Lois Weinberger dévoile l’envers du décor de son enfance au Frac Franche-Comté

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Lois-Weinberger – Sans-titre

Le Frac Franche-Comté propose une exposition aux airs de rétrospective et dévoile le travail d’un artiste jardinier, archéologue et poète.

Pour Lois Weinberger, il n’y a pas de hiérarchie. Les plantes rudérales, celles qui poussent dans les espaces en friche, ont autant d’importance que celles que l’homme tente de domestiquer, de sélectionner, de hiérarchiser.  Il compare le monde végétal avec le monde des humains et s’attache à glorifier les laissés pour compte. Il se définit comme un homme de terrain et aime jouer avec l’environnement, les espaces naturels.

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Lois-Weinberger_ce qui est au dela des plantes en fait partie -documenta X

Epris de liberté, poète, fasciné par l’étymologie et les choses cachées, il lui importe de créer les conditions de germination de tous les possibles qui peuvent prendre différentes formes : peintures, vidéos, installations, jardins, interventions dans l’espace public…

Dans la première salle, les médiums sont variés. Peintures, sculptures et photographies se côtoient et montrent toute la diversité et la liberté de Lois Weinberger. Une série de photographies immortalise une performance, réalisée non loin de la ferme parentale autrichienne. Dans celle-ci Lois Weinberger accrochait des sacs plastiques aux branches des arbres. Il s’agit d’une célébration inspirée par les arbres qui bordaient la rivière Inn qui étaient régulièrement recouverts de sacs et d’objets plastiques après les crues. Un peu plus loin une œuvre textuelle prend  la forme d’une forêt de panneaux recouverts de mots que l’artiste associe ou dissocie en s’amusant avec leurs sonorités, leurs sens et leurs étymologies. Toujours avec les mots, l’artiste crée un immense paysage topographique. Le territoire choisi est en fait déserté, vidé de sa population. Lois Weinberger a décidé de combler ce vide par des mots lus par sa femme. Des passages littéraires choisis de façon aléatoire qu’il sème dans les lignes topographiques du paysage. En face, un mur semble saigner. Des tâches rouges sont peintes sur le mur et reprennent, en version démesurée, les traces laissées par un coléoptère xylophage dans l’écorce d’un arbre. Reprenant ce motif, il crée sur le mur un archipel d’un univers habituellement invisible. C’est une composition inspirée par les chemins. Lois Weinberger, originaire d’un lieu de pèlerinage, aime le concept du chemin et mettre en parallèle le monde végétal , animal et bien sûr humain. Pour lui, une grande partie de son travail est une construction poétique. Il considère que son travail est libre lorsqu’il le réalise et donc, par nature, libre d’interprétation.

Il joue ainsi avec les éléments comme avec les mots en créant des composites, des formes hybrides ethno-poétiques.

Dans une autre salle, un sol desséché, craquelé laisse apparaitre dans ses craquelures des sacs plastiques, restes d’un non-lieu tel que défini par Marc Augé ; un espace interchangeable où l’être humain reste anonyme. Il s’agit par exemple des moyens de transport, des grandes chaînes hôtelières, des supermarchés… mais aussi des camps de réfugiés. Ici, cet espace en serait la trace, la représentation après l’anthropocène.

La salle suivante est toute entière consacrée à une installation géante, intitulée le champ des décombres, qui nous transporte dans le lieu d’enfance de Lois Weinberger. L’installation ressemble à un musée archéologique qui présente en fait les restes du sous sol du plancher de la ferme familiale, la ferme d’un monastère, lieu de pèlerinage important dans cette région de l’Autriche. Une archéologie impressionnante de ce lieu de vie agricole et de vie monastique où se mélangent objets de ferme et ceux laissés par les pèlerins.

La plupart des objets sont apotropaïques (censés prémunir contre le malheur) ou des offrandes à caractère religieux (ex voto), on y trouve même la momie d’un chat. Le titre de l’exposition prend ici tout son sens « l’envers du paysage ». Du paysage sensé représenter une ferme et un lieu de dévotion, sa face cachée prend tout à coup des allures de temple voué au paganisme.

Pour anecdote, lorsque quelqu’un mourrait on gardait une chaussure en mémoire du mort. La croyance locale voulait que s’il on gardait les deux chaussures le mort pouvait revenir. Lois Weinberger s’intéresse à l’histoire de ces objets et tente de comprendre leur fonction, d’ailleurs ces incroyables fouilles sont aussi l’objet d’études et de recherches de la part de spécialistes et scientifiques.  Chez Lois Weinberger, les sous-sols sont des lieux invisibles qui recèlent une charge historique et culturelle ainsi que des graines en sommeil. Ce sont des espaces créateurs de tous les possibles et cette installation est le jardin d’un imaginaire que chaque visiteur peut inventer.

Lois Weiberger rappelle que la vie est mouvement et diversité, entropie et transformation et qu’aucune société ne saurait survivre dans l’immobilisme, le protectionnisme ou l’exaltation de la pureté. Son œuvre hautement métaphorique et poétique nous invite à ne pas oublier l’envers du paysage.

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Le Frac propose également une exposition d’Olivier Vadrot , Minimo

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Olivier Vadrot devant son exposition minimo

Cette autre exposition est consacrée au travail du designer Oliver Vadrot. Chantre du design nomade et de l’auto-construction, ces créations couvrent plusieurs champs d’intervention : lieux de conférences, de performances, kiosques à musique… Il crée des lieux et des architectures favorisant la parole et l’échange. Lorsqu’il travaille sur des projets, il apprécie le stade de la maquette qu’il considère comme une sculpture créatrice de discussion.

Ses œuvres rappellent les théâtres en bois construits en Grèce avant le IVe siècle (av. J.C.). Son œuvre fait écho au travail de Lois Weinberger, profondément démocratiques ses réalisations refusent elles aussi les hiérarchies.  L’exposition est organisée sur une table de près de 20 mètres de long sur laquelle s’étale une impressionnante collection de maquettes.

Olivier Vadrot qui avait déjà créé l’espace accueil-librairie du Frac prouve une nouvelle fois que la simplicité des formes et des matériaux requière une très grande exigence.

Lois Weinberger
L’envers du paysage

Olivier Vadrot
Minimo

Jusqu’au 30 septembre 2018

FRAC Franche-Comté
Cité des arts
2, passage des arts
25000 Besançon
www.frac-franche-comte.fr

Patrice HUCHET

 

 

L’artiste au travail et le travail de l’artiste au cœur de l’exposition « Enchanté » du LAAC

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Jean-luc-Vilmouth-Odyssee-1983_-Collection-IAC_-Rhone-Alpes-Villeurbanne-ADAGP-Paris-2018

Le LAAC, le musée d’art contemporain de Dunkerque, propose une exposition qui interroge l’œuvre d’art et son processus de création. Comment un objet ou une matière se transforme en œuvre d’art ? A quel moment se charge-t-il d’une émotion ou d’une symbolique ? Par le geste de l’artiste ? Par son travail ? Par son choix ?

Plusieurs étapes participent à cette élaboration ; la réflexion et la naissance d’une idée, la main et l’outil, le temps de maturation et de production, le lieu de production et d’exposition… Où se trouvent les limites qu’il convient de dépasser pour que les gestes, les objets, les attitudes, les formes… acquièrent un sens une valeur singulière et artistique.

A quel moment un objet, une série photographique basculent et deviennent œuvre d’art ? Quels processus donnent naissance à des œuvres ?  Comment l’œuvre et à travers elle, l’artiste et son travail, interrogent l’art lui-même ? Quel est ce monde mystérieux dans lequel l’artiste crée, fabrique, assemble… l’atelier ? L’exposition propose une interrogation sur la méthode, le projet, le processus, la technique en induisant une dimension politique et sociale.

L’exposition « Enchanté » se dessine en cinq chapitres. Le premier « La fabrique du sensible »  est consacré à ce basculement qui fait qu’un objet par le simple fait de la répétition, d’être montré, collectionné, acquiert une charge symbolique, un autre statut et devient ainsi œuvre d’art. Autour d’une œuvre de Barry Flanagan qui martèle le temps, notion importante dans le processus de création, ce sont les photographies qui sont le plus représentées. La série photographique de métiers vus par Pierre Mercier, les objets de grève photographiés par Jean-Luc Moulène et les ateliers d’artistes majeurs dans l’histoire de l’art contemporain de Gautier Deblonde. Dans les trois cas c’est la série qui fait basculer la simple photographie anthropologique pour l’un, politique pour l’autre ou historique et plastique pour le dernier dans une dimension artistique plus puissante encore.

Le deuxième chapitre nous fait pénétrer dans la naissance d’une œuvre et présente des esquisses de performances de Micha Laury, des estampes de Bernar Venet, les documents de travail préparatoire pour la réalisation du Cyclop de Jean Tinguely, et même des maquettes de commande publique jamais réalisées d’Arman ou Jesús Rafael Soto. Emouvant !

Dans « De l’ordinaire à l’exceptionnel », le troisième chapitre de cette exposition, c’est le détournement qui est mis à l’honneur. L’objet usuel devenant œuvre d’art par une mise en scène, un assemblage, une transformation, se charge d’une émotion, de poésie ou d’une réflexion politique et d’un caractère exceptionnel. On y trouve l’installation, Local Time, composée d’horloges d’aéroport et de marteaux signée Jean-Luc Vilmouth , dont on peut admirer également ses objets aux dimensions impressionnantes prévus initialement pour être envoyés dans l’espace. César, avec une de ses compressions, ne pouvait qu’être présent dans cette section, ainsi que les affiches déchirées de Raymond Hains et la Palette composée d’objets en plastique aux couleurs primaires accrochées sur le mur de Tony Cragg.

Andy Warhol ouvre le quatrième chapitre qui est consacré à la multiplicité. La reproduction, la multiplication nous amène à nous interroger sur l’originalité et la singularité. C’est aussi la reproduction, celle du protocole de production (cadrage, plan, neutralité…) de Bern et Hilla Becher dans leurs séries de châteaux d’eau ou silos à grains qui fait œuvre. Chez Allan McCollum la répétition est un jeu. Il reproduit le même vase qu’il peint de couleurs différentes et l’installe à des hauteurs différentes. Chacun devient unique et l’ensemble devient un tout, tout aussi unique.

Le cinquième chapitre nous plonge dans l’univers créatif de Séverine Hubard qui prend possession de tout l’espace au centre duquel trône une maquette géante d’une improbable antenne relais. Tout autour sont disposées des maquettes de ses différents projets, utilisant différents matériaux. La maquette ici devient œuvre. L’espace devient hybride, à la fois atelier, lieux de stockage et d’exposition. Certaines œuvres nous invitent à les découvrir in situ. Une façon d’appréhender l’ensemble des étapes de la création et l’imagination de Séverine Hubard.

On retrouve la notion d’atelier dans différents chapitres avec les photos de Gautier Deblonde, l’installation de Michel Paysant, qui avec un dispositif riche, nous présente une table de travail d’artiste comme un laboratoire d’étude. Elle nous plonge au cœur du travail de l’artiste. Plans dessins, maquettes, formes, bois découpés… sont disposés sur un grand établi. Une mise en chantier artistique grandeur nature.

L’exposition « Enchanté » sous le commissariat de Richard Schotte est tout simplement remarquable ;  par le sujet abordé, la mise en exposition, l’utilisation des espaces, et enfin la qualité des œuvres exposées. C’est un enchantement !

Severine-Hubard

Listes des artistes présentés : Allan McCollum – Andy Warhol – Arman – Bernd & Hilla Becher – Barry Flanagan – Ben – Bernar Venet – César – Etienne Pressager – Gautier Deblonde – Gérard Gasiorowski – Jean Tinguely – Jean-Luc Moulène – Jean-Luc Vilmouth – Louis Cane – Micha Laury – Michel Paysant – Pierre Mercier – Raymond Hains – Robert Filliou – Séverine Hubard – Jesús Rafael Soto – Tony Cragg

INFORMATIONS PRATIQUES
Enchanté
Du 21 avril au 26 août 2018
LAAC
Lieu d’Art et d’Action Contemporaine
Jardin de sculptures
302 avenue des Bordées
59140 Dunkerque
http://www.musees-dunkerque.eu

A voir aussi à Dunkerque  (objet d’un prochain article sur Mowwgli)
TUBOLOGIE – Nos vies dans les tubes
Commisariat : KVM – Ju Hyun Lee & Ludovic Burel
Du 21 avril au 30 décembre 2018
FRAC GRAND LARGE – HAUTS DE FRANCE
503 avenue des Bancs de Flandres
59140 Dunkerque
http://www.fracgrandlarge-hdf.fr

Eden numérique au Domaine de Chaumont sur Loire

IN – OUT / Paradis Artificiels 2017 de MIGUEL CHEVALIER
Musique : Jacopo Baboni Schilingi

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IN-OUT Paradis Artificiels 2017 – Miguel CHEVALIER

Miguel Chevalier revient au Domaine de Chaumont dans le cadre de la 26e édition du Festival International des Jardins. Après avoir couvert le monde d’une peau de pixels à Singapore, Shanghai, Berlin, Fès, Ibiza ou Paris notamment lors de la Art Paris Art Fair de 2014 avec  « L’Origine du Monde » projeté sur  la façade du Grand Palais, Miguel Chevalier a imaginé « IN – OUT / Paradis Artificiels » est une installation multisensorielle pour le parc du Domaine de Chaumont-sur-Loire et accompagnée par une musique générative originale de Jacopo Baboni Schilingi.
Une architecture demi-sphérique recouverte de films holographiques, s’irise au soleil, tel un scarabée géant de 12 mètres de diamètre. Selon la luminosité, cette œuvre embrasse toutes les couleurs du spectre lumineux et attire le visiteur.

Invité à pénétrer dans ce dôme géodésique, le visiteur découvre à l’intérieur d’un second dôme un jardin virtuel projeté sur les parois à 360°. L’isolation du dôme intérieur par un couloir circulaire permet l’immersion complète du visiteur dans ce paradis artificiel. L’architecture demi-sphérique et le dispositif de miroirs occultant la vision des angles repoussent les limites de l’espace virtuel. Le visiteur quitte ainsi la réalité et profite de cette expérience d’immersion unique où tous ses sens sont mis en éveil. Ce jardin virtuel explore avec poésie la question du lien entre nature et artifice. Le jardin se renouvelle et se métamorphose en permanence, enrichi par la musique de Jacopo Baboni Schilingi.
Projetée sur les parois à 360°, l’installation numérique “Trans-Natures” sollicite d’abord le sens de la vue. Après “Sur-Natures” et “Fractal Flowers”, “Trans-Natures” présente une nouvelle génération de plantes et de fleurs artificielles démesurées.

Par cette immersion au cœur de cette architecture demi-sphérique enveloppante, ce monde virtuel reconfigure notre vision du lointain et du proche, ouvre sur l’infini. Les plantes tournoient et s’entrelacent en un mystérieux ballet végétal. La légèreté de leur danse trace les contours d’un jardin, qui comme un microcosme, semble résumer l’évanescence de la beauté et de la vie.

IN – OUT / Paradis Artificiels 2017 – Miguel Chevalier
Musique : Jacopo Baboni Schilingi – Logiciel : Claude Micheli – Production technique : Voxels Productions

26e Edition du Festival International des Jardins

FLOWER POWER – LE POUVOIR DES FLEURS

Domaine régional de Chaumont-sur-Loire
41150 Chaumont-sur-Loire
Du 1 avril 2017 au  2 novembre 2017

www.domaine-chaumont.fr

http://www.miguel-chevalier.com/fr/out-paradis-artificiels

IN - OUT
IN-OUT Paradis Artificiels 2017 – Miguel CHEVALIER

Grâce au soutien de Claire et François Durand-Ruel, Danièle Kapel-Marcovici / Présidente de la Fondation Villa Datris, Brigitte Lescure et Emmanuel d’André, Antoine Wargny / Wargny Assurances, Lélia Mordoch / Galerie Lélia Mordoch – Paris / Miami, Nicolas Gaudelet / Voxels Productions

 

IN - OUT Paradis Articiels
IN-OUT Paradis Artificiels 2017 – Miguel CHEVALIER

Crédit photo : Miguel Chevalier