmosphère étrange.

L’effet d’étrangeté est renforcé par un face à face, au sens littéral du terme, de ces paysages intérieurs avec une série de portraits de femme de dos, encore une référence à l’œuvre de Wilhelm Hammershøi. Cette série intitulée Guldnakke représente des femmes de dos en gros plan portant d’anciennes coiffes danoises brodées aux fils d’or ou d’argent. Ces coiffes étaient portées au milieu du XIXe siècle par les femmes de riches fermiers. Elles constituaient une marque d’appartenance à une classe sociale.
Inspirés par les grands portraitistes flamands, ces portraits sur un fond brun sont toutefois inversés. Ces femmes donnent à voir, avec une coiffe brodée, la personnalité d’un personnage d’un autre temps. Elles sont toutes empreintes d’une certaine nostalgie, d’un abandon, d’une solitude. Des femmes, plutôt jeunes, qui regardent toutes vers le bas comme triste. Bien sûr ces coiffes richement décorées tranchent avec l’apparente neutralité et monochromie de ces intérieurs austères auxquels elles font face. Cette nostalgie d’un passé figé est perturbée par les tenues des femmes qui portent des vêtements ou des parures de notre époque.

Trine Søndergaard joue avec une grande maîtrise des antagonismes. Renforçant la rigueur et l’austérité de ces espaces avec ses cadrages et de grands formats carrés, elle s’efforce d’adoucir son sujet avec des lumières naturelles, une mise en scène et un grain à ses images qui apporte un velouté à tous ces paysages intérieurs.

Vilhelm-Hammershoi
Vilhelm-Hammershoi

Le titre Still fait référence au calme, la tranquillité, la quiétude. Ces deux séries évoquent chacune de leur coté cette impression, ensemble, mêlées elles racontent une histoire plus complexe. Le temps semble s’être effectivement arrêté, les pièces sont vides, et pourtant les portes ouvertes nous entrainent tranquillement vers une histoire en train de s’écrire devant nous et que l’on peut imaginer comme un hommage à un passé glorieux. En face, ces femmes semblent tourner le dos à cette austérité et reprendre le fil (doré) de leur vie. Des fantômes qui auraient occupés ces lieux, libérés, échappés d’un carcan d’une société rigide symbolisés par ses coiffes réalisées par d’habiles couturières qui furent les premiers exemples de femmes indépendantes qui, par leur travail, ont su subvenir aux besoins de leur famille.
Trine Søndergaard nous invite ainsi, en toute quiétude, à tisser les histoires que nos paysages intérieurs peuvent imaginer dans un face à face avec nous même.

Commissariat Gabriel Bauret

Trine Søndergaard  – Still

du 13 octobre 2018 au 27 janvier 2019

 

INFORMATIONS PRATIQUES

MuMa

Musée d’art moderne André Malraux – Le Havre

2 boulevard Clémenceau

76600 Le Havre

http://www.muma-lehavre.fr

Paris Photo, pari tenu

Une belle édition pour cet incontournable rendez-vous de la photographie sous la verrière du Grand Palais.

 

Paris Photo - Grand Palais
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Alors que le rideau vient de tomber sur l’édition 2018 de Paris Photo, revenons sur ce cru d’excellente qualité dans lequel se côtoyaient, dans un merveilleux jeu d’équilibriste, la photographie iconique avec ses plus grands représentants comme Henri Cartier-Bresson, Lartigue, Brassaï, les grands autoportraitistes Cindy Sherman, Andy Warhol, Michel Journiac en tête, les photographes de mode de Richard Avedon à Erik Madigan Heck (Christophe Guye galerie), la photo reportage avec notamment le sujet sur la Russie de Dmitry Markov ou encore certaines images qui documentent des performances comme celles de Prune Nourry ou Philippe Grollier et enfin la photographie plasticienne. Où se côtoient également toutes les techniques ; cyanotypes, impressions sur verre ou plaque d’aluminium, collages, et même tissages avec une photographie métissée de broderie, de peinture, de dessin, ou encore des photographies mises en scène en sculptures ou installations. L’excentricité n’est peut pas aussi présente que les fois précédentes, pas de trucs révolutionnaires, mais une mixité tellement bien dosée qu’il y avait une grande cohérence dans cette édition 2018.

Une photographie sous influence

Il est à remarquer une tendance de plus en plus forte comme une sorte d’hommage à la peinture classique et moderne. Ainsi, de nombreux artistes comme Sabine Pigalle (galerie RX), Trine Søndergaard (galerie Bruce Silverstein) dont on peut voir actuellement une très belle exposition au MuMa du Havre, ou encore Christian Tagliavini (Camera Work) pour ne citer qu’eux, revisitent, chacun à sa manière, la peinture flamande avec de grands portraits aux jeux de lumière très élaborés. Sabine Pigalle notamment nous embarque dans des scènes à la Vermeer avec une infinie délicatesse de composition et d’éclairage.

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Sabine Pigalle

Baptiste Rabichon (galerie Paris-Beijing) quand à lui, dans sa nouvelle série créée dans le cadre de sa résidence BMW, nous plonge dans un univers qui rappelle certaines œuvres de Raoul Dufy. Remontant l’hommage à des choses plus récentes, on trouve chez certains artistes des références à l’abstraction, à la peinture surréaliste ou au mouvement dada. Comme avec la nouvelle série de Denis Darzacq (galerie RX) qui délaisse ses personnages en lévitation pour des assemblages photographiques nous plongeant dans un univers proche de la peinture de la première moitié du XXe siècle, de Jean Arp particulièrement.

Quand au travail remarquable d’Edouard Taufenbach (galerie Binôme), ses montages syncopés nous évoquent certaines œuvres d’art cinétique. Après sa série « cinéma » dont la recherche d’une géométrie rigoureuse définissait les montages, dans sa nouvelle série présentée par la galerie Binôme les montages sont plus influencés par le sujet lui-même. Reprenant comme à son habitude des images d’archives, il compose des œuvres dont la dynamique du corps définit l’assemblage. Son travail était visible à la fois sur le stand de sa galerie ainsi que dans l’espace Curiosa, un tout nouveau secteur qui présentait une sélection d’images érotiques.

Genre, mixité, tissage et métissage

Une autre tendance peut être plus politique est une présence forte d’artistes qui questionnent la condition des femmes et du genre. En tout premier, la galerie Christophe Gaillard qui consacrait son stand à un solo show sur le 24 heures dans la vie d’une femme ordinaire de Michel Journiac. Un magnifique sujet qui était d’ailleurs proposé à la vente dans un superbe coffret.

Kyle Meyer proposait des portraits d’hommes africains tissé avec des bandes de tissus wax.  Ces hommes ainsi habillés et coiffés comme de belles africaines posent ainsi la question du genre et de l’homosexualité. Il propose « une enquête analytique perpétuelle sur ma propre identité en tant qu’homme gay et les communautés LGBTQ avec qui je m’identifie. C’est profondément ancré en moi j’ai grandi dans une communauté agricole conservatrice de l’Ohio rurale, et j’ai passé une période importante comme adulte au Swaziland, où il est illégal d’être homosexuel. En combinant des éléments photographiques et sculpturaux, mon travail parle métaphoriquement de la condition d’isolement, d’oppression, de mémoire et de perte. ».  Stéphanie Syjuco (Catharine Clark gallery) de son coté couvre ses modèles féminins d’un tissus pour n’en faire plus que des sculptures juste dessinées par les plis et le motif du textile.

La galerie Anita Beckers présente notamment deux œuvres de la série « partition » de Christiane Fesser dont la construction avec ses découpages en reliefs créent un mix entre la photographie et le bas relief. Dans le mélange des genres  l’artiste allemand Thorsten Brinkmann (galerie Feldbusch Weiner Rudolph), propose une galerie de portraits réalisés entre les murs de son studio. L’artiste met en scène et incarne des personnages fictifs aux allures de dignitaires mais dont il déconstruit la suffisance ou l’arrogance avec des attributs comme des abats jours, des poubelles, dans une palette chromatique juxtaposant ocre, vert émeraude, vermillon. Un joyeux bric à brac vivifiant.

Nous pourrions ainsi citer un grand nombre de travaux et d’artistes car la foire était dense et beaucoup d’œuvres valaient le détour. A l’heure où se dessinent les contours du Grand Paris, nous avions, au Grand Palais, un grand Paris Photo.

 

Paris Photo

8-11 novembre 2018

Grand Palais

La photo sort du cadre sur A PPR OC HE

Bruno Fontana 1
Bruno Fontana 1

J’étais curieux de voir cette deuxième édition de A PPR OC HE, dernier né des salons consacrés à la photographie. Elle confirme un parti pris de défricheuse.

Un petit salon, certes, mais qui recèle quelques pépites. Sa principale force est une photographie plasticienne sans frontière, un laboratoire qui ne s’interdit aucun support et la photographie sort du cadre. Ici on peut voir un portrait délicatement imprimé sur une feuille, des silos ou des usines sur des plaques d’aluminium comme une version contemporaine ou un vibrant hommage aux photos de Bernd et Hilla Becher.

Dans cette ancienne maison qui vit Molière dans ces murs, la photographie se découpe sous le cutter du duo franco japonais composé de Thomas Sauvin et  Kensuke Koike. Les artistes nous proposent une réinterprétation de portraits noir & blanc anciens en découpant  des formes qui sont replacées selon une géométrie particulière. En cette période de commémoration du centenaire de la fin la 1ère Guerre Mondiale, ces portraits de gueules-cassées résonnent de façon incroyable.

La photographie se fait également  sculpture ou couture sous les doigts de Marianne Csáky qui, présentée par la galerie Inda, propose des œuvres étonnantes. Elle redonne à ses images une toute nouvelle narration avec des aplats de tissus cousus sur ces images, ou avec tout un travail colorimétrique sur des négatifs sous verre enchâssés sur des structure en métal, ou encore sur, d’autres œuvres, avec un jeu de polygones entrecroisés renforçant dans tout ces cas une certaine dramaturgie.

Elle « s’instantanise  » avec les Polaroïdioties du sculpteur Erik Dietman. La galerie Papillon présente une série de polaroïds à la frontière de l’abstraction. Un travail moins connu de cet artiste qui pourtant avait un réel talent de photographe.

Erik Dietman
Erik Dietman

Elle prend encore des allures de vestiges archéologiques avec le travail de Vittoria Gerardi qui nous propose une expérience visuelle et mentale du paysage. La jeune photographe italienne nous présente sa propre perception du paysage de la Vallée de la Mort, un lieu désertique, aride et chaud. La photographe utilise des parties du négatif comme des fragments de paysages pour construire des frontières symboliques entre matière et temps, entre espace et lumière, comme pour mieux marquer le paysage d’une cicatrice, celle d’un horizon imaginaire. Elle présente également des cubes de plâtre blanc d’où émerge un ruban de photographie de ce désert nous invitant à imaginer les vestiges d’un temps minéral lointain.

Elle se fait protocolaire et poétique sous le travail Marie Clerel représentée par la galerie Binôme. En effet,  la photographe propose un calendrier sous la forme d’une série de cyanotypes qui ont été révélés à l a lumière du jour à midi. Ces petits rectangles montés comme un calendrier montrent une vision symbolique et poétique du ciel chaque jour et sur un mois. On peut sans problème distinguer les mois d’été aux mois d’hiver par l’intensité des bleus. Des œuvres tout à fait étonnantes qui par un protocole extrêmement rigide parviennent à nous attendrir.

Un salon qui, comme son nom l’indique, révèle une autre approche de la photographie, une photographie libérée de pensées dogmatiques.

A PPR OC HE

Le Molière

40 rue de Richelieu

75001 Paris

L’artiste au travail et le travail de l’artiste au cœur de l’exposition « Enchanté » du LAAC

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Jean-luc-Vilmouth-Odyssee-1983_-Collection-IAC_-Rhone-Alpes-Villeurbanne-ADAGP-Paris-2018

Le LAAC, le musée d’art contemporain de Dunkerque, propose une exposition qui interroge l’œuvre d’art et son processus de création. Comment un objet ou une matière se transforme en œuvre d’art ? A quel moment se charge-t-il d’une émotion ou d’une symbolique ? Par le geste de l’artiste ? Par son travail ? Par son choix ?

Plusieurs étapes participent à cette élaboration ; la réflexion et la naissance d’une idée, la main et l’outil, le temps de maturation et de production, le lieu de production et d’exposition… Où se trouvent les limites qu’il convient de dépasser pour que les gestes, les objets, les attitudes, les formes… acquièrent un sens une valeur singulière et artistique.

A quel moment un objet, une série photographique basculent et deviennent œuvre d’art ? Quels processus donnent naissance à des œuvres ?  Comment l’œuvre et à travers elle, l’artiste et son travail, interrogent l’art lui-même ? Quel est ce monde mystérieux dans lequel l’artiste crée, fabrique, assemble… l’atelier ? L’exposition propose une interrogation sur la méthode, le projet, le processus, la technique en induisant une dimension politique et sociale.

L’exposition « Enchanté » se dessine en cinq chapitres. Le premier « La fabrique du sensible »  est consacré à ce basculement qui fait qu’un objet par le simple fait de la répétition, d’être montré, collectionné, acquiert une charge symbolique, un autre statut et devient ainsi œuvre d’art. Autour d’une œuvre de Barry Flanagan qui martèle le temps, notion importante dans le processus de création, ce sont les photographies qui sont le plus représentées. La série photographique de métiers vus par Pierre Mercier, les objets de grève photographiés par Jean-Luc Moulène et les ateliers d’artistes majeurs dans l’histoire de l’art contemporain de Gautier Deblonde. Dans les trois cas c’est la série qui fait basculer la simple photographie anthropologique pour l’un, politique pour l’autre ou historique et plastique pour le dernier dans une dimension artistique plus puissante encore.

Le deuxième chapitre nous fait pénétrer dans la naissance d’une œuvre et présente des esquisses de performances de Micha Laury, des estampes de Bernar Venet, les documents de travail préparatoire pour la réalisation du Cyclop de Jean Tinguely, et même des maquettes de commande publique jamais réalisées d’Arman ou Jesús Rafael Soto. Emouvant !

Dans « De l’ordinaire à l’exceptionnel », le troisième chapitre de cette exposition, c’est le détournement qui est mis à l’honneur. L’objet usuel devenant œuvre d’art par une mise en scène, un assemblage, une transformation, se charge d’une émotion, de poésie ou d’une réflexion politique et d’un caractère exceptionnel. On y trouve l’installation, Local Time, composée d’horloges d’aéroport et de marteaux signée Jean-Luc Vilmouth , dont on peut admirer également ses objets aux dimensions impressionnantes prévus initialement pour être envoyés dans l’espace. César, avec une de ses compressions, ne pouvait qu’être présent dans cette section, ainsi que les affiches déchirées de Raymond Hains et la Palette composée d’objets en plastique aux couleurs primaires accrochées sur le mur de Tony Cragg.

Andy Warhol ouvre le quatrième chapitre qui est consacré à la multiplicité. La reproduction, la multiplication nous amène à nous interroger sur l’originalité et la singularité. C’est aussi la reproduction, celle du protocole de production (cadrage, plan, neutralité…) de Bern et Hilla Becher dans leurs séries de châteaux d’eau ou silos à grains qui fait œuvre. Chez Allan McCollum la répétition est un jeu. Il reproduit le même vase qu’il peint de couleurs différentes et l’installe à des hauteurs différentes. Chacun devient unique et l’ensemble devient un tout, tout aussi unique.

Le cinquième chapitre nous plonge dans l’univers créatif de Séverine Hubard qui prend possession de tout l’espace au centre duquel trône une maquette géante d’une improbable antenne relais. Tout autour sont disposées des maquettes de ses différents projets, utilisant différents matériaux. La maquette ici devient œuvre. L’espace devient hybride, à la fois atelier, lieux de stockage et d’exposition. Certaines œuvres nous invitent à les découvrir in situ. Une façon d’appréhender l’ensemble des étapes de la création et l’imagination de Séverine Hubard.

On retrouve la notion d’atelier dans différents chapitres avec les photos de Gautier Deblonde, l’installation de Michel Paysant, qui avec un dispositif riche, nous présente une table de travail d’artiste comme un laboratoire d’étude. Elle nous plonge au cœur du travail de l’artiste. Plans dessins, maquettes, formes, bois découpés… sont disposés sur un grand établi. Une mise en chantier artistique grandeur nature.

L’exposition « Enchanté » sous le commissariat de Richard Schotte est tout simplement remarquable ;  par le sujet abordé, la mise en exposition, l’utilisation des espaces, et enfin la qualité des œuvres exposées. C’est un enchantement !

Severine-Hubard

Listes des artistes présentés : Allan McCollum – Andy Warhol – Arman – Bernd & Hilla Becher – Barry Flanagan – Ben – Bernar Venet – César – Etienne Pressager – Gautier Deblonde – Gérard Gasiorowski – Jean Tinguely – Jean-Luc Moulène – Jean-Luc Vilmouth – Louis Cane – Micha Laury – Michel Paysant – Pierre Mercier – Raymond Hains – Robert Filliou – Séverine Hubard – Jesús Rafael Soto – Tony Cragg

INFORMATIONS PRATIQUES
Enchanté
Du 21 avril au 26 août 2018
LAAC
Lieu d’Art et d’Action Contemporaine
Jardin de sculptures
302 avenue des Bordées
59140 Dunkerque
http://www.musees-dunkerque.eu

A voir aussi à Dunkerque  (objet d’un prochain article sur Mowwgli)
TUBOLOGIE – Nos vies dans les tubes
Commisariat : KVM – Ju Hyun Lee & Ludovic Burel
Du 21 avril au 30 décembre 2018
FRAC GRAND LARGE – HAUTS DE FRANCE
503 avenue des Bancs de Flandres
59140 Dunkerque
http://www.fracgrandlarge-hdf.fr

Un, Deux, Trois… Labanque ! (2nde Part.)

©-Brian-Griffin-Men-in-excavator-2017-Production-Labanque
©-Brian-Griffin-Men-in-excavator-2017-Production-Labanque

Je vous propose la suite de mon article d’hier avec les deux autres expositions proposées par LaBanque à Béthune : De l’apparence des choses, Chapitre VI, Des forces de  Rachel Labastie et Between here and nowhere de Brian Griffin.

RACHEL LABASTIE
« DE L’APPARENCE DES CHOSES, CHAPITRE VI, DES FORCES »

©-Rachel-Labastie-Le-foyer-2011-Sculpture-grès
©-Rachel-Labastie-Le-foyer-2011-Sculpture-grès

A l’étage nous sommes accueillis par une roue en osier qui tourne sans fin. Elle évoque la roulotte des origines Yéniches (peuple nomade de l’Europe et grands vanniers) de la grand-mère de Rachel Labastie. Toutefois entourée de haches en céramique plantées dans le mur, comme elle l’est, l’œuvre pourrait nous inviter à une fête foraine ou encore évoquer une attaque de diligence. En tout cas un jeu de forces est à l’épreuve. D’ailleurs « Des forces » est le nom de ce sixième chapitre de son projet intitulé De l’apparence des choses.

Des forces contraires, il s’agit bien de cela dans cet épisode. Tout le parcours oscille entre érection et suspension, dureté et fragilité, violence et sensualité. Rachel  Labastie joue des paradoxes et de l’apparence des choses. Elle utilise l’argile crue, le bois, la céramique, le verre, le marbre dans ses huit installations où se manifestent le geste, l’apesanteur, le feu, la violence et la magie.

Les œuvres les plus frappantes sont peut être celles qui justement nous rapproche du rituel et de la magie, par exemple avec Foyer, une œuvre faite d’ossements modelés en grès noir reposant sur des tessons roses et bruns. Un amas qui évoque les restes d’un charnier, de fouilles archéologiques d’un tombeau ou encore d’une grotte du paléolithique. Elle montre le paradoxe du feu dont la maîtrise est indispensable pour sa création et qui réchauffe, nourrit, permet de fabriquer mais aussi brûle, détruit. Il est symbole de vie et de mort. Il est aussi celui qui permet la communion dans des rituels chamaniques, ou des fêtes. En témoigne son intervention réalisée en 2017 dans un village de Navarre comme une cérémonie ritualisée. Dans un village abandonné, en fouillant dans les ruines des maisons, elle a ramassé des tuiles, des morceaux de céramiques et les tessons trouvés. Puis elle a réalisé un immense four primitif dans la terre pour cuire ses morceaux trouvés dans des bâtons d’argile. Ce feu qui a brûlé toute la nuit pour la cuisson a permis le rassemblement de tous les villageois. Cette cérémonie autour du feu révèle le désir du collectif afin de convoquer la communion autour des disparus, d’une histoire, comme un rite chamanique.

Eprise de liberté, elle dénonce toutes les entraves. Avec la série Entraves, des chaines, des  colliers d’esclaves sont accrochés au mur comme les équipements dans une écurie et attendent le forçat ou l’esclave. Le paradoxe nait de la fragilité de la céramique blanche utilisée qui contraste avec la gravité du propos.

Dans ce premier étage qui lui est entièrement consacré, Rachel Labastie pointe du doigt la dualité incarnée dans la matière en transformation. Magie du feu, rituel sacré, bâtons de pèlerin, roue du destin, on a envie d’écouter ses histoires et de la suivre dans cette cérémonie qui réunit la communauté des humains.

BRIAN GRIFFIN
« BETWEEN HERE AND NOWHERE » Commissariat : Valentine Umansky

©-Brian-Griffin-Two-French-soldiers-2017-Production-Labanque
©-Brian-Griffin-Two-French-soldiers-2017-Production-Labanque

Brian Griffin, est un photographe né à Birmingham dans un milieu très populaire. Il a photographié le monde de l’entreprise lors de commandes puis a travaillé pour la presse : Time Magazine et The Observer Magazine. Ami de Martin Parr, fan de musique, il était notamment le grand portraitiste de la scène musicale des années 80. Paul Mc Cartney, Depeche Mode, R.E.M, Kate Bush, Elvis Costello ou Iggy pop sont passés sous son objectif. Le Guardian en 1989 prétendait qu’il était le photographe de la décennie. Depuis 2001, il a délassé les stars pour photographier le monde des travailleurs et poursuit de porter un regard de coté sur la société britannique. Nous avions pu voir il y a un mois quelques images lors de l’expo, proposée à Paris par Burberry, consacrée au « british way of life » et qui célébrait la photographie britannique.

Un physique à la Gabin au regard bleu perçant, une autorité et une tendresse à la fois, on décèle toujours un brin d’ironie dans l’œil du photographe animé par une classieuse irrévérence et une claire ambigüité. Un mélange de Ken Loach et de David Lynch.

L’exposition Between here and nowhere se développe sur plusieurs chapitres d’un récit qui nous entraîne au milieu des pommes de terre, dans le milieu ouvrier, des militaires… Bref une histoire inspirée par la région, le lieu, sa terre natale, une grande humanité et le plaisir de brouiller les pistes.

Inspirée par la terre de Béthune-Bruay dont il  a lu beaucoup d’ouvrages relatant son histoire et notamment pendant la première guerre mondiale. Il a ainsi trouvé que les champs de batailles sont devenus des champs de pommes de terre. Que se passe-t-il dans cette terre qui sert à nourrir les populations et qui contient en elle les morts des deux derniers conflits mondiaux, dont beaucoup de britanniques ? Pour Brian la région est importante dans l’histoire et en lien avec sa région d’origine. Les connexions se font également avec le monde ouvrier, dont il rend hommage dans une superbe série. Les ouvriers sont photographiés avec leurs outils dans des positions et attitudes dignes d’un magazine de mode. Il interroge l’homme face au postmodernisme avec des images énigmatiques qui rappellent un accident nucléaire, un feu d’artifice ou les représentations futuristes d’une dimension parallèle qu’il nous faudrait découvrir.  Avec la série des Somnambules il poursuit cette interrogation. Il y photographie des personnages arrêtés dans leur mouvement, les yeux fermés, dans les espaces vides d’une usine McCain, encore une référence aux pommes de terre. Avec un jeu de perspective imparable cette mise en scène donne une impression de rêve ou de cauchemar, un effet irréel dont la portée politique ne fait aucun doute. Un peu plus loin on retrouve des soldats et des pompiers, des morts sous des croix blanches, un jeune ouvrier couché au sol… autant de personnages qui semblent être les protagonistes d’une histoire dont seul Brian Griffin possède les clefs.

Tout ici dans cette déambulation est mystère, jeu de piste. Brian Griffin nous propose un jeu de Cluedo mené dans un esprit Twin Peak , pour son univers entre fiction et réalisme à la frontière fragmentée, complexe avec plusieurs lectures possibles. Il laisse ici et là quelques indices afin de nous permettre de reconstruire une histoire qui navigue entre fiction légère et réalité brute.

Brian Griffin préfère les chemins de traverse aux propositions trop littérales et rejette le concept de vérité absolue.

A LIRE : 
Lire aussi la première partie

by Patrice HUCHET

INFORMATIONS PRATIQUES
Pierre Ardouvin « Retour D’abyssinie »
Rachel Labastie « De L’apparence Des Choses, Chapitre Vi, Des Forces »
Brian Griffin « Between Here And Nowhere »
Du 17 mars au 15 juillet 2018
LABANQUE
44, place Georges Clémenceau
62400 BETHUNE
Ouvert tous les jours de 14h à 18h30
Fermé le 1er mai
http://www.lab-labanque.fr

Guillaume Herbaut réveille nos amnésies au sommet à la Grande Arche du Photojournalisme

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L’exposition de Guillaume Herbaut questionne le rapport de l’Homme à son destin et présente des photographies qui réactivent notre mémoire. Avec notamment des images des différents reportages réalisés à Tchernobyl qui sont fondateurs de son travail.

Cette exposition importante n’est pas une rétrospective. Elle présente les moments phares du travail d’un photographe dont le style très personnel inspire la nouvelle génération de photoreporters.

Ses sujets de prédilection sont la guerre, la destruction, les conflits… qu’il traite sous le prisme de la trace, de la mémoire. Contrairement à la plupart des photoreporters qui utilise plutôt le 24X36, le format de l’instantané et du présent, Guillaume Herbaut travaille avec un moyen format qui nécessite de se poser et d’avoir un rapport particulier avec le temps passé, avec la mémoire. De plus pour lui, c’est un format qui fait écho à la peinture classique et lui permet de se différencier. Il tient toutefois à inscrire sa filiation dans l’histoire du photojournalisme, plutôt que dans la photographie d’art.

L’exposition se développe en  5 parties :

Tchernobyl : Condamnés à l’invisible

Comment rendre compte de l’invisible ? Le photographe Prix Nièpce 2011 joue la frontalité. Des rescapés de l’explosion nucléaire de Tchernobyl font face à des disparus, symbolisés par leurs objets fétiches. Des paysages assez neutres deviennent des lieux de peur avec l’affichage de becquerels qui indique le taux de radioactivité. Un mur de portes closes renforce la symbolique de l’invisible et de l’infranchissable.

La Zone : les bas-fonds du XXIe siècle

Avec des images qui semblent sorties d’un story-board pour un film où les personnages seraient perdus entre deux dimensions, Guillaume Herbaut nous plonge dans ce lieu où la toxicité des radiations a laissé la place à des personnages désœuvrés voire misérables. Ces photographies captent l’urgence et le désordre de la vie.

Weapons shows : 

Des formats géants comme des affiches publicitaires présentent des scènes de salons internationaux d’armements.  Des images bien proprettes qui viennent en contrepoint avec le reste du travail de Guillaume Herbaut et qui avec une certaine ironie montrent l’une des faces cachées de la guerre.

Ukraine, de Maïdan au Dombass : les combattants

Fidèle à son attachement à l’Ukraine, Guillaume Herbault s’y rend régulièrement pour y suivre les tensions entre les partisans d’un pays tournés vers l’Europe et ceux qui sont attachés aux Russes. Des images entre le MaÏdan et le Dombass où des frères ennemis semblent rejouer une dispute bien archaïque entre l’Europe et l’Asie.

7/7, l’ombre des vivants : Memento Mori

Un étrange projet que ce 7/7 qui, dans une scénographie en forme de croix latine, décline 7 étapes de l’histoire photographique et des peurs de Guillaume Herbaut. Partant de ses racines dans la maison vide de sa grand-mère en passant par des prises de vue de vendetta en Albanie, de mystérieux crimes de femmes dans le nord du Mexique, des traces monstrueuses des radiations d’Hiroshima… pour finir par un retour sur lui-même avec une mystérieuse boîte noire qui, comme celles des avions, garde secrètement la mémoire d’une vie consacrée à photographier une part obscure de l’humanité.

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INFORMATIONS PRATIQUES
Pour mémoire
Guillaume Herbaut
Du 13 février au 13 mai 2018
La Grande Arche
1 Parvis de la Défense
92044 Puteaux
Tarif unique accès Arche du Photojournalisme : 4 €
Gratuit pour les -16 ans
Ouvert tous les jours de 9h30 à 18h30
https://www.lagrandearche.fr/le-photojournalisme

by Patrice HUCHET

Deux femmes dans l’Aurès des années 30

Deux femmes racontent l’Aurès des années 30 au Pavillon Populaire dans une exposition qui montre comment deux scientifiques se sont révélées de remarquables photographes.

Femme-portant-un-tatouage©-Thérèse-Rivière

Le programme 2018 au Pavillon Populaire, espace dédié à la photographie à Montpellier, est particulièrement audacieux et ambitieux. Sous la forme d’un triptyque la programmation 2018 permet d’interroger différents aspects de la photographie. Le premier volet donne à voir la photographie documentaire à des fins scientifiques avec le travail photographique de missions ethnographiques dans l’Aurès en Algérie. Le second présente la photographie de propagande avec notamment une exceptionnelle exposition qui réunira des images de propagande nazie confrontées aux images de photographes juifs dans les ghettos prêtées pour l’occasion par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Le troisième volet proposera un regard sur la photographie de témoignage avec un focus sur le sud des Etats-Unis au moment des luttes pour les droits civiques.Une programmation exigeante qui s’inscrit dans une politique culturelle de la Ville de Montpellier remarquable en permettant notamment un accès gratuit à l’ensemble de ses expositions au Pavillon Populaire, le bien nommé.

AURES, 1935

Depuis le 7 février et jusqu’au 15 avril 2018, Le Pavillon Populaire propose une très belle exposition  avec  le regard sensible de deux femmes d’exception. Cette exposition présente, pour la première fois ensemble, une sélection de 120 photographies prises par deux jeunes chercheuses, Thérèse Rivière et Germaine Tillion, lors d’une mission ethnographique conduite à partir de 1935 dans l’Aurès et commandée par le Musée d’Ethnographie du Trocadéro qui deviendra le Musée de l’Homme. Cette mission, moins connue que la célèbre mission Dakar-Djibouti (1931-1933) conduite par Michel Leiris et Marcel Griaude en Afrique subsaharienne ou que l’expédition menée en Amazonie par Claude Levis-Strauss (1934), fut tout aussi importante d’un point de vue scientifique compte tenu de la somme d’images, d’enregistrements et de notes réunis par ces formidables ethnographes de terrain.

Un témoignage ethnologique rare sur la société berbère, dans le massif des Aurès, lors de plusieurs voyages d’études de l’entre deux guerres chez les Chaouias. « Se déplaçant à dos de mulet dans les montagnes traversées de gorges et dépourvues de route, où la présence coloniale française se résume alors à un administrateur et quatre gendarmes, les deux jeunes femmes passent deux ans ensemble, en étant totalement intégrées dans la société chaouia » comme l’explique Christian Phéline, le commissaire de l’exposition.

Deux femmes, deux regards, caméra au poing

Les années 30 voient la révolution technologique permettre aux ethnologues et photoreporters de délaisser les lourdes chambres à plaques de verre pour les nouveaux boîtiers portatifs à pellicule souples. L’exposition permet de saisir deux approches et deux regards différents.

Thérèse Rivière se concentrant sur l’étude des activités matérielles et l’économie domestique utilise un Leica qui lui permet des prises de vues rapprochées. Elle se montre très empathique dans son approche des Aurésiens.

De son coté, Germaine Tillion, davantage « ethnologue » est plus portée sur la réflexion théorique et utilise un Rolleiflex, qui impose plus de distance avec le sujet. Ce recul scientifique n’enlève rien à son humanisme, on peut lire à la fin de l’exposition, la phrase inscrite en noir sur un mur blanc : « J’étais dans les Aurès avec un sentiment de sécurité complète. La sauvagerie c’est en Europe que je l’ai apprise. A Ravensbrück, vraiment, nous avions à faire à des sauvages » qui résume bien le parcours douloureux de cette femme engagée et résistante.

Leur travail photographique s’est révélé bien plus que documentaire et pédagogique et renvoie à une histoire tant esthétique que sociale de la photographie.

INFORMATIONS PRATIQUES
AURES, 1935
Au Pavillon Populaire
Du 7 février au 15 avril 2018
Commissaire de l’exposition : Christian Phéline
Direction artistique : Gilles Mora
Pavillon Populaire
Esplanade Charles-de-Gaulle
34000 Montpellier
T +33 (0)4 67 66 13 46
Horaires d’ouverture
Du mardi au dimanche (sauf 25 décembre, 1er janvier et 1er mai)
Hiver : 10h – 13h et de 14h – 18h / Eté : 11h – 13h et 14h – 19h
Visites guidées hebdomadaires
Le vendredi 16h – Le samedi 14h30 et 16h – Le dimanche 11h
Visites guidées ou libres en groupe
Réservations obligatoires par mail : visites@ville-montpellier.fr
Entrée libre et gratuite pour tous les publics / Accessibilité aux personnes handicapées

Narciso Contreras remporte le Prix Carmignac du photojournalisme 2016

Le lauréat 2016, Narciso Contreras, a reçu le Prix Carmignac du Photojournalisme lors de la soirée de projection du mercredi 31 août pour son travail sur la Libye.

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Narciso Contreras, Centre de détention de Garabuli, détail (©Narciso Contreras pour la Fondation Carmignac).

Narciso Contrera : Bio et travail

Narciso Contreras est un photojournaliste, né à Mexico en 1975. Son travail est celui d’un témoin qui regarde les événements de notre monde. Il raconte ses histoires dans des reportages et des pièces documentaires pour rendre une mémoire visuelle du monde, il témoigne. Alors qu’il assume la philosophie comme le cadre référentiel de son travail, Contreras ressemble à des communautés religieuses, la nature humaine, et les conflits découlant de ceux-ci, comme la ligne directrice de son regard.

Violence continues to sweep across Aleppo
Octobre 2012 – Alep, Syrie (Narciso Contreras/POLARIS)

Narciso Contreras a étudié la philosophie et la photographie, se consacrant à la recherche depuis de nombreuses années et à la photographie professionnelle depuis les quatre dernières années.
Contreras a commencé sa carrière comme photographe professionnel en Asie du Sud-Est en 2010. Attiré par la photographie de conflit, il a commencé à couvrir la guerre ethnique au Myanmar et le conflit séparatiste dans la région du Cachemire. Depuis Juillet 2012, Contreras fait sa première incursion dans le Moyen-Orient, couvrant la guerre en Syrie qui fait de lui l’un des titulaires du prix Pulitzer en 2013, entre autres prix internationaux.
Contreras a également couvert le coup d’Etat militaire en Egypte en l’été 2013, ainsi que les révoltes populaires et massives dans la place Taksim à Istanbul, en Turquie, à l’été 2013. En 2014, Contreras est retourné au Moyen-Orient pour couvrir les israélo- guerre de Palestine dans la bande de Gaza ainsi que le conflit tribal en Libye.
Son travail a été publié de nombreux ouvrages dans le monde entier dans les magazines et les médias comme Time, The Guardian, The International New York Times, The Times, Der Spiegel, Paris Match, la politique étrangère, Sunday Times, El Pais, National Geographic, Al Jazeera, The Telegraph, The Washington post, CNN, Wall Street Journal, L’Espresso, Expressen, dS Standaard, Knack, Luna Cornea, SEA-Globe en Asie, entre autres.

Prix Carmignac

La Fondation Carmignac associée pour la deuxième année consécutive, au Festival Visa pour l’Image a annoncé,  lors de la soirée du mercredi 31 août, le lauréat du 7e Prix Carmignac du photojournalisme.

Le Prix Carmignac du photojournalisme, créé en 2009,  a pour mission de soutenir et promouvoir un projet photographique et journalistique d’investigation en attirant l’attention sur des territoires où les droits humains et la liberté d’expression sont souvent bafoués.

Ce prix a pour objectif de soutenir un travail photographique et d’accompagner le lauréat dans la préparation et la réalisation d’une exposition itinérante et d’un livre monographique. Quatre tirages rentrent ensuite dans la collection de la Fondation Carmignac.

http://narcisocontreras.photoshelter.com/

http://www.fondation-carmignac.com

http://www.visapourlimage.com/fr