Baptiste Rabichon expose “A l’intérieur cet été”

17mBaptiste Rabichon nous embarque dans un conte d’été au beau milieu de l’hiver parisien à la galerie Paris-Beijing.

“A l’intérieur cet été” prolonge sa série “Dame de Coeur” présentée en mars 2018, en référence à la reine de Lewis Carroll, et parsème à son tour une multitude de clins d’œil au personnage d’Alice au pays des merveilles.

Baptiste_Rabichon_Netflix

L’exposition est introduite par deux nouvelles pièces qui n’ont rien à voir avec la série 17eme qui représente la colonne vertébrale du voyage proposé par Baptiste Rabichon. Révélant d’une certaine manière la fin d’un cycle et le début d’une nouvelle forme narrative, l’œuvre qui nous accueille intitulée Netflix recèle déjà tous les éléments d’une narration beaucoup plus intimiste, elle compile des fragments de vie avec une forme de composition plus complexe. Elle se traduit comme une double invitation : celle de l’exposition en cours et celle de susciter déjà le désir pour la prochaine. Le Lunettier, la seconde œuvre à ouvrir l’exposition, est clairement une invitation à changer notre angle de vue et à passer dans une dimension différente comme l’à fait Alice en entrant dans le Pays des merveilles.

Le voyage proposé est dans un monde estival au milieu des fleurs où apparait et disparait le corps d’une femme dénudée. Dans cet éden, nous partageons la taille de cette « Eve » qui a la même échelle que nous. Ici, ce sont les fleurs et les végétaux qui sont géants et créent un couloir trans-dimensionnel composé d’une quinzaine d’œuvres.

Comme un artisan, Baptiste Rabichon compose par couches successives utilisant toutes les techniques anciennes et modernes de la photographie. Comme un alchimiste, il expérimente de nouvelles manières de produire des images, mêlant analogique et numérique, alternant tirages, photogrammes, caches ou projections directes de fleurs naviguant ainsi de la chambre noire à l’écran d’ordinateur. Ce travail qu’il réalise dans le noir absolu implique une grande concentration et laisse, malgré tout, une part au hasard et à l’accident, ce qui confère aux œuvres une dimension fantastique.

Avec ces mille feuilles photographiques, Baptiste Rabichon crée une jungle florale dans laquelle le personnage fait corps avec la nature retrouvant ainsi l’harmonie et sa pleine vitalité. Mais au-delà, les œuvres exposées révèlent une friction entre négatif et positif, entre photographie et peinture et invitent le visiteur dans une odyssée entre réalité et fiction.
Un hymne à la nature, au paradis perdu !

Baptiste Rabichon
A l’intérieur cet été
24 janvier – 02 mars 2019

Galerie Paris-Beijing
62 rue de Turbigo 75003 Paris
http://www.galerieparisbeijing.com

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Le cocktail sensoriel de Catherine Gfeller à la galerie RX

Catherine Gfeller New York 1
Catherine Gfeller – New York

La galerie RX présente les visions kaléidoscopiques de Catherine Gfeller dans les mégalopoles. China Drinftings” est une vibrante pulsation des villes avec l’humanité en ombre chinoise.

Depuis trente ans, Catherine Gfeller développe une pratique qui entremêle photographies, vidéos et installations sonores et dans lesquelles la femme et la ville tiennent une place prépondérante. Avec une énergie communicative, elle traduit par ses compositions, obtenues par montages, superpositions et collages successifs, un univers à la fois proche et éloigné de la réalité.

La première salle que lui consacre la galerie RX présente une série produite de 2001 à 2006 à New York. Ses multi-compositions montées comme un travail séquentiel témoignent de l’effervescence pulsatoire d’une foule urbaine dans les rues de New York. Les passants viennent à l’infini, certains au rythme lent, d’autres speed, fondus avec ceux encore qui prennent le temps de s’arrêter. Une réalité que Catherine Gfeller capte et réinterprète à la manière d’un rêve urbain.

 

Sa démarche nait du cinéma, elle pose sa caméra dans la rue et capte la pulsation de la ville. Ensuite de retour chez elle, dans une deuxième phase de travail, elle fouille dans la multitude d’images vidéos et sélectionne après un long éditing des arrêts sur image qui vont fournir la matière première de ces compositions. Elle combine ainsi la technique du montage cinématographique, celle du « sandwich » photographique et celle du collage. L’artiste se transforme alors en compositrice pour traduire non seulement ce qu’elle a vu, mais aussi entendu et ressenti. L’exploration du réel prend alors divers chemins de traverse dans laquelle la dimension immersive demeure fondamentale. Aller à la dérive, se perdre dans les rues, autant de manières de laisser la ville nous réinventer.  Tout un cocktail sensoriel.

Catherine Gfeller China Driftings 5
Catherine Gfeller – China Driftings

Dans la grande salle, la dernière série, Dérives chinoises, évoque tout à la fois l’envie de découvrir, de sentir et de s’affranchir de ses propres émotions. Catherine Gfeller retrouve dans les mégapoles chinoises l’effervescence de New York avec une fascination particulière, liée à la perte de repères, aux codes de vie différents et à une énergie excitante qui réveillent en elle ses instincts et tous ses sens.

Catherine Gfeller China Driftings
Catherine Gfeller – China Driftings

Reprenant le motif humain en ombre chinoise, la différence de regard entre les deux séries est pourtant étonnante. Alors que dans la série New York, ville où l’individualisme occidental règne en maitre, l’humain se détache en foule. Dans les mégapoles du pays du milieu, où le collectivisme s’est longtemps imposé comme doctrine majeure, la figure humaine apparaît comme un personnage féminin fictif, une sorte de double ludique et poétique.

Les formats panoramiques sont comme des frises, des plans séquences de films où cette figure devient le trait d’union entre la nature ou la ville et les humains, une version asiatique et féminine de l’ange gardien qui rappelle les anges des « Ailes du désir » de Wim Wenders, autre référence cinématographique. Dans cette série, la frénésie initiale semble s’être apaisée.

 

Dans le film « Woman Night », des femmes contactées par Catherine Gfeller se promènent dans leur ville. De dos ou de profil, les yeux fermés, elles racontent le quartier qu’elle chérisse.  Catherine Gfeller y mêle ses propres interprétations et crée ses propres narrations inspirées à ses intuitions, ses ressentis, lus en voix off. Ces séquences deviennent ainsi les portraits « déguisés » de ces femmes.

Catherine Gfeller dit photographier la ville plus vite que son ombre, chinoise certainement.

 


Catherine Gfeller, artiste plasticienne suisse, vit et travaille à Paris ainsi que dans le Sud de la France. Après un Master en histoire de l’art et un CAPES, elle développe son activité artistique à New York où elle vit 5 ans. Elle s’installe à Paris en 1999 et obtient le prix de la Fondation HSBC pour la Photographie. Depuis 1988, son travail a été exposé en France et dans de nombreux pays, notamment au Crac de Sète, au Kunstmuseum de Lucerne, au Musée de l’Élysée à Lausanne, au W.A.M.de Johannesburg, au Musée d’Art de Guangzhou (Chine), au Musée National de Kiev (Ukraine) et au Centre Culturel suisse de Paris.

 

CHINA DRIFTINGS de Catherine Gfeller

1er décembre 2018 – 10 janvier 2019

Commissaire : Béatrice Andrieux

Galerie RX

16 rue des Quatre Fils

75003 Paris

www.galerierx.com

Galeristes, l’art de la convivialité

Pour sa troisième édition ce week-end au Carreau du Temple, GALERISTES, salon imaginé par et pour des collectionneurs confirme sa place de foire d’art contemporain conviviale et accessible.

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vue générale de GALERISTES

Galeriste, salon à taille humaine, privilégie l’échange avec les galeristes et les artistes, une convivialité renforcée par le parti pris scénographique.

Bouleversant les codes classiques des foires des stands «white cubes » fermés, GALERISTES invite à la déambulation dans un espace ouvert habillé de structures métalliques rappelant les réserves des musées. Les tiroirs et les racks à tableaux regorgent de surprises, ils poussent et incitent le visiteur à la curiosité et à l’échange. La trentaine de galeristes attachés à la notion de passeurs de leur métier présente la création vivante dans toute sa diversité.

Quelques pépites se révèlent au cours de cette promenade artistique. La galerie Provost Hacker présente un céramiste Davide Monaldi qui reproduit des objets simples et délicats comme ces copeaux de taille de crayons de couleurs, un tas d’élastiques… Elle propose également les peintures hyper réalistes d’Adrien Belgrand aux allures de photographies. Dans le même esprit, Katarzyna Wiesiotek (galerie Eric Dupont), jeune étudiante aux Beaux Arts de Paris propose des portraits réalisés à la poudre de fusain, des reproductions de photographies plus vraies que nature. Les ombres sont douces et délicates. Le grain de la peau sublimé par cette poudre.

La galerie Sator présente une belle sélection d’œuvres de Raphaël Denis. En 2015, l’artiste commence un travail autour des tableaux spoliés et d’œuvres détruites par les nazis. Il proposait alors des cadres brûlés sur lesquels « résistait » le nom des œuvres détruites.  Il le décline autour des autodafés et présente aujourd’hui une bibliothèque brûlée, une œuvre sombre mais dont la beauté plastique est étonnante. Poursuivant son sujet autour des guerres, il montre également des mini bunkers, témoins de guerre, qui s’effondrent, des haches de guerres cassées et enterrées… Le tout présenté dans une scénographie remarquable.

Raphaël Denis - courtesy Galerie Sator
Raphaël Denis – courtesy Galerie Sator

Le plus spectaculaire est proposé par la galerie Eric Mouchet qui présente un duo show avec deux artistes émergents. Samir Mougas propose une série de sculptures et de sérigraphies sur matériaux de piscine. Les sculptures sont des éléments de piscine bleue découpée rehaussées de pièces noires, des réservoirs d’essence d’engins motorisés. Cette série évoque les problématiques de surconsommation d’eau et d’énergie fossile. L’autre artiste quant à elle, Capucine Vever ,s’intéresse à la mobilité du pôle magnétique. Elle tente ainsi de redonner consistance à ce territoire invisible défini par le déplacement de pôle magnétique. Les œuvres sont réalisées avec des pièces d’acier magnétiques agrégées en forme d’aiguille géante comme des pendules. Autre œuvre monumentale, cette énorme boule de paille de fer qui symbolise les roses de Jéricho, ces plantes du désert qui passent la longue saison sèche sous la forme d’un buisson desséché qui reverdit au contact de l’eau. La légende dit qu’elles se détachent et se laissent balloter par les vents jusqu’à trouver un terrain propice pour replanter ses racines au contact de l’eau.

GALERISTES

30 nov – 2 déc 2018

Le Carreau du Temple

4 rue Eugène Spuller

75003 Paris

Still, une exposition dans la quiétude des Lumières nordiques au MuMa-Le Havre

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Trine-Sondergaard_Guldnakke 4

L’exposition Still de Trine Søndergaard est le dernier volet de Lumières Nordiques, un parcours photographique qui s’est déployé en Normandie et conçu comme une invitation à la découverte de la photographie nordique (Finlande, Islande, Suède, Norvège, Danemark).
Ce parcours, qui a débuté au printemps dernier, se termine au Musée d’art moderne André Malraux – Le Havre. Le MuMa réunit deux séries photographiques de Trine Søndergaard : Interior (2008-2012) et Guldnakke (2012-2013). Cet ensemble d’une trentaine de pièces résonnent avec un tableau du peintre danois Wilhelm Hammershøi dont l’œuvre a fortement inspiré le travail de cette photographe danoise.

L’exposition débute précisément par une œuvre de Hammershøi , Intérieur, Strandgade, 30 (1904) prêtée par le musée d’Orsay. Artiste redécouvert dans les années 1990, Wilhelm Hammershøi peignait des tableaux d’intérieurs énigmatiques représentant des pièces souvent vides, parfois habitées par des personnages féminins souvent vus de dos, tournés vers des murs clairs et nus, qui semblent perdus dans une profonde réflexion. Réalisés dans une gamme de tons de gris, de brun très restreinte ou de blanc, ses paysages intérieurs baignent dans une atmosphère étrange, irréelle, dénuée de toute action ou d’anecdote.

Trine Søndergaard aime les liens entre art ancien et art contemporain, entre peinture et photographie. Dans sa série photographique Interior, elle reprend le même protocole que celui d’Hammershøi. Elle a réalisé des prises de vue dans des pièces de manoirs danois inhabités. Des espaces aux géométries rigoureuses animées par des enfilades de pièces, de portes, de fenêtres, seulement habités par les ombres et une lumière extérieure naturelle, mais dans lesquels semblent persister l’ombre de leurs anciens propriétaires. Les teintes et les lignes n’ont aucune fantaisie et nous plongent dans un univers très luthérien où règne encore une atmosphère étrange.

L’effet d’étrangeté est renforcé par un face à face, au sens littéral du terme, de ces paysages intérieurs avec une série de portraits de femme de dos, encore une référence à l’œuvre de Wilhelm Hammershøi. Cette série intitulée Guldnakke représente des femmes de dos en gros plan portant d’anciennes coiffes danoises brodées aux fils d’or ou d’argent. Ces coiffes étaient portées au milieu du XIXe siècle par les femmes de riches fermiers. Elles constituaient une marque d’appartenance à une classe sociale.
Inspirés par les grands portraitistes flamands, ces portraits sur un fond brun sont toutefois inversés. Ces femmes donnent à voir, avec une coiffe brodée, la personnalité d’un personnage d’un autre temps. Elles sont toutes empreintes d’une certaine nostalgie, d’un abandon, d’une solitude. Des femmes, plutôt jeunes, qui regardent toutes vers le bas comme triste. Bien sûr ces coiffes richement décorées tranchent avec l’apparente neutralité et monochromie de ces intérieurs austères auxquels elles font face. Cette nostalgie d’un passé figé est perturbée par les tenues des femmes qui portent des vêtements ou des parures de notre époque.

Trine Søndergaard joue avec une grande maîtrise des antagonismes. Renforçant la rigueur et l’austérité de ces espaces avec ses cadrages et de grands formats carrés, elle s’efforce d’adoucir son sujet avec des lumières naturelles, une mise en scène et un grain à ses images qui apporte un velouté à tous ces paysages intérieurs.

Vilhelm-Hammershoi
Vilhelm-Hammershoi

Le titre Still fait référence au calme, la tranquillité, la quiétude. Ces deux séries évoquent chacune de leur coté cette impression, ensemble, mêlées elles racontent une histoire plus complexe. Le temps semble s’être effectivement arrêté, les pièces sont vides, et pourtant les portes ouvertes nous entrainent tranquillement vers une histoire en train de s’écrire devant nous et que l’on peut imaginer comme un hommage à un passé glorieux. En face, ces femmes semblent tourner le dos à cette austérité et reprendre le fil (doré) de leur vie. Des fantômes qui auraient occupés ces lieux, libérés, échappés d’un carcan d’une société rigide symbolisés par ses coiffes réalisées par d’habiles couturières qui furent les premiers exemples de femmes indépendantes qui, par leur travail, ont su subvenir aux besoins de leur famille.
Trine Søndergaard nous invite ainsi, en toute quiétude, à tisser les histoires que nos paysages intérieurs peuvent imaginer dans un face à face avec nous même.

Commissariat Gabriel Bauret

Trine Søndergaard  – Still

du 13 octobre 2018 au 27 janvier 2019

 

INFORMATIONS PRATIQUES

MuMa

Musée d’art moderne André Malraux – Le Havre

2 boulevard Clémenceau

76600 Le Havre

http://www.muma-lehavre.fr

Paris Photo, pari tenu

Une belle édition pour cet incontournable rendez-vous de la photographie sous la verrière du Grand Palais.

 

Paris Photo - Grand Palais
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Alors que le rideau vient de tomber sur l’édition 2018 de Paris Photo, revenons sur ce cru d’excellente qualité dans lequel se côtoyaient, dans un merveilleux jeu d’équilibriste, la photographie iconique avec ses plus grands représentants comme Henri Cartier-Bresson, Lartigue, Brassaï, les grands autoportraitistes Cindy Sherman, Andy Warhol, Michel Journiac en tête, les photographes de mode de Richard Avedon à Erik Madigan Heck (Christophe Guye galerie), la photo reportage avec notamment le sujet sur la Russie de Dmitry Markov ou encore certaines images qui documentent des performances comme celles de Prune Nourry ou Philippe Grollier et enfin la photographie plasticienne. Où se côtoient également toutes les techniques ; cyanotypes, impressions sur verre ou plaque d’aluminium, collages, et même tissages avec une photographie métissée de broderie, de peinture, de dessin, ou encore des photographies mises en scène en sculptures ou installations. L’excentricité n’est peut pas aussi présente que les fois précédentes, pas de trucs révolutionnaires, mais une mixité tellement bien dosée qu’il y avait une grande cohérence dans cette édition 2018.

Une photographie sous influence

Il est à remarquer une tendance de plus en plus forte comme une sorte d’hommage à la peinture classique et moderne. Ainsi, de nombreux artistes comme Sabine Pigalle (galerie RX), Trine Søndergaard (galerie Bruce Silverstein) dont on peut voir actuellement une très belle exposition au MuMa du Havre, ou encore Christian Tagliavini (Camera Work) pour ne citer qu’eux, revisitent, chacun à sa manière, la peinture flamande avec de grands portraits aux jeux de lumière très élaborés. Sabine Pigalle notamment nous embarque dans des scènes à la Vermeer avec une infinie délicatesse de composition et d’éclairage.

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Sabine Pigalle

Baptiste Rabichon (galerie Paris-Beijing) quand à lui, dans sa nouvelle série créée dans le cadre de sa résidence BMW, nous plonge dans un univers qui rappelle certaines œuvres de Raoul Dufy. Remontant l’hommage à des choses plus récentes, on trouve chez certains artistes des références à l’abstraction, à la peinture surréaliste ou au mouvement dada. Comme avec la nouvelle série de Denis Darzacq (galerie RX) qui délaisse ses personnages en lévitation pour des assemblages photographiques nous plongeant dans un univers proche de la peinture de la première moitié du XXe siècle, de Jean Arp particulièrement.

Quand au travail remarquable d’Edouard Taufenbach (galerie Binôme), ses montages syncopés nous évoquent certaines œuvres d’art cinétique. Après sa série « cinéma » dont la recherche d’une géométrie rigoureuse définissait les montages, dans sa nouvelle série présentée par la galerie Binôme les montages sont plus influencés par le sujet lui-même. Reprenant comme à son habitude des images d’archives, il compose des œuvres dont la dynamique du corps définit l’assemblage. Son travail était visible à la fois sur le stand de sa galerie ainsi que dans l’espace Curiosa, un tout nouveau secteur qui présentait une sélection d’images érotiques.

Genre, mixité, tissage et métissage

Une autre tendance peut être plus politique est une présence forte d’artistes qui questionnent la condition des femmes et du genre. En tout premier, la galerie Christophe Gaillard qui consacrait son stand à un solo show sur le 24 heures dans la vie d’une femme ordinaire de Michel Journiac. Un magnifique sujet qui était d’ailleurs proposé à la vente dans un superbe coffret.

Kyle Meyer proposait des portraits d’hommes africains tissé avec des bandes de tissus wax.  Ces hommes ainsi habillés et coiffés comme de belles africaines posent ainsi la question du genre et de l’homosexualité. Il propose « une enquête analytique perpétuelle sur ma propre identité en tant qu’homme gay et les communautés LGBTQ avec qui je m’identifie. C’est profondément ancré en moi j’ai grandi dans une communauté agricole conservatrice de l’Ohio rurale, et j’ai passé une période importante comme adulte au Swaziland, où il est illégal d’être homosexuel. En combinant des éléments photographiques et sculpturaux, mon travail parle métaphoriquement de la condition d’isolement, d’oppression, de mémoire et de perte. ».  Stéphanie Syjuco (Catharine Clark gallery) de son coté couvre ses modèles féminins d’un tissus pour n’en faire plus que des sculptures juste dessinées par les plis et le motif du textile.

La galerie Anita Beckers présente notamment deux œuvres de la série « partition » de Christiane Fesser dont la construction avec ses découpages en reliefs créent un mix entre la photographie et le bas relief. Dans le mélange des genres  l’artiste allemand Thorsten Brinkmann (galerie Feldbusch Weiner Rudolph), propose une galerie de portraits réalisés entre les murs de son studio. L’artiste met en scène et incarne des personnages fictifs aux allures de dignitaires mais dont il déconstruit la suffisance ou l’arrogance avec des attributs comme des abats jours, des poubelles, dans une palette chromatique juxtaposant ocre, vert émeraude, vermillon. Un joyeux bric à brac vivifiant.

Nous pourrions ainsi citer un grand nombre de travaux et d’artistes car la foire était dense et beaucoup d’œuvres valaient le détour. A l’heure où se dessinent les contours du Grand Paris, nous avions, au Grand Palais, un grand Paris Photo.

 

Paris Photo

8-11 novembre 2018

Grand Palais

La photo sort du cadre sur A PPR OC HE

Bruno Fontana 1
Bruno Fontana 1

J’étais curieux de voir cette deuxième édition de A PPR OC HE, dernier né des salons consacrés à la photographie. Elle confirme un parti pris de défricheuse.

Un petit salon, certes, mais qui recèle quelques pépites. Sa principale force est une photographie plasticienne sans frontière, un laboratoire qui ne s’interdit aucun support et la photographie sort du cadre. Ici on peut voir un portrait délicatement imprimé sur une feuille, des silos ou des usines sur des plaques d’aluminium comme une version contemporaine ou un vibrant hommage aux photos de Bernd et Hilla Becher.

Dans cette ancienne maison qui vit Molière dans ces murs, la photographie se découpe sous le cutter du duo franco japonais composé de Thomas Sauvin et  Kensuke Koike. Les artistes nous proposent une réinterprétation de portraits noir & blanc anciens en découpant  des formes qui sont replacées selon une géométrie particulière. En cette période de commémoration du centenaire de la fin la 1ère Guerre Mondiale, ces portraits de gueules-cassées résonnent de façon incroyable.

La photographie se fait également  sculpture ou couture sous les doigts de Marianne Csáky qui, présentée par la galerie Inda, propose des œuvres étonnantes. Elle redonne à ses images une toute nouvelle narration avec des aplats de tissus cousus sur ces images, ou avec tout un travail colorimétrique sur des négatifs sous verre enchâssés sur des structure en métal, ou encore sur, d’autres œuvres, avec un jeu de polygones entrecroisés renforçant dans tout ces cas une certaine dramaturgie.

Elle « s’instantanise  » avec les Polaroïdioties du sculpteur Erik Dietman. La galerie Papillon présente une série de polaroïds à la frontière de l’abstraction. Un travail moins connu de cet artiste qui pourtant avait un réel talent de photographe.

Erik Dietman
Erik Dietman

Elle prend encore des allures de vestiges archéologiques avec le travail de Vittoria Gerardi qui nous propose une expérience visuelle et mentale du paysage. La jeune photographe italienne nous présente sa propre perception du paysage de la Vallée de la Mort, un lieu désertique, aride et chaud. La photographe utilise des parties du négatif comme des fragments de paysages pour construire des frontières symboliques entre matière et temps, entre espace et lumière, comme pour mieux marquer le paysage d’une cicatrice, celle d’un horizon imaginaire. Elle présente également des cubes de plâtre blanc d’où émerge un ruban de photographie de ce désert nous invitant à imaginer les vestiges d’un temps minéral lointain.

Elle se fait protocolaire et poétique sous le travail Marie Clerel représentée par la galerie Binôme. En effet,  la photographe propose un calendrier sous la forme d’une série de cyanotypes qui ont été révélés à l a lumière du jour à midi. Ces petits rectangles montés comme un calendrier montrent une vision symbolique et poétique du ciel chaque jour et sur un mois. On peut sans problème distinguer les mois d’été aux mois d’hiver par l’intensité des bleus. Des œuvres tout à fait étonnantes qui par un protocole extrêmement rigide parviennent à nous attendrir.

Un salon qui, comme son nom l’indique, révèle une autre approche de la photographie, une photographie libérée de pensées dogmatiques.

A PPR OC HE

Le Molière

40 rue de Richelieu

75001 Paris

Un, Deux, Trois… Labanque ! (2nde Part.)

©-Brian-Griffin-Men-in-excavator-2017-Production-Labanque
©-Brian-Griffin-Men-in-excavator-2017-Production-Labanque

Je vous propose la suite de mon article d’hier avec les deux autres expositions proposées par LaBanque à Béthune : De l’apparence des choses, Chapitre VI, Des forces de  Rachel Labastie et Between here and nowhere de Brian Griffin.

RACHEL LABASTIE
« DE L’APPARENCE DES CHOSES, CHAPITRE VI, DES FORCES »

©-Rachel-Labastie-Le-foyer-2011-Sculpture-grès
©-Rachel-Labastie-Le-foyer-2011-Sculpture-grès

A l’étage nous sommes accueillis par une roue en osier qui tourne sans fin. Elle évoque la roulotte des origines Yéniches (peuple nomade de l’Europe et grands vanniers) de la grand-mère de Rachel Labastie. Toutefois entourée de haches en céramique plantées dans le mur, comme elle l’est, l’œuvre pourrait nous inviter à une fête foraine ou encore évoquer une attaque de diligence. En tout cas un jeu de forces est à l’épreuve. D’ailleurs « Des forces » est le nom de ce sixième chapitre de son projet intitulé De l’apparence des choses.

Des forces contraires, il s’agit bien de cela dans cet épisode. Tout le parcours oscille entre érection et suspension, dureté et fragilité, violence et sensualité. Rachel  Labastie joue des paradoxes et de l’apparence des choses. Elle utilise l’argile crue, le bois, la céramique, le verre, le marbre dans ses huit installations où se manifestent le geste, l’apesanteur, le feu, la violence et la magie.

Les œuvres les plus frappantes sont peut être celles qui justement nous rapproche du rituel et de la magie, par exemple avec Foyer, une œuvre faite d’ossements modelés en grès noir reposant sur des tessons roses et bruns. Un amas qui évoque les restes d’un charnier, de fouilles archéologiques d’un tombeau ou encore d’une grotte du paléolithique. Elle montre le paradoxe du feu dont la maîtrise est indispensable pour sa création et qui réchauffe, nourrit, permet de fabriquer mais aussi brûle, détruit. Il est symbole de vie et de mort. Il est aussi celui qui permet la communion dans des rituels chamaniques, ou des fêtes. En témoigne son intervention réalisée en 2017 dans un village de Navarre comme une cérémonie ritualisée. Dans un village abandonné, en fouillant dans les ruines des maisons, elle a ramassé des tuiles, des morceaux de céramiques et les tessons trouvés. Puis elle a réalisé un immense four primitif dans la terre pour cuire ses morceaux trouvés dans des bâtons d’argile. Ce feu qui a brûlé toute la nuit pour la cuisson a permis le rassemblement de tous les villageois. Cette cérémonie autour du feu révèle le désir du collectif afin de convoquer la communion autour des disparus, d’une histoire, comme un rite chamanique.

Eprise de liberté, elle dénonce toutes les entraves. Avec la série Entraves, des chaines, des  colliers d’esclaves sont accrochés au mur comme les équipements dans une écurie et attendent le forçat ou l’esclave. Le paradoxe nait de la fragilité de la céramique blanche utilisée qui contraste avec la gravité du propos.

Dans ce premier étage qui lui est entièrement consacré, Rachel Labastie pointe du doigt la dualité incarnée dans la matière en transformation. Magie du feu, rituel sacré, bâtons de pèlerin, roue du destin, on a envie d’écouter ses histoires et de la suivre dans cette cérémonie qui réunit la communauté des humains.

BRIAN GRIFFIN
« BETWEEN HERE AND NOWHERE » Commissariat : Valentine Umansky

©-Brian-Griffin-Two-French-soldiers-2017-Production-Labanque
©-Brian-Griffin-Two-French-soldiers-2017-Production-Labanque

Brian Griffin, est un photographe né à Birmingham dans un milieu très populaire. Il a photographié le monde de l’entreprise lors de commandes puis a travaillé pour la presse : Time Magazine et The Observer Magazine. Ami de Martin Parr, fan de musique, il était notamment le grand portraitiste de la scène musicale des années 80. Paul Mc Cartney, Depeche Mode, R.E.M, Kate Bush, Elvis Costello ou Iggy pop sont passés sous son objectif. Le Guardian en 1989 prétendait qu’il était le photographe de la décennie. Depuis 2001, il a délassé les stars pour photographier le monde des travailleurs et poursuit de porter un regard de coté sur la société britannique. Nous avions pu voir il y a un mois quelques images lors de l’expo, proposée à Paris par Burberry, consacrée au « british way of life » et qui célébrait la photographie britannique.

Un physique à la Gabin au regard bleu perçant, une autorité et une tendresse à la fois, on décèle toujours un brin d’ironie dans l’œil du photographe animé par une classieuse irrévérence et une claire ambigüité. Un mélange de Ken Loach et de David Lynch.

L’exposition Between here and nowhere se développe sur plusieurs chapitres d’un récit qui nous entraîne au milieu des pommes de terre, dans le milieu ouvrier, des militaires… Bref une histoire inspirée par la région, le lieu, sa terre natale, une grande humanité et le plaisir de brouiller les pistes.

Inspirée par la terre de Béthune-Bruay dont il  a lu beaucoup d’ouvrages relatant son histoire et notamment pendant la première guerre mondiale. Il a ainsi trouvé que les champs de batailles sont devenus des champs de pommes de terre. Que se passe-t-il dans cette terre qui sert à nourrir les populations et qui contient en elle les morts des deux derniers conflits mondiaux, dont beaucoup de britanniques ? Pour Brian la région est importante dans l’histoire et en lien avec sa région d’origine. Les connexions se font également avec le monde ouvrier, dont il rend hommage dans une superbe série. Les ouvriers sont photographiés avec leurs outils dans des positions et attitudes dignes d’un magazine de mode. Il interroge l’homme face au postmodernisme avec des images énigmatiques qui rappellent un accident nucléaire, un feu d’artifice ou les représentations futuristes d’une dimension parallèle qu’il nous faudrait découvrir.  Avec la série des Somnambules il poursuit cette interrogation. Il y photographie des personnages arrêtés dans leur mouvement, les yeux fermés, dans les espaces vides d’une usine McCain, encore une référence aux pommes de terre. Avec un jeu de perspective imparable cette mise en scène donne une impression de rêve ou de cauchemar, un effet irréel dont la portée politique ne fait aucun doute. Un peu plus loin on retrouve des soldats et des pompiers, des morts sous des croix blanches, un jeune ouvrier couché au sol… autant de personnages qui semblent être les protagonistes d’une histoire dont seul Brian Griffin possède les clefs.

Tout ici dans cette déambulation est mystère, jeu de piste. Brian Griffin nous propose un jeu de Cluedo mené dans un esprit Twin Peak , pour son univers entre fiction et réalisme à la frontière fragmentée, complexe avec plusieurs lectures possibles. Il laisse ici et là quelques indices afin de nous permettre de reconstruire une histoire qui navigue entre fiction légère et réalité brute.

Brian Griffin préfère les chemins de traverse aux propositions trop littérales et rejette le concept de vérité absolue.

A LIRE : 
Lire aussi la première partie

by Patrice HUCHET

INFORMATIONS PRATIQUES
Pierre Ardouvin « Retour D’abyssinie »
Rachel Labastie « De L’apparence Des Choses, Chapitre Vi, Des Forces »
Brian Griffin « Between Here And Nowhere »
Du 17 mars au 15 juillet 2018
LABANQUE
44, place Georges Clémenceau
62400 BETHUNE
Ouvert tous les jours de 14h à 18h30
Fermé le 1er mai
http://www.lab-labanque.fr

Guillaume Herbaut réveille nos amnésies au sommet à la Grande Arche du Photojournalisme

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L’exposition de Guillaume Herbaut questionne le rapport de l’Homme à son destin et présente des photographies qui réactivent notre mémoire. Avec notamment des images des différents reportages réalisés à Tchernobyl qui sont fondateurs de son travail.

Cette exposition importante n’est pas une rétrospective. Elle présente les moments phares du travail d’un photographe dont le style très personnel inspire la nouvelle génération de photoreporters.

Ses sujets de prédilection sont la guerre, la destruction, les conflits… qu’il traite sous le prisme de la trace, de la mémoire. Contrairement à la plupart des photoreporters qui utilise plutôt le 24X36, le format de l’instantané et du présent, Guillaume Herbaut travaille avec un moyen format qui nécessite de se poser et d’avoir un rapport particulier avec le temps passé, avec la mémoire. De plus pour lui, c’est un format qui fait écho à la peinture classique et lui permet de se différencier. Il tient toutefois à inscrire sa filiation dans l’histoire du photojournalisme, plutôt que dans la photographie d’art.

L’exposition se développe en  5 parties :

Tchernobyl : Condamnés à l’invisible

Comment rendre compte de l’invisible ? Le photographe Prix Nièpce 2011 joue la frontalité. Des rescapés de l’explosion nucléaire de Tchernobyl font face à des disparus, symbolisés par leurs objets fétiches. Des paysages assez neutres deviennent des lieux de peur avec l’affichage de becquerels qui indique le taux de radioactivité. Un mur de portes closes renforce la symbolique de l’invisible et de l’infranchissable.

La Zone : les bas-fonds du XXIe siècle

Avec des images qui semblent sorties d’un story-board pour un film où les personnages seraient perdus entre deux dimensions, Guillaume Herbaut nous plonge dans ce lieu où la toxicité des radiations a laissé la place à des personnages désœuvrés voire misérables. Ces photographies captent l’urgence et le désordre de la vie.

Weapons shows : 

Des formats géants comme des affiches publicitaires présentent des scènes de salons internationaux d’armements.  Des images bien proprettes qui viennent en contrepoint avec le reste du travail de Guillaume Herbaut et qui avec une certaine ironie montrent l’une des faces cachées de la guerre.

Ukraine, de Maïdan au Dombass : les combattants

Fidèle à son attachement à l’Ukraine, Guillaume Herbault s’y rend régulièrement pour y suivre les tensions entre les partisans d’un pays tournés vers l’Europe et ceux qui sont attachés aux Russes. Des images entre le MaÏdan et le Dombass où des frères ennemis semblent rejouer une dispute bien archaïque entre l’Europe et l’Asie.

7/7, l’ombre des vivants : Memento Mori

Un étrange projet que ce 7/7 qui, dans une scénographie en forme de croix latine, décline 7 étapes de l’histoire photographique et des peurs de Guillaume Herbaut. Partant de ses racines dans la maison vide de sa grand-mère en passant par des prises de vue de vendetta en Albanie, de mystérieux crimes de femmes dans le nord du Mexique, des traces monstrueuses des radiations d’Hiroshima… pour finir par un retour sur lui-même avec une mystérieuse boîte noire qui, comme celles des avions, garde secrètement la mémoire d’une vie consacrée à photographier une part obscure de l’humanité.

portrait_GuillaumeHerbaut
portrait_GuillaumeHerbaut

INFORMATIONS PRATIQUES
Pour mémoire
Guillaume Herbaut
Du 13 février au 13 mai 2018
La Grande Arche
1 Parvis de la Défense
92044 Puteaux
Tarif unique accès Arche du Photojournalisme : 4 €
Gratuit pour les -16 ans
Ouvert tous les jours de 9h30 à 18h30
https://www.lagrandearche.fr/le-photojournalisme

by Patrice HUCHET

50 ans après mai 68, l’image de la contestation revient aux Beaux-Arts de Paris

“Images en Lutte” aux Beaux-Arts de Paris est le regard croisé de deux commissaires ; l’un historien de l’art et l’autre historien. L’exposition propose une lecture documentée de ce moment particulier de l’histoire contemporaine, les années 1968-1974, où l’art et le politique, la création et les luttes sociales et politiques furent intimement mêlés.

Assemblée générale_photo Philippe Vernès

L’exposition qui ouvre les commémorations du cinquantenaire de Mai 68, n’a pas choisi les Beaux Arts par hasard. L’école avait pris part aux mouvements de grève de mai 68 dès le début des mobilisations. “Images en Lutte” présente affiches, peintures, sculptures, installations, films, photographies, tracts, revues, livres et magazines (consultables dans le cadre d’une bibliothèque ouverte) qui, outre le fait de témoigner des revendications, luttes et affrontements de la fin des années 1960 et du début des années 1970, présente également un panorama des formes d’expressions artistiques en marche à l’époque.

L’exposition nous accueille dans une salle dont les murs sont tapissés d’affiches originales réalisées collectivement et anonymement par des artistes et des étudiants de l’Ecole des Beaux Arts qui ont occupé celle-ci et y ont créé l’Atelier Populaire. Il est intéressant de voir les affiches validées par les membres de l’Atelier affichées aux murs et les refusées dans les vitrines sur lesquelles on voit encore les traits au crayon et les annotations. On imagine aisément l’effervescence et le bouillonnement dans ces murs à l’époque.

Mais plus largement aux événements de mai 68 c’est tout un mouvement de luttes et d’engagements qui inspirèrent les artistes. L’exposition sans prendre parti sur l’histoire rend compte de ce qui animait politiquement l’époque sur le terrain international. Des révolutions chinoises, cubaines ou sud américaines avec une vision plutôt fantasmée et idéalisée comme outil de propagande. Ou encore des luttes contre la guerre du Vietnam, contre les dictatures ou contre les politiques postcoloniales ou impérialistes comme outil de dénonciation. Des signatures telles que Julio Le Parc, Bernard Rancillac, Edouardo Arroyo produisent des œuvres remarquables et marquent l’iconographie de l’époque.

Dans les usines et dans les campagnes les mouvements contestataires s’agitent. La souffrance et les difficultés des prolétaires urbains et ruraux ont inspiré de nombreuses créations (peintures, films, affiches, y compris pochettes de disque) une façon pour les artistes de témoigner de leur solidarité et de leur volonté de porter secours aux opprimés. Les expressions artistiques vont du réalisme pour certains à l’abstraction comme outil d’émancipation artistique pour d’autres. La remise en question des pratiques et des savoirs touche tous les niveaux du monde intellectuel, l’ensemble des lieux et pratiques culturelles avec une négation de la valeur et des autorités. Dans les arts plastiques, par exemple, une recherche de la déconstruction et des représentations voit la création de groupes artistiques comme  Supports/Surfaces dont on peut voir des œuvres de Claude Viallat ou de Daniel Dezeuze, ou BMPT (Buren/Mosset/Parmentier/Torini) avec 2 œuvres d’Olivier Mosset.

L’étage des Beaux-Arts raconte d’autres luttes et de nouveaux médiums apparaissent. La photographie, très présente, et la vidéo permettent notamment de témoigner des conditions de vie des travailleurs émigrés, des grandes manifestations ouvrières, des violences policières, des nouveaux engagements écologiques (Larzac) et de questionner la condition féminine et homosexuelle. Claude Rutault détourne des panneaux de signalisation routière en message écologique et Martial Raysse fait pousser des champignons très colorés dans des boîtes en bois.

Un dernier espace relate comment les artistes se sont emparés de la mort de Pierre Overney, assassiné par la milice de la Régie Renault, afin de lui rendre hommage. Notamment Merri Jolivet avec son collage sur toile Pompidou/Overney ou Gérard Fromanger avec une grande toile hommage qui évoque la mort d’Overney et le temps des cerises.

« Images en lutte » est un large panorama graphique de la diversité des luttes des années 1970, dont certaines œuvres sont exposées pour la première fois. Une édition spéciale de plus de 800 pages complète ce come back artistico politique.

INFORMATIONS PRATIQUES
Images en lutte, La culture visuelle de l’extrême gauche en France (1968-1974)
Commissaires : Philippe Artières et Éric de Chassey
Exposition du 21 février au 20 mai 2018
Palais des Beaux-Arts
13 quai Malaquais
75006 Paris
http://www.beauxartsparis.fr

Catalogue de l’exposition :
Sous la direction de Philippe Artières et Éric de Chassey.
Préface de Jean-Marc Bustamante.
Textes de Philippe Artières et Éric de Chassey, Élodie Antoine, Anne-Marie Garcia et Pascale le Thorel.
800 pages couleur, 49€.

by Patrice HUCHET

Deux femmes dans l’Aurès des années 30

Deux femmes racontent l’Aurès des années 30 au Pavillon Populaire dans une exposition qui montre comment deux scientifiques se sont révélées de remarquables photographes.

Femme-portant-un-tatouage©-Thérèse-Rivière

Le programme 2018 au Pavillon Populaire, espace dédié à la photographie à Montpellier, est particulièrement audacieux et ambitieux. Sous la forme d’un triptyque la programmation 2018 permet d’interroger différents aspects de la photographie. Le premier volet donne à voir la photographie documentaire à des fins scientifiques avec le travail photographique de missions ethnographiques dans l’Aurès en Algérie. Le second présente la photographie de propagande avec notamment une exceptionnelle exposition qui réunira des images de propagande nazie confrontées aux images de photographes juifs dans les ghettos prêtées pour l’occasion par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Le troisième volet proposera un regard sur la photographie de témoignage avec un focus sur le sud des Etats-Unis au moment des luttes pour les droits civiques.Une programmation exigeante qui s’inscrit dans une politique culturelle de la Ville de Montpellier remarquable en permettant notamment un accès gratuit à l’ensemble de ses expositions au Pavillon Populaire, le bien nommé.

AURES, 1935

Depuis le 7 février et jusqu’au 15 avril 2018, Le Pavillon Populaire propose une très belle exposition  avec  le regard sensible de deux femmes d’exception. Cette exposition présente, pour la première fois ensemble, une sélection de 120 photographies prises par deux jeunes chercheuses, Thérèse Rivière et Germaine Tillion, lors d’une mission ethnographique conduite à partir de 1935 dans l’Aurès et commandée par le Musée d’Ethnographie du Trocadéro qui deviendra le Musée de l’Homme. Cette mission, moins connue que la célèbre mission Dakar-Djibouti (1931-1933) conduite par Michel Leiris et Marcel Griaude en Afrique subsaharienne ou que l’expédition menée en Amazonie par Claude Levis-Strauss (1934), fut tout aussi importante d’un point de vue scientifique compte tenu de la somme d’images, d’enregistrements et de notes réunis par ces formidables ethnographes de terrain.

Un témoignage ethnologique rare sur la société berbère, dans le massif des Aurès, lors de plusieurs voyages d’études de l’entre deux guerres chez les Chaouias. « Se déplaçant à dos de mulet dans les montagnes traversées de gorges et dépourvues de route, où la présence coloniale française se résume alors à un administrateur et quatre gendarmes, les deux jeunes femmes passent deux ans ensemble, en étant totalement intégrées dans la société chaouia » comme l’explique Christian Phéline, le commissaire de l’exposition.

Deux femmes, deux regards, caméra au poing

Les années 30 voient la révolution technologique permettre aux ethnologues et photoreporters de délaisser les lourdes chambres à plaques de verre pour les nouveaux boîtiers portatifs à pellicule souples. L’exposition permet de saisir deux approches et deux regards différents.

Thérèse Rivière se concentrant sur l’étude des activités matérielles et l’économie domestique utilise un Leica qui lui permet des prises de vues rapprochées. Elle se montre très empathique dans son approche des Aurésiens.

De son coté, Germaine Tillion, davantage « ethnologue » est plus portée sur la réflexion théorique et utilise un Rolleiflex, qui impose plus de distance avec le sujet. Ce recul scientifique n’enlève rien à son humanisme, on peut lire à la fin de l’exposition, la phrase inscrite en noir sur un mur blanc : « J’étais dans les Aurès avec un sentiment de sécurité complète. La sauvagerie c’est en Europe que je l’ai apprise. A Ravensbrück, vraiment, nous avions à faire à des sauvages » qui résume bien le parcours douloureux de cette femme engagée et résistante.

Leur travail photographique s’est révélé bien plus que documentaire et pédagogique et renvoie à une histoire tant esthétique que sociale de la photographie.

INFORMATIONS PRATIQUES
AURES, 1935
Au Pavillon Populaire
Du 7 février au 15 avril 2018
Commissaire de l’exposition : Christian Phéline
Direction artistique : Gilles Mora
Pavillon Populaire
Esplanade Charles-de-Gaulle
34000 Montpellier
T +33 (0)4 67 66 13 46
Horaires d’ouverture
Du mardi au dimanche (sauf 25 décembre, 1er janvier et 1er mai)
Hiver : 10h – 13h et de 14h – 18h / Eté : 11h – 13h et 14h – 19h
Visites guidées hebdomadaires
Le vendredi 16h – Le samedi 14h30 et 16h – Le dimanche 11h
Visites guidées ou libres en groupe
Réservations obligatoires par mail : visites@ville-montpellier.fr
Entrée libre et gratuite pour tous les publics / Accessibilité aux personnes handicapées