Paris Photo, pari tenu

Une belle édition pour cet incontournable rendez-vous de la photographie sous la verrière du Grand Palais.

 

Paris Photo - Grand Palais
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Alors que le rideau vient de tomber sur l’édition 2018 de Paris Photo, revenons sur ce cru d’excellente qualité dans lequel se côtoyaient, dans un merveilleux jeu d’équilibriste, la photographie iconique avec ses plus grands représentants comme Henri Cartier-Bresson, Lartigue, Brassaï, les grands autoportraitistes Cindy Sherman, Andy Warhol, Michel Journiac en tête, les photographes de mode de Richard Avedon à Erik Madigan Heck (Christophe Guye galerie), la photo reportage avec notamment le sujet sur la Russie de Dmitry Markov ou encore certaines images qui documentent des performances comme celles de Prune Nourry ou Philippe Grollier et enfin la photographie plasticienne. Où se côtoient également toutes les techniques ; cyanotypes, impressions sur verre ou plaque d’aluminium, collages, et même tissages avec une photographie métissée de broderie, de peinture, de dessin, ou encore des photographies mises en scène en sculptures ou installations. L’excentricité n’est peut pas aussi présente que les fois précédentes, pas de trucs révolutionnaires, mais une mixité tellement bien dosée qu’il y avait une grande cohérence dans cette édition 2018.

Une photographie sous influence

Il est à remarquer une tendance de plus en plus forte comme une sorte d’hommage à la peinture classique et moderne. Ainsi, de nombreux artistes comme Sabine Pigalle (galerie RX), Trine Søndergaard (galerie Bruce Silverstein) dont on peut voir actuellement une très belle exposition au MuMa du Havre, ou encore Christian Tagliavini (Camera Work) pour ne citer qu’eux, revisitent, chacun à sa manière, la peinture flamande avec de grands portraits aux jeux de lumière très élaborés. Sabine Pigalle notamment nous embarque dans des scènes à la Vermeer avec une infinie délicatesse de composition et d’éclairage.

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Sabine Pigalle

Baptiste Rabichon (galerie Paris-Beijing) quand à lui, dans sa nouvelle série créée dans le cadre de sa résidence BMW, nous plonge dans un univers qui rappelle certaines œuvres de Raoul Dufy. Remontant l’hommage à des choses plus récentes, on trouve chez certains artistes des références à l’abstraction, à la peinture surréaliste ou au mouvement dada. Comme avec la nouvelle série de Denis Darzacq (galerie RX) qui délaisse ses personnages en lévitation pour des assemblages photographiques nous plongeant dans un univers proche de la peinture de la première moitié du XXe siècle, de Jean Arp particulièrement.

Quand au travail remarquable d’Edouard Taufenbach (galerie Binôme), ses montages syncopés nous évoquent certaines œuvres d’art cinétique. Après sa série « cinéma » dont la recherche d’une géométrie rigoureuse définissait les montages, dans sa nouvelle série présentée par la galerie Binôme les montages sont plus influencés par le sujet lui-même. Reprenant comme à son habitude des images d’archives, il compose des œuvres dont la dynamique du corps définit l’assemblage. Son travail était visible à la fois sur le stand de sa galerie ainsi que dans l’espace Curiosa, un tout nouveau secteur qui présentait une sélection d’images érotiques.

Genre, mixité, tissage et métissage

Une autre tendance peut être plus politique est une présence forte d’artistes qui questionnent la condition des femmes et du genre. En tout premier, la galerie Christophe Gaillard qui consacrait son stand à un solo show sur le 24 heures dans la vie d’une femme ordinaire de Michel Journiac. Un magnifique sujet qui était d’ailleurs proposé à la vente dans un superbe coffret.

Kyle Meyer proposait des portraits d’hommes africains tissé avec des bandes de tissus wax.  Ces hommes ainsi habillés et coiffés comme de belles africaines posent ainsi la question du genre et de l’homosexualité. Il propose « une enquête analytique perpétuelle sur ma propre identité en tant qu’homme gay et les communautés LGBTQ avec qui je m’identifie. C’est profondément ancré en moi j’ai grandi dans une communauté agricole conservatrice de l’Ohio rurale, et j’ai passé une période importante comme adulte au Swaziland, où il est illégal d’être homosexuel. En combinant des éléments photographiques et sculpturaux, mon travail parle métaphoriquement de la condition d’isolement, d’oppression, de mémoire et de perte. ».  Stéphanie Syjuco (Catharine Clark gallery) de son coté couvre ses modèles féminins d’un tissus pour n’en faire plus que des sculptures juste dessinées par les plis et le motif du textile.

La galerie Anita Beckers présente notamment deux œuvres de la série « partition » de Christiane Fesser dont la construction avec ses découpages en reliefs créent un mix entre la photographie et le bas relief. Dans le mélange des genres  l’artiste allemand Thorsten Brinkmann (galerie Feldbusch Weiner Rudolph), propose une galerie de portraits réalisés entre les murs de son studio. L’artiste met en scène et incarne des personnages fictifs aux allures de dignitaires mais dont il déconstruit la suffisance ou l’arrogance avec des attributs comme des abats jours, des poubelles, dans une palette chromatique juxtaposant ocre, vert émeraude, vermillon. Un joyeux bric à brac vivifiant.

Nous pourrions ainsi citer un grand nombre de travaux et d’artistes car la foire était dense et beaucoup d’œuvres valaient le détour. A l’heure où se dessinent les contours du Grand Paris, nous avions, au Grand Palais, un grand Paris Photo.

 

Paris Photo

8-11 novembre 2018

Grand Palais

La photo sort du cadre sur A PPR OC HE

Bruno Fontana 1
Bruno Fontana 1

J’étais curieux de voir cette deuxième édition de A PPR OC HE, dernier né des salons consacrés à la photographie. Elle confirme un parti pris de défricheuse.

Un petit salon, certes, mais qui recèle quelques pépites. Sa principale force est une photographie plasticienne sans frontière, un laboratoire qui ne s’interdit aucun support et la photographie sort du cadre. Ici on peut voir un portrait délicatement imprimé sur une feuille, des silos ou des usines sur des plaques d’aluminium comme une version contemporaine ou un vibrant hommage aux photos de Bernd et Hilla Becher.

Dans cette ancienne maison qui vit Molière dans ces murs, la photographie se découpe sous le cutter du duo franco japonais composé de Thomas Sauvin et  Kensuke Koike. Les artistes nous proposent une réinterprétation de portraits noir & blanc anciens en découpant  des formes qui sont replacées selon une géométrie particulière. En cette période de commémoration du centenaire de la fin la 1ère Guerre Mondiale, ces portraits de gueules-cassées résonnent de façon incroyable.

La photographie se fait également  sculpture ou couture sous les doigts de Marianne Csáky qui, présentée par la galerie Inda, propose des œuvres étonnantes. Elle redonne à ses images une toute nouvelle narration avec des aplats de tissus cousus sur ces images, ou avec tout un travail colorimétrique sur des négatifs sous verre enchâssés sur des structure en métal, ou encore sur, d’autres œuvres, avec un jeu de polygones entrecroisés renforçant dans tout ces cas une certaine dramaturgie.

Elle « s’instantanise  » avec les Polaroïdioties du sculpteur Erik Dietman. La galerie Papillon présente une série de polaroïds à la frontière de l’abstraction. Un travail moins connu de cet artiste qui pourtant avait un réel talent de photographe.

Erik Dietman
Erik Dietman

Elle prend encore des allures de vestiges archéologiques avec le travail de Vittoria Gerardi qui nous propose une expérience visuelle et mentale du paysage. La jeune photographe italienne nous présente sa propre perception du paysage de la Vallée de la Mort, un lieu désertique, aride et chaud. La photographe utilise des parties du négatif comme des fragments de paysages pour construire des frontières symboliques entre matière et temps, entre espace et lumière, comme pour mieux marquer le paysage d’une cicatrice, celle d’un horizon imaginaire. Elle présente également des cubes de plâtre blanc d’où émerge un ruban de photographie de ce désert nous invitant à imaginer les vestiges d’un temps minéral lointain.

Elle se fait protocolaire et poétique sous le travail Marie Clerel représentée par la galerie Binôme. En effet,  la photographe propose un calendrier sous la forme d’une série de cyanotypes qui ont été révélés à l a lumière du jour à midi. Ces petits rectangles montés comme un calendrier montrent une vision symbolique et poétique du ciel chaque jour et sur un mois. On peut sans problème distinguer les mois d’été aux mois d’hiver par l’intensité des bleus. Des œuvres tout à fait étonnantes qui par un protocole extrêmement rigide parviennent à nous attendrir.

Un salon qui, comme son nom l’indique, révèle une autre approche de la photographie, une photographie libérée de pensées dogmatiques.

A PPR OC HE

Le Molière

40 rue de Richelieu

75001 Paris