#Paris, Jean Michel Basquiat: L’événement arty de cette rentrée.

Boy and Dog in a Johnnypump (1981)
Boy and Dog in a Johnnypump (1981)

L’ange noir de l’art contemporain des 80’s en majesté à la Fondation Louis Vuitton qui lui consacre une exposition depuis quelques jours de plus de 120 de ses œuvres. Une rétrospective immanquable mise en parallèle avec une autre exposition d’un autre artiste d’exception Egon Schiele qui, comme Basquiat, est mort prématurément à l’âge de 28 ans.

La dernière grande exposition consacré à Jean-Michel Basquiat à Paris fut la rétrospective organisée au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris c’était fin 2010 début 2011. C’est dire si l’événement était attendu, par ceux qui ne l’ont pas encore vu et par ses aficionados. L’occasion de replonger dans sa fulgurance, son énergie mais aussi ses fêlures et retrouver son incroyable alchimie picturale et vitalité chromatique. 

De ses débuts de street-artiste dans les rues de Manhattan à ses collaborations avec le pape du Pop Art, Andy Warhol, jusqu’à ses dernières œuvres notamment Riding with Death (1988), l’exposition déployée sur les quatre niveaux de la Fondation Louis Vuitton débute par les trois grandes Têtes (datées de 81, 82, 83), réunies pour la première fois. Elle se poursuit par des petits chapitres qui permettent de mieux comprendre les éléments constitutifs de l’œuvre de Jean-Michel Basquiat, tout en suivant un parcours chronologique avec plus de cent vingt œuvres présentées, dont beaucoup inédites aux yeux du public.

L’œuvre de Jean-Michel Basquiat s’articule en cinq phases majeures. La première commence en 1976, lorsqu’il rencontre ses amis, Al Diaz et Shannon Dawson avec qui il commence à graffer dans les rues de Manhattan des messages sous le pseudo SAMO©. Elle s’achève en automne 1981, date à laquelle la galeriste Annina Nosei met à sa disposition le sous-sol de sa galerie transformé en atelier et lui permet de peindre ses premières toiles marquées par la spontanéité et la rapidité qui caractérisaient déjà ses graffitis. Influencé par les musiciens ; John Cage, par son invitation à intégrer le hasard et l’imprévisible, Charlie Parker et Miles Davis par leurs sens aigus de l’improvisation, les sonorités africaines par leur énergie et leurs rythmes et le hip-hop pour ses procédés artistiques du sampling et du scratching. Basquiat donne libre cours à toutes sortes d’associations faites de mots, de signes, de pictogrammes et de concepts qu’il intègre dans ses œuvres. Ces éléments seront constitutifs de toute son œuvre et en feront sa signature.

La deuxième phase de sa création, entre 1981 et 1982, est surtout dominée par la peinture sur toile. Boy and Dog in a Johnnypump (1982) et Untitled (1981) constituent des exemples marquants de cette période. La peinture prend une place croissante pour Basquiat sans que celui-ci interrompe pour autant le dessin, en associant sur ses toiles acrylique et pastel gras dans des couleurs de plus en plus intenses. On observe également un élargissement de son répertoire figuratif et de son corpus d’éléments symboliques. Basquiat commence alors à superposer des couches de peintures, des éléments picturaux et des mots pour les faire aussitôt disparaître. Cette alternance entre transparence et disparition détermine alors son processus de création : il repeint, intégralement ou partiellement, sur ses compositions permettant tout de même au spectateur de discerner la représentation d’origine.

Commencent alors pour Basquiat des années frénétiques avec une production d’œuvres extrêmement importante. C’est dans cette période (1982-1985) qu’il développe ce qui est la troisième phase de son travail. Sans délaisser la toile, Basquiat utilise des matières brutes comme support. Il renonce aux châssis classiques pour tendre ses toiles sur des palettes de bois ou pratique des assemblages de portes ou volets (Portrait of the Artist as a Young Derelict, 1982), donnant parfois naissance à une sorte de sculpture de toile et de bois. La forme du triptyque que Basquiat utilise dans une série de travaux de 1982 et de 1983, lui permet, par le montage de plusieurs toiles montées sur bois, d’élargir son champ pictural comme par exemple avec Horn-Players (1983). Il poursuit ainsi son « hip hop » pictural en associant les mots, les signes, les pictogrammes et les éléments picturaux les plus divers. La couronne à trois pointes apparaît fréquemment, par exemple dans Untitled (1982), parallèlement à la couronne d’épines, ces deux motifs prenant valeur d’icônes dans l’œuvre de Basquiat. Au printemps de 1983, ses œuvres atteignent leur complexité suprême, tant par leurs thèmes picturaux que par les stratégies artistiques que Basquiat associe et transforme désormais avec une infinie diversité. Les changements, reniements ou agressions physiques contre le support et contre l’œuvre sous forme de remaniement, de destruction et de recomposition relèvent de la méthode artistique de Basquiat. Celui-ci met également des mots en relief, par leur disparition même. In Italian (1983) en constituent un exemple frappant. « Je biffe les mots pour que vous les voyiez mieux. Le fait qu’ils sont à demi effacés vous donne envie de les lire. » Jean-Michel Basquiat.

Pendant cette période, l’année 1983 marque également le point de départ d’une collaboration et d’une grande amitié avec Andy Warhol. Au cours de cette quatrième phase de création qui commence intensément en 1984, il reprend d’anciens collages dont il réalise une forme de sampling à l’aide du procédé sérigraphique auquel Warhol l’a initié. Il réalise d’abord une quinzaine de travaux collectifs avec Warhol et Francesco Clemente. Suivront dans les années 1984/1985 une centaine de nouvelles œuvres en coopération avec Warhol, soit le dixième de la production picturale de Basquiat.

Les années 1986 à 1988 constituent la cinquième et dernière phase de création de cet artiste. Il élabore alors un nouveau type de représentation : ses personnages figuratifs prennent moins d’importance au profit d’un élargissement considérable de son répertoire de symboles et de contenus. Les œuvres de cette époque se caractérisent par une alternance entre un vide radical et une abondance. Ces dessins et tableaux sont entièrement couverts de papiers collés, saturés d’une profusion de détails, de signes, de pictogrammes, de mots et de phrases, dont les ramifications nous évoquent aujourd’hui les arborescences et associations sans fin du web. Basquiat crée aussi une série d’importants dessins de grand format, qui laissent transparaître la fascination de l’artiste pour la mort. Riding with Death (1988) est devenu l’icône de sa propre mort, et résonne comme une prémonition participant au mythe de cet artiste majeur de la seconde moitié du XXe siècle.

L’oeuvre de Basquiat doit son originalité et sa singularité à une forme d’appropriation du quotidien, de la rue et des encyclopédies, et de l’aléatoire. Il copie délibérément des éléments de la réalité qui l’entoure, il introduit le hasard comme stratégie artistique et transforme le matériau esthétique préexistant en esthétique personnelle. Jean-Michel Basquiat a été aussi bien un précurseur de la société du savoir que de la génération du couper-coller, anticipant ainsi l’utilisation des nouveaux médias, la société du selfie et de la mondialisation tout en explorant son identité noire.

« J’utilise le Noir comme protagoniste principal de toutes mes peintures. Les Noirs ne sont jamais portraiturés d’une manière réaliste, pas même portraiturés dans l’art moderne, et je suis heureux de le faire. » Jean Michel Basquiat 

On retrouve dans les compositions picturales de Basquiat l’intensité et l’énergie qui ont marqué sa brève existence. En l’espace de huit ans seulement, il crée une œuvre de grande ampleur, comprenant un millier de peintures et plus de deux mille dessins. Il parvient ainsi à imposer, à une époque où l’art conceptuel et l’art Minimal étaient dominants, de nouveaux éléments figuratifs et expressifs. Ses œuvres peuplées de personnages qui semblent sortis de bandes dessinées, de silhouettes squelettiques, d’objets quotidiens bizarres et de slogans poétiques frappent par leur force et par la somptuosité de leurs couleurs. Associant des motifs issus de la culture pop et de l’histoire culturelle — plus particulièrement du monde de la musique et du sport —, ainsi que des thèmes politiques et sociaux, l’injustice sociale et le racisme.

L’exposition est remarquable par la qualité des œuvres présentées et surtout leur rareté aux yeux du grand public. Elle offre une vision globale de l’ensemble du travail d’un des artistes majeurs de la seconde partie du XXe siècle.

Jean Michel Basquiat – 1960-1988

Du 3 octobre 2018 au 14 janvier 2019

Fondation Louis Vuitton

8, avenue du Mahatma Gandhi

Bois de Boulogne

75116 Paris

www.fondationlouisvuitton.fr

Le rouge et le noir, le sang et la mort, une ode à la vie selon Hermann Nitsch

Hermann Nitsch et Denise Wendel-Poray
Hermann Nitsch et Denise Wendel-Poray

Hermann Nitsch, l’enfant terrible de l’art contemporain autrichien qui s’est fait connaitre dans les années 60 et 70 par des performances sanglantes et très controversées est à Paris. Il expose une trentaine d’œuvres peintes à la galerie RX.

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Né à Vienne en 1938, son enfance fut marquée par la guerre avec son lot de violence, de frappes aériennes, de privation… Des années terribles qui marqueront à jamais l’artiste et son travail. Il est cofondateur, au début des années 60, du mouvement Wiener Aktionismus (Actionnisme viennois) dont il est l’un des représentants les plus importants aux cotés d’artistes viennois comme Günter Brus, Rudolf Schwarzkogler et Otto Mühl dont on peut voir actuellement des œuvres à la galerie Eric Dupont à Paris. Il crée ses premières œuvres basées sur une variante du dripping avec une dimension performative et il jette les bases de son projet avec sa première Aktion, performance expérimentale, dans laquelle l’artiste verse du sang sur un homme enchainé en crucifixion.

C’est à cette époque qu’il développe le concept de « Théâtre des Orgies et Mystères ». Avec l’intégration de toutes les formes d’art : la peinture, l’architecture, la musique… désirant ainsi créer une œuvre d’art totale et mettre progressivement sous tension tous les sens des participants jusqu’à ce que, arrivé au point culminant, chacun prenne différemment conscience de son existence. La vision du monde de Hermann Nitsch est fortement marquée par des écrivains tels que Sade, Nietzsche, Artaud, Bataille entre autres.

Chaque Aktion fait l’objet d’un véritable travail d’écriture préalable, de dessins, de plans à l’instar d’un compositeur d’opéra. Il en crée également la partition musicale. Ces Aktions semblent reproduire une liturgie, un rituel sacré complet avec procession, communion, chants… Nitsch comme beaucoup de ses contemporains ne parvient pas à pardonner la position de l’Autriche pendant la seconde guerre mondiale. Ses « cérémonies » tentent d’exorciser ce passé et dénoncent également une société corsetée, rigide et brutale.

Parallèlement Nitsch développe une œuvre picturale importante. Avec notamment des œuvres de sang dans les années 70 et des peintures dont la couleur dominante est le rouge.

Hermann Nitsch prétend que « le rouge est la couleur la plus intense que je connaisse. Le rouge est la couleur de la vie et de la mort en même temps. Le sang est la sève de la vie. Du sang rouge, qui coule, signale une blessure, la douleur, le danger et la mort »

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L’œuvre de Nitsch se révèle donc radicale et bien entendu clivante. Le galeriste Eric Dereumaux,  convaincu du potentiel unique des œuvres picturales de Nitsch a décidé de ne présenter aujourd’hui que des tableaux qui, par eux-mêmes, représentent l’essence de l’œuvre de l’artiste. Conscient du profil polémique de l’artiste, Eric Dereumaux et Denise Wendel-Poray, la commissaire de l’exposition, ont donc décidé il n’y aurait pas d’Aktion pendant cette exposition et que les tableaux présentés offriraient un axe d’ouverture et de compréhension du travail global de l’artiste. Cette peinture n’étant bien sûr pas déconnectée de son œuvre complète et reste en lien avec les performances qui ont fait la notoriété de cet artiste. Des ouvrages consacrés à son œuvre peuvent être feuilletés dans une des salles de la galerie et permettent de voir des photographies des nombreuses performances orchestrées par Nitsch.

L’artiste global, habitué à tout maîtriser, était retissant à l’idée d’une l’exposition uniquement consacrée à la peinture. Finalement, grâce à la conviction et la persuasion d’Eric Dereumaux, il s’est laissé convaincre. La peinture d’Hermann Nitsch est physique, nerveuse. Dans sa pratique Nitsch implique le corps, ses traces de mains et de doigts dans d’épaisses couches de peinture noire ou rouge en témoignent. La forte présence du rouge sous forme d’éclaboussures et de coulures qui évoque le sang bien sûr dialogue avec des noirs profonds. Quatre toiles de sang réalisées dans les années 70 sont également présentées ainsi qu’une petite série d’œuvres sur papier de facture totalement différente dans lesquelles se mélangent peintures, gravures, et dessins.

Finalement, les aktions ne sont jamais loin avec Hermann Nitsch qui a décidé une intervention étonnante le premier jour de l’exposition. En effet, il est intervenu sur deux toiles de sang réalisées il y a quarante.  Il a modifié ces œuvres avec des pansements, des bandages et des mouchoirs en papier. C’est comme s’il avait eu besoin de se réparer en pansant sa propre œuvre. La proposition apaisée faite par Eric Dereumaux à Hermann Nitsch a eu cet effet particulier, l’artiste s’est apaisé lui-même. La violence du monde, la culpabilité face à l’histoire de son pays, qu’il dénonçait dans des performances sanglantes et violentes ont marqué sa vie et son art, à l’âge de quatre-vingts ans il a peut être enfin trouvé la paix. Une catharsis personnelle et artistique.

Hermann Nitsch

« Paintings Only »

Du 11 octobre au 24 novembre 2018

Commissaire d’exposition : Denise Wendel-Poray

Galerie RX

16, rue des Quatre Fils

75003 Paris

 

« Dans un second temps », le désir d’absolu de Martin BECK

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Pour sa première grande exposition en France, l’artiste autrichien Martin Beck joue avec les temporalités, les médiums et leurs déploiements intimement liés aux espaces du Frac Lorraine de Metz et compose une œuvre d’art globale.

L’exposition rassemble des œuvres récentes explorant différents types de durées. Le temps géologique marqué ici par des conglomérats de roches sédimentaires dont chaque élément, sans jamais fusionner, s’assemble dans une forme d’éternité. Le temps lié à la seconde vie des choses ; des images, des mots, des études ou  des analyses. Le temps quotidien marqué par les créations que Martin Beck s’impose chaque jour et qui construisent le tableau de bord de ses humeurs. Et le temps éphémère et festif comme évoqué par Last Night,  une reconstruction poétique et musicale de la dernière soirée organisée au Loft par David Mancuso, pionnier des DJ new-yorkais à la fin des années 70.

Martin Beck mélange la nature et les éléments culturels,  il met en relation l’affect et le savoir, le cartésien et le sensible. Il s’intéresse autant aux structures architecturées qu’aux structures sociales.

Dans son travail il s’approprie des images et des textes existants qu’il intègre dans son travail en les recontextualisant. L’exposition s’articule autour de rythmes, répétitions et interstices. Décontextualiser puis recontextualiser et laisser apparaitre les cohérences ou perturbations ainsi que la nature multiple de choses constitue une part importante du travail de l’artiste.  Chaque exposition est pour lui l’occasion de réinterpréter cette recherche en lien avec les espaces mis à sa disposition.

L’exposition « Dans un second temps » est introduite par une image noir & blanc de cristaux sur fond noir sans explication sans texte. Le cristal à l’architecture précise et primitive renvoie à la structure, la régularité, la clarté.  Il évoque à la fois la précision et la beauté. Martin Beck fait cohabiter cette image avec un cactus, lui-même très architecturé et un voilage qui tranche par sa fluidité et sa forme mouvante et sensible aux variations de l’air. Il fait le choix de ne pas mettre de cartel explicatif afin de déconstruire l’habituelle invitation à une exposition et susciter un désir plus fort chez le visiteur.

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D’origine autrichienne mais vivant la majeure partie du temps à New York, Martin Beck est naturellement influencé par la culture américaine. Notamment par les communautés rurales et utopiques proches du mouvement hippie. Comment peut-on vivre séparé du monde et vivre ensemble en communauté ? Il fait dialoguer une nouvelle image de cristaux qui semblent flotter avec un texte aux phrases hyper positives, sorte de manuel de bonne conduite issu d’une étude d’un ethnologue sur une communauté hippie américaine. Les cristaux tout comme les textes sont des morceaux d’un élément et finalement reconstruisent un nouveau tout. Tout comme dans le monde des humains dont chaque individualité placée dans un groupe différent recrée une entité, un autre corps social avec ses propres lois. Martin Beck a lu tous les livres sur la contre-culture des années 60 et notamment les communautés rurales. L’installation se présente comme une indexation de ses communautés. La liberté se confronte aux nécessités de survie et de besoins : nourriture, habitat, codes de vie commune, résolution des conflits… Au milieu de ces éléments qui pourraient représenter les « dix commandements » de la communauté, une photo du sol lunaire symbolise, un sol vierge prêt à être cultiver, un horizon à conquérir, un ailleurs à visiter. L’ensemble montre comment les communautés, utopies de liberté voulant rompre avec la société et le système capitaliste, reproduisent elles aussi des règles et des interdictions, quantifient, planifient et contrôlent afin de canaliser les individus.

Il est étonnant de voir dans une œuvre suivante que les travaux et études de ces sociétés communautaires sont devenus les fondements de ce qui sera utilisé plus tard par les coachs en entreprise.  Le problème prend la forme d’un diaporama qui alterne images libres de droits et phrases issues de « Universal traveller », un guide de résolution des problèmes. Ici grâce à un montage aléatoire, la rhétorique utilisée par les entreprises dans la gestion de conflits afin d’optimiser la productivité, prend un sens particulier et donne une vision tragicomique d’un idéal de vie d’entreprise fantasmée et sublimée.

L’intérêt que Martin Beck Porte aux questions de productivité s’accompagne de celui de la sérialité. Avec une œuvre étonnante, une vidéo qui filme en plan fixe et rapproché une partie d’un plâtre d’Amour et Psyché, de Canovas. Sur ce blanc immaculé se distinguent à peine des petits points noirs. En fait, il s’agit de clous que Canovas disposait sur son prototype et qui lui servaient de repères et d’outils de mesure afin de facilité la reproduction des marbres à venir. L’œuvre, dont la seule variation est celle de la lumière naturelle, joue la contradiction entre l’aspect purement technique du sujet et le formidable romantisme de l’œuvre finale.

Martin Beck - vidéo amour et Psyché

Martin Beck joue encore avec les représentations de la production avec Flowers (série 1) et (série 17), un groupe de photographies issues d’une série qui documente le processus de création d’une composition florale. Reprenant un sujet inspiré des natures mortes de la peinture hollandaise du XVIIe siècle, il désacralise ce symbole de pouvoir et de beauté et propose un « work in progress » décomposant les éléments : le geste, les fleurs, la table, le vase… les présentant comme les personnages d’un film en production.

 

Avec Working forwards, Martin Beck s’impose quotidiennement de réaliser une feuille (format US) sur des sujets très divers et des problématiques qui changent chaque jour, réalisant ainsi un tableau de bord de ses humeurs et de ses préoccupations qui peuvent être influencées du livre qu’il lit ou de la musique qu’il écoute. Dessins, collages, textes, photographies, pas de formes préconçues, sont des instantanés de sa pensée car pour lui il n’y a pas de différence entre sa vie personnelle et sa vie artistique, les deux ayant de perpétuelles interactions.  Ces petits éléments, qui composent sa vie et en représentent le millefeuille temporel, dialoguent avec d’immenses conglomérats de galets et sédiments compactés naturellement depuis des temps immémoriaux. Ce temps humain et intime mis face au temps géologique est vertigineux.

 

L’exposition conçue comme une composition se termine en apothéose avec Last Night une vidéo de 13 heures et 29 minutes dans laquelle une platine vinyle tourne et égrène les 118 titres de la dernière soirée organisée au Loft par David Mancuso en 1984. Immortalisant ainsi les fêtes, accessibles sur invitation uniquement, qu’il organisait dès 1970 dans son appartement de Manhattan. Impliqué dans la contre-culture de l’époque, ainsi que dans les luttes contre les discriminations d’origine, de genre ou de classe, David Mansuco a voulu créer un lieu de rencontre et d’émancipation, un lieu underground basé sur le potentiel social de la musique et de la danse pour générer de nouvelles formes d’interactions basées sur la tolérance, le partage et la recherche de liberté.

 

L’œuvre de Martin Beck prend le temps de mettre un pas de coté, par le prisme de la contre-culture notamment, il  décortique et identifie les structures et les architectures de nos sociétés ainsi que tous les jeux sociopolitiques qui en découlent. Coincées entre idéalisme et pragmatisme, affect et savoir, intuition et analyse, les sociétés humaines se débattent dans un perpétuel recyclage. Martin Beck espère toujours unifier intégrité intellectuelle, complexité, sensibilité et esthétique.

Dans un second temps ?

 

Martin Beck

« Dans un second temps »

du 06 juillet au 21 octobre 2018

Fonds Régional d’Art Contemporain de Lorraine

1bis rue des Trinitaires

57000 Metz

http://www.fraclorraine.org

Lois Weinberger dévoile l’envers du décor de son enfance au Frac Franche-Comté

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Lois-Weinberger – Sans-titre

Le Frac Franche-Comté propose une exposition aux airs de rétrospective et dévoile le travail d’un artiste jardinier, archéologue et poète.

Pour Lois Weinberger, il n’y a pas de hiérarchie. Les plantes rudérales, celles qui poussent dans les espaces en friche, ont autant d’importance que celles que l’homme tente de domestiquer, de sélectionner, de hiérarchiser.  Il compare le monde végétal avec le monde des humains et s’attache à glorifier les laissés pour compte. Il se définit comme un homme de terrain et aime jouer avec l’environnement, les espaces naturels.

Lois-Weinberger_ce-qui-est-au-dela-des-plantes-en-fait-partie-documenta-X
Lois-Weinberger_ce qui est au dela des plantes en fait partie -documenta X

Epris de liberté, poète, fasciné par l’étymologie et les choses cachées, il lui importe de créer les conditions de germination de tous les possibles qui peuvent prendre différentes formes : peintures, vidéos, installations, jardins, interventions dans l’espace public…

Dans la première salle, les médiums sont variés. Peintures, sculptures et photographies se côtoient et montrent toute la diversité et la liberté de Lois Weinberger. Une série de photographies immortalise une performance, réalisée non loin de la ferme parentale autrichienne. Dans celle-ci Lois Weinberger accrochait des sacs plastiques aux branches des arbres. Il s’agit d’une célébration inspirée par les arbres qui bordaient la rivière Inn qui étaient régulièrement recouverts de sacs et d’objets plastiques après les crues. Un peu plus loin une œuvre textuelle prend  la forme d’une forêt de panneaux recouverts de mots que l’artiste associe ou dissocie en s’amusant avec leurs sonorités, leurs sens et leurs étymologies. Toujours avec les mots, l’artiste crée un immense paysage topographique. Le territoire choisi est en fait déserté, vidé de sa population. Lois Weinberger a décidé de combler ce vide par des mots lus par sa femme. Des passages littéraires choisis de façon aléatoire qu’il sème dans les lignes topographiques du paysage. En face, un mur semble saigner. Des tâches rouges sont peintes sur le mur et reprennent, en version démesurée, les traces laissées par un coléoptère xylophage dans l’écorce d’un arbre. Reprenant ce motif, il crée sur le mur un archipel d’un univers habituellement invisible. C’est une composition inspirée par les chemins. Lois Weinberger, originaire d’un lieu de pèlerinage, aime le concept du chemin et mettre en parallèle le monde végétal , animal et bien sûr humain. Pour lui, une grande partie de son travail est une construction poétique. Il considère que son travail est libre lorsqu’il le réalise et donc, par nature, libre d’interprétation.

Il joue ainsi avec les éléments comme avec les mots en créant des composites, des formes hybrides ethno-poétiques.

Dans une autre salle, un sol desséché, craquelé laisse apparaitre dans ses craquelures des sacs plastiques, restes d’un non-lieu tel que défini par Marc Augé ; un espace interchangeable où l’être humain reste anonyme. Il s’agit par exemple des moyens de transport, des grandes chaînes hôtelières, des supermarchés… mais aussi des camps de réfugiés. Ici, cet espace en serait la trace, la représentation après l’anthropocène.

La salle suivante est toute entière consacrée à une installation géante, intitulée le champ des décombres, qui nous transporte dans le lieu d’enfance de Lois Weinberger. L’installation ressemble à un musée archéologique qui présente en fait les restes du sous sol du plancher de la ferme familiale, la ferme d’un monastère, lieu de pèlerinage important dans cette région de l’Autriche. Une archéologie impressionnante de ce lieu de vie agricole et de vie monastique où se mélangent objets de ferme et ceux laissés par les pèlerins.

La plupart des objets sont apotropaïques (censés prémunir contre le malheur) ou des offrandes à caractère religieux (ex voto), on y trouve même la momie d’un chat. Le titre de l’exposition prend ici tout son sens « l’envers du paysage ». Du paysage sensé représenter une ferme et un lieu de dévotion, sa face cachée prend tout à coup des allures de temple voué au paganisme.

Pour anecdote, lorsque quelqu’un mourrait on gardait une chaussure en mémoire du mort. La croyance locale voulait que s’il on gardait les deux chaussures le mort pouvait revenir. Lois Weinberger s’intéresse à l’histoire de ces objets et tente de comprendre leur fonction, d’ailleurs ces incroyables fouilles sont aussi l’objet d’études et de recherches de la part de spécialistes et scientifiques.  Chez Lois Weinberger, les sous-sols sont des lieux invisibles qui recèlent une charge historique et culturelle ainsi que des graines en sommeil. Ce sont des espaces créateurs de tous les possibles et cette installation est le jardin d’un imaginaire que chaque visiteur peut inventer.

Lois Weiberger rappelle que la vie est mouvement et diversité, entropie et transformation et qu’aucune société ne saurait survivre dans l’immobilisme, le protectionnisme ou l’exaltation de la pureté. Son œuvre hautement métaphorique et poétique nous invite à ne pas oublier l’envers du paysage.

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Le Frac propose également une exposition d’Olivier Vadrot , Minimo

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Olivier Vadrot devant son exposition minimo

Cette autre exposition est consacrée au travail du designer Oliver Vadrot. Chantre du design nomade et de l’auto-construction, ces créations couvrent plusieurs champs d’intervention : lieux de conférences, de performances, kiosques à musique… Il crée des lieux et des architectures favorisant la parole et l’échange. Lorsqu’il travaille sur des projets, il apprécie le stade de la maquette qu’il considère comme une sculpture créatrice de discussion.

Ses œuvres rappellent les théâtres en bois construits en Grèce avant le IVe siècle (av. J.C.). Son œuvre fait écho au travail de Lois Weinberger, profondément démocratiques ses réalisations refusent elles aussi les hiérarchies.  L’exposition est organisée sur une table de près de 20 mètres de long sur laquelle s’étale une impressionnante collection de maquettes.

Olivier Vadrot qui avait déjà créé l’espace accueil-librairie du Frac prouve une nouvelle fois que la simplicité des formes et des matériaux requière une très grande exigence.

Lois Weinberger
L’envers du paysage

Olivier Vadrot
Minimo

Jusqu’au 30 septembre 2018

FRAC Franche-Comté
Cité des arts
2, passage des arts
25000 Besançon
www.frac-franche-comte.fr

Patrice HUCHET

 

 

Tsunami au MAMC de St Etienne ! Jean-Michel Othoniel produit une vague géante avec du feu.

The Big Wave_ Jean-Michel Othoniel
The Big Wave_ Jean-Michel Othoniel _ exposition « Face à l’obscurité » – photo P. Huchet

Grand (dans les tous les sens du terme) retour de Jean-Michel Othoniel sur ses terres d’origines. C’est la troisième exposition que le musée d’art moderne et contemporain de Saint-Etienne Métropole consacre à l’artiste. Avec cette exposition « Face à l’obscurité » Jean-Michel Othoniel franchit une autre dimension dans son travail, celle du gigantisme comme le prouve sa nouvelle œuvre The Big Wave spécialement réalisée pour l’occasion.

De l’obscurité à la lumière

De la noirceur de la ville de son enfance, St Etienne. Noirceur de la houille. Noirceur de la dureté de travail dans une ville de production métallurgique. Tout cela a profondément marqué le jeune Jean Michel Othoniel qui a eu son premier choc dans le musée de St Etienne. Cette rencontre avec l’art à eu un effet déclencheur. La lumière sera en suivant la voie de la création artistique. De cette ville autrefois noire et dont le paysage était sculpté par les terrils, il a souhaité s’extraire. La découverte de l’art lui a permis d’élargir ses horizons pour mieux y revenir aujourd’hui avec une exposition lumineuse.

L’exposition proposée par Jean-Michel Othoniel est vraiment un parcours autobiographique.

Elle est introduite par trois petites peintures au phosphore, réalisées en 93 en hommage à son œuvre préférée le fiancé de Francis Picabia. 3 petits fiancés grattoirs d’allumette  fut d’ailleurs la première œuvre en soufre à rejoindre les collections d’une institution.

Dans la grande salle suivante, The Big Wave provoque un tsunami émotionnel. Une énorme vague noire projetant des reflets verts dans le sol déferle sur les visiteurs. L’idée de la vague lui est venue lorsqu’il était au Japon au moment du tsunami. Un travail a long terme de l’aquarelle au montage final. Un travail d’équipe aussi, dans lequel sont intervenus des dessinateurs industriels, des ingénieurs, des monteurs… Un projet sur deux années, évolutif, avec différentes étapes pour mettre en œuvre cette mise en volume. Jean-Michel Othoniel se rend compte qu’il aborde une nouvelle étape dans son travail, le monumental.

Cette vague a vraiment des dimensions impressionnantes, elle est trois plus grande que celle présentée au Crac de Sète lors de sa rétrospective en 2017. Elle est composée de briques de verre noir soufflées en Inde. Ce qui l’intéresse c’est que la brique est habituellement pleine et permet des constructions qui durent. Ici elles sont vides et fragiles, c’est comme une anti brique. Au-delà de la vague elle peut représenter aussi une grotte. L’obscurité qui cache et protège et qui permet avec un œil accoutumé de deviner des choses. Le noir pour Jean-Michel Othoniel n’a pas qu’une dimension négative.

Il avoue être très fier de cette œuvre et aimerait que celle-ci trouve son sanctuaire, un lieu où elle pourrait s’installer de façon pérenne. Les contraintes d’installation et de mise en place sont telles qu’il imagine devoir créer un lieu spécifique autour de l’œuvre.

Six divinités totémiques font face à cette vague. Des diamants noirs en guise de tête. En fait, des blocs d’obsidienne, roche née dans les volcans et des forces telluriques. Pierres dont la littérature prête des vertus magiques et les mexicains des vertus curatives. Ces têtes d’obsidienne, restes d’un  énorme bloc découvert en Arménie, sont sertis dans des socles en bois.  Six totems qui rendent hommage aux gueules noires de son enfance.

Entre les deux œuvres une vidéo représente une performance qui transforme un crassier (terril) en volcan, grâce à l’apport de fumigène. Une œuvre réalisée en 97.  Et une miniature photographique qui illustre une performance de jeunesse dans laquelle Jean-Michel Othoniel se met en scène en robe de prêtre face au mur d’un barrage dont les cascades d’eau sont gelées et qu’il essaie de gravir.

L’eau et le feu

On retrouve tout l’univers de Jean-Michel Othoniel, son goût pour les métamorphoses, les sublimations et les transmutations. Du noir de son environnement natal, il crée la couleur avec ses grands colliers de perles qui ont fait sa renommée. D’une ville ouvrière, il rejoint les ors de Versailles et invente des jets d’eau en verre. Du feu de vulcain (ou des hauts fourneaux), il crée aujourd’hui une vague susceptible de l’éteindre. De ses grattoirs d’allumettes à la lumière du verre. De cette première vague gelée qu’il essayait de franchir à ses débuts, à l’étape qu’il vient de franchir pour réalisée celle-ci. Jean-Michel Othoniel joue des opposés et des paradoxes. Il a finalement un rapport très intime avec les éléments de son enfance et les éléments naturels et n’hésite pas à fusionner l’eau et le feu. L’alchimie d’un grand magicien.

Jean-Michel Othoniel

Face à l’obscurité

Du 26 mai au 16 septembre 2018

Le MAMC propose trois autres magnifiques expositions dans ses murs. Une belle façon de fêter les 30 ans de cette institution de renommée internationale.

Valérie Jouve

Formes de Vies

du 19 mai au 16 septembre 2018

Une exposition photographique doublée d’une exposition collective intitulée « Vues Urbaines » en guise de préambule.

Art Conceptuel

du 19 mai au 16 septembre 2018

Un focus sur les œuvres d’art conceptuel de la collection du MAMC orchestré par Alexandre Quoi.

30 ans

Considérer le Monde II

Jusqu’au 16 septembre 2018

Une très belle exploration dans la remarquable collection du MAMC, orchestrée par celle qui assure l’intérim à la tête de cette institution depuis 2 années, Martine Dancer-Mourès.

Musée d’Art Moderne et Contemporain Saint-Etienne Métropole

Rue Fernand Léger

42270 Saint-Priest-en-Jarez

http://www.mamc-st-etienne.fr

 

Patrice HUCHET

Une expo rock&roll au château ; Philippe Pasqua au Domaine de Chamarande.

Philippe-Pasqua-devant-son-requin
Philippe-Pasqua-devant-son-requin

Six mois après l’exposition « Borderline » au Musée Océanographique de Monaco, Philippe Pasqua dépose ses valises et ses œuvres en région parisienne, au Domaine de Chamarande dans l’Essonne.

Philippe Pasqua, célèbre pour ses vanités aux papillons sculptées, pratique aussi la peinture qui l’a fait connaitre, le dessin et le collage. « ALLEGORIA » au Domaine de Chamarande est l’occasion de replonger dans son univers et de découvrir ses sujets récurrents :  La stigmatisation face à la différence, l’intimité des êtres, notamment celle de ses proches dont il dresse les portraits. Presque toutes ses toiles dévoilent un handicap, une différence, une obscénité, un amour fraternel. Des œuvres saisissantes par leur taille et leur message, tantôt émouvantes, tantôt brutales. L’exposition révèle également sa sensibilité à la protection des océans et bien sûr son goût pour le monumental.

L’exposition est à l’échelle du domaine, monumentale !

exposition-Allegoria_Philippe-Pasqua
Exposition Allegoria_Philippe Pasqua

Par où commencer ? Peut-être par l’allée principale du château où le visiteur est accueilli par un énorme portique en acier Corten supportant un immense requin argenté reluisant, dont la brillance renvoie les reflets verts d’une « mer » nature environnante. Ce fameux requin icône de l’exposition « Borderline » de Monaco prend une toute autre dimension dans la perspective de l’allée qui mène au château.

La thématique de protection des océans se poursuit dans le parc avec Santa Muerte, le squelette d’une tortue géante en bronze prises dans des filets. Elle est créée à partir du moule d’une véritable carcasse d’une tortue préhistorique. Dans le château, une benne déborde de méduses en verre dans un des salons. L’œuvre intitulée Le Chant des méduses a un effet saisissant, grave et d’une grande beauté plastique.

Poursuivant dans le château le visiteur ira à la rencontre de la famille de Philippe Pasqua avec des portraits peints, mais aussi toute une série dans le salon blanc d’œuvres mixtes qui mêlent la peinture et le collage. Une manière étonnant de rentrer dans l’intimité de l’artiste au milieu d’un salon feutré aux moulures d’or. Dans ses salons, l’artiste y sème également quelques provocations et ironie comme une autruche empaillée dans un lit d’enfant tenant dans son bec un préservatif.

Coté orangerie, un crâne aux papillons géant très connu dans l’œuvre de Philippe Pasqua accueille le visiteur. Cette fois l’œuvre est réalisée avec des poutres anciennes, faisant échos à l’histoire des lieux, des branches et du bois récupérés ça et là. Cette vanité, dernière réalisée, a fait l’objet d’une performance filmée dans laquelle Philippe Pasqua y met le feu. Le film sera présenté très prochainement dans le cadre de l’exposition qui devrait s’enrichir pendant le mois de juin et de septembre de nouvelles œuvres. Dans l’orangerie, deux portraits géants encadrent une vitrine posée au centre. Dans cet « ossuaire », trois véritables crânes humains recouverts de peaux de tanneurs tatouées sont disposés dans une coupe à fruit en céramique. Ils ont été brulés et la magie du feu a préservé une partie du tatouage sur l’un des crânes. L’ensemble donne une dimension rituelle et chamanique et transforme l’orangerie en sanctuaire païen ou chapelle à reliquaire. Philippe Pasqua aime déciment semé le trouble.

Avec ces deux œuvres brulées réunies, Philippe Pasqua fait cérémonie et enterre sa série des crânes aux papillons dont il dit que c’est les derniers.

Pour terminer, une dernière œuvre monumentale est située au centre de l’ancien jardin à la française. Une énorme tête de jeune fille trisomique dont l’un des profils est éclaté et révèle le crâne. Cette tête aux yeux fermés, appuyée sur des poings serrés affirme avec autorité « regardez-moi ». D’ailleurs l’œuvre se nomme Face Off que l’on pourrait traduire par faire face. Un œuvre déchirante qui dénonce la stigmatisation face la différence et le handicap.

FaceOff-Philippe-Pasqua
FaceOff-Philippe Pasqua

« ALLEGORIA » joue sur les paradoxes et révèle, sous une apparente brutalité et démesure, l’intimité et la grande sensibilité de Philippe Pasqua.

Cette « ALLEGORIA » ouvre la saison estivale au Domaine de Chamarande. Une saison culturelle qui sera enrichie de concerts et spectacles, d’une programmation de cinéma en plein air, de rencontres et d’ateliers.

Commissariat : Julie Sicault-Maillé et Henri-François Debailleux

Philippe Pasqua est présenté en France par la Galerie RX

Exposition ALLEGORIA Philippe Pasqua
31 mai – 30 décembre 2018
Domaine départemental de Chamarande
http://www.chamarande.essonne.fr

Patrice HUCHET

Les 3 T de la nouvelle saison du FRAC Grand Large Haut de France : Tubologie, Titre de travail et Trait d’Union.

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FRAC-NPdC-2018-Joe-Colombo-001

La question du travail est au cœur des expositions orchestrées par le Frac Grand Large – Hauts de France et le LAAC à Dunkerque.  Au LAAC, c’est le travail des artistes qui est mis à l’honneur, de la conception à la réalisation en passant par l’atelier. Au Frac, l’exposition « Titre de travail » interroge la place de l’humain au sein d’une entreprise, et le travail est filigrane dans  l’expo « Tubologie » où le tube est objet de production design, canal de circulation et de distribution d’énergies ou de son.

Tubologie – nos vies dans les tubes  – commissaires invités :  KVM – Ju Hyun Lee & Ludovic Burel

Le tube est partout. Objets et formes de distribution, de passage, de transit, de circulation, que ce soit un tunnel, qu’il soit digestif, distribution d’eau comme pour un radiateur, distributeur d’énergie, le tube est même un morceau de musique plébiscité, donc un son, il permet aussi la distribution d’eau source de vie et notamment ici présenté dans une serre improvisée qui fera pousser des piments et des tubercules.

L’exposition marie volontairement tous les matériaux : le métal, le minéral, le végétal, le synthétique, la lumière, le son, l’eau, l’argentique. Une volonté de montrer l’interdépendance de toutes choses et de flouter les frontières. L’exposition se décompose en différents espaces, l’un consacré au design,  un autre aux œuvres d’art, une zone est destinée aux œuvres sonores et à la photographie, et enfin deux zones sont transformées en serre et mettent le végétal en majesté.

L’exposition se veut horizontale et commence par présenter le tube à travers sa propre collection de mobilier et d’objets design dont le Frac possède une belle collection.  Cette partie questionne notamment notre rapport entre le travail et la position. Les changements liés à cowoking, au télétravail, au nomadisme remettent en question les comportements et les postures de travail. Pour élargir le dialogue et mettre en exergue ses différents liens de communication, KVM a souhaité mettre en dialogue les œuvres design et les œuvres d’art.

La partie consacrée aux œuvres d’art est plus hétérogène, tant par la qualité des œuvres présentées que par les liens plus alambiqués avec la thématique choisie. Dommage car il y a des choses remarquables comme Natural Copies from the Coal Mines of Central Utah d’Allan McCollum, Cold Storage de Matthew McCaslin, Thames Water de Nicolas Deshayes, un Julio Le Parc… On aurait souhaité en voir un peu plus. D’autant que de grands espaces sont cannibalisés par les installations dédiées aux cultures des plantes de l’exposition et qui n’apportent pas grand-chose aux visiteurs et lui fait perdre le fil de l’exposition.

La salle d’écoute joue totalement l’horizontalité proposée au départ du parcours. Un alignement de banquettes, de lits d’écoute, sont installés à l’ombre d’un mur de photographies. Plaisir des yeux et des oreilles réunis dans une seule et même invitation à la contemplation. Comme une nécessité de ralentir le mouvement en ces temps où la vitesse prime. Vitesse de l’information, des déplacements, des flux en général… En tout cas le mur de photographies est remarquable. Il présente une vingtaine d’œuvres avec des noms illustres comme Yto Barrada, Barbara Visser, Meredyth Sparks, Bruno Serralongue ou encore Henri Cartier-Bresson.

La thématique de départ était alléchante mais la cohérence de l’exposition m’a un peu échappée. Cela ne remet pas en question la qualité des acquisitions du Frac Grand Large, justement elles auraient mérité une autre proposition de la part des commissaires. Vous pouvez compléter la visite des acquisitions du Frac avec « Trait d’Union », la sélection réalisée par les jeunes de la « Maison des Enfants de la Côte d’Opale » qui nous proposent un choix et un accrochage pertinent et intéressant.

L’autre proposition du Frac Grand large «  Titre de travail » est une exposition de Robert Schlicht et Romana Schmalisch

Cette exposition présente une installation filmique combinée avec des mises en scène et transforme ainsi le Frac en lieu d’intervention professionnel. Quels sont les mécanismes et stratégies qui transforment des êtres humains qui ont leur volonté, intérêts et désirs propres en capital humain qui œuvre dans l’intérêt d’une entreprise ou d’un employeur ?

A partir des recherches effectuées dans des centres de formation et chez Pôle Emploi au sein d’écoles professionnelles, Robert Schlicht et Romana Schmalisch ont conçu un dispositif, « Labour Power Plan PPL », usine de main d’œuvre. Il s’agit d’une centrale fictive qui a comme objectif de transformer les gens en travailleurs génériques. Le film présente une réunion de travail  de managers engagés dans un jeu de rôle de restructuration de la société. Autour de la table la directeur, son assistante, le consultant qui présente ses analyses et conclusions de performance de l’institution et un peu plus loin les travailleurs génériques qui se retrouvent en compétition face aux autres. Se révèle un décalage entre la réalité et le sujet. Une prise de vue en plongée du manager avec les travailleurs en bas donne l’impression d’un marionnettiste dirigeant avec des fils invisibles, les personnes à son service.

La visite de l’exposition se poursuit avec des éléments du film dans une sorte de reconstitution de l’entreprise. Dans une vitrine sont exposés des objets qui peuvent tour à tour être des outils de production ou des objets produits. Le frac y a caché parmi les objets des œuvres de son fonds.

Tous les codes de l’entreprise sont présents avec les interrogations liées à la place de l’humain, personnels volontaires, en compétition et outil de productivité. La question du geste, de la productivité au sein d’une entreprise s’impose et prouve comment finalement une certaine forme de taylorisation existe toujours. On pense notamment à tous ces acteurs de distribution et logistique des sites de ventes en ligne. Une proposition très intéressante du Frac Grand Large sur un sujet toujours d’actualité.

Je vous invite à poursuivre votre visite dunkerquoise au LAAC avec la magnifique exposition « Enchanté », une proposition de Richard Schotte. Une réflexion sur la création artistique, le travail de l’artiste.
(voir l’article sur LAAC)

FRAC GRAND LARGE – HAUTS DE FRANCE
503 avenue des Bancs de Flandres
59140 Dunkerque
http://www.fracgrandlarge-hdf.fr

TUBOLOGIE – Nos vies dans les tubes
Commisariat : KVM – Ju Hyun Lee & Ludovic Burel
Du 21 avril au 30 décembre 2018

TITRE DE TRAVAIL
une exposition de Robert Schlicht & Romana Schmalisch
27 janvier – 26 août 2018

TRAIT D’UNION
Jusqu’au 2 septembre 2018

Au LAAC
« Enchanté »
Du 21 avril au26 août 2018
LAAC
Lieu d’Art et d’Action Contemporaine
Jardin de sculptures
302 avenue des Bordées
59140 Dunkerque
http://www.musees-dunkerque.eu

L’artiste au travail et le travail de l’artiste au cœur de l’exposition « Enchanté » du LAAC

Jean-luc-Vilmouth-Odyssee-1983_-Collection-IAC_-Rhone-Alpes-Villeurbanne-ADAGP-Paris-2018
Jean-luc-Vilmouth-Odyssee-1983_-Collection-IAC_-Rhone-Alpes-Villeurbanne-ADAGP-Paris-2018

Le LAAC, le musée d’art contemporain de Dunkerque, propose une exposition qui interroge l’œuvre d’art et son processus de création. Comment un objet ou une matière se transforme en œuvre d’art ? A quel moment se charge-t-il d’une émotion ou d’une symbolique ? Par le geste de l’artiste ? Par son travail ? Par son choix ?

Plusieurs étapes participent à cette élaboration ; la réflexion et la naissance d’une idée, la main et l’outil, le temps de maturation et de production, le lieu de production et d’exposition… Où se trouvent les limites qu’il convient de dépasser pour que les gestes, les objets, les attitudes, les formes… acquièrent un sens une valeur singulière et artistique.

A quel moment un objet, une série photographique basculent et deviennent œuvre d’art ? Quels processus donnent naissance à des œuvres ?  Comment l’œuvre et à travers elle, l’artiste et son travail, interrogent l’art lui-même ? Quel est ce monde mystérieux dans lequel l’artiste crée, fabrique, assemble… l’atelier ? L’exposition propose une interrogation sur la méthode, le projet, le processus, la technique en induisant une dimension politique et sociale.

L’exposition « Enchanté » se dessine en cinq chapitres. Le premier « La fabrique du sensible »  est consacré à ce basculement qui fait qu’un objet par le simple fait de la répétition, d’être montré, collectionné, acquiert une charge symbolique, un autre statut et devient ainsi œuvre d’art. Autour d’une œuvre de Barry Flanagan qui martèle le temps, notion importante dans le processus de création, ce sont les photographies qui sont le plus représentées. La série photographique de métiers vus par Pierre Mercier, les objets de grève photographiés par Jean-Luc Moulène et les ateliers d’artistes majeurs dans l’histoire de l’art contemporain de Gautier Deblonde. Dans les trois cas c’est la série qui fait basculer la simple photographie anthropologique pour l’un, politique pour l’autre ou historique et plastique pour le dernier dans une dimension artistique plus puissante encore.

Le deuxième chapitre nous fait pénétrer dans la naissance d’une œuvre et présente des esquisses de performances de Micha Laury, des estampes de Bernar Venet, les documents de travail préparatoire pour la réalisation du Cyclop de Jean Tinguely, et même des maquettes de commande publique jamais réalisées d’Arman ou Jesús Rafael Soto. Emouvant !

Dans « De l’ordinaire à l’exceptionnel », le troisième chapitre de cette exposition, c’est le détournement qui est mis à l’honneur. L’objet usuel devenant œuvre d’art par une mise en scène, un assemblage, une transformation, se charge d’une émotion, de poésie ou d’une réflexion politique et d’un caractère exceptionnel. On y trouve l’installation, Local Time, composée d’horloges d’aéroport et de marteaux signée Jean-Luc Vilmouth , dont on peut admirer également ses objets aux dimensions impressionnantes prévus initialement pour être envoyés dans l’espace. César, avec une de ses compressions, ne pouvait qu’être présent dans cette section, ainsi que les affiches déchirées de Raymond Hains et la Palette composée d’objets en plastique aux couleurs primaires accrochées sur le mur de Tony Cragg.

Andy Warhol ouvre le quatrième chapitre qui est consacré à la multiplicité. La reproduction, la multiplication nous amène à nous interroger sur l’originalité et la singularité. C’est aussi la reproduction, celle du protocole de production (cadrage, plan, neutralité…) de Bern et Hilla Becher dans leurs séries de châteaux d’eau ou silos à grains qui fait œuvre. Chez Allan McCollum la répétition est un jeu. Il reproduit le même vase qu’il peint de couleurs différentes et l’installe à des hauteurs différentes. Chacun devient unique et l’ensemble devient un tout, tout aussi unique.

Le cinquième chapitre nous plonge dans l’univers créatif de Séverine Hubard qui prend possession de tout l’espace au centre duquel trône une maquette géante d’une improbable antenne relais. Tout autour sont disposées des maquettes de ses différents projets, utilisant différents matériaux. La maquette ici devient œuvre. L’espace devient hybride, à la fois atelier, lieux de stockage et d’exposition. Certaines œuvres nous invitent à les découvrir in situ. Une façon d’appréhender l’ensemble des étapes de la création et l’imagination de Séverine Hubard.

On retrouve la notion d’atelier dans différents chapitres avec les photos de Gautier Deblonde, l’installation de Michel Paysant, qui avec un dispositif riche, nous présente une table de travail d’artiste comme un laboratoire d’étude. Elle nous plonge au cœur du travail de l’artiste. Plans dessins, maquettes, formes, bois découpés… sont disposés sur un grand établi. Une mise en chantier artistique grandeur nature.

L’exposition « Enchanté » sous le commissariat de Richard Schotte est tout simplement remarquable ;  par le sujet abordé, la mise en exposition, l’utilisation des espaces, et enfin la qualité des œuvres exposées. C’est un enchantement !

Severine-Hubard

Listes des artistes présentés : Allan McCollum – Andy Warhol – Arman – Bernd & Hilla Becher – Barry Flanagan – Ben – Bernar Venet – César – Etienne Pressager – Gautier Deblonde – Gérard Gasiorowski – Jean Tinguely – Jean-Luc Moulène – Jean-Luc Vilmouth – Louis Cane – Micha Laury – Michel Paysant – Pierre Mercier – Raymond Hains – Robert Filliou – Séverine Hubard – Jesús Rafael Soto – Tony Cragg

INFORMATIONS PRATIQUES
Enchanté
Du 21 avril au 26 août 2018
LAAC
Lieu d’Art et d’Action Contemporaine
Jardin de sculptures
302 avenue des Bordées
59140 Dunkerque
http://www.musees-dunkerque.eu

A voir aussi à Dunkerque  (objet d’un prochain article sur Mowwgli)
TUBOLOGIE – Nos vies dans les tubes
Commisariat : KVM – Ju Hyun Lee & Ludovic Burel
Du 21 avril au 30 décembre 2018
FRAC GRAND LARGE – HAUTS DE FRANCE
503 avenue des Bancs de Flandres
59140 Dunkerque
http://www.fracgrandlarge-hdf.fr

De la data à l’œuvre d’art. 123 Data, première exposition sur le data-graphisme

Refik-AnadolObjet de marketing, de surveillance, d’étude, de fantasme, de crainte… la DATA est également un puits sans fond de matière première utilisée aujourd’hui par des designers comme matériau de création scientifique, poétique et artistique.

Avec cette nouvelle exposition la Fondation Groupe EDF poursuit l’exploration des nouveaux univers créatifs entre science, art et design. Pour la première fois en France, une quarantaine de data designers présentent leurs productions. Ils ont en commun un même matériau de création : la data, les milliards de données qui circulent aujourd’hui dans le monde numérique. Une ressource inépuisable qui se prête à tous les modes de traitements et d’expression, pour des effets spectaculaire, poétiques, pertinents et inattendus.

Experts en algorithmes, créateurs pluridisciplinaires, les « data designers » travaillent sur des projets qui répondent à des commandes d’entreprises, d’institutions, d’ONG, voire à des engagements plus personnels. Explorateurs d’un monde globalisé, d’un monde d’informations, ces designers s’emparent de données open source ou cryptées et rendent visibles et lisibles des pans entiers de notre réalité, qu’il s’agisse du climat, de la biodiversité, des migrations, des inégalités sociales…

The-Architecture-of-radio
The-Architecture-of-radio

Loin de l’image anxiogène que l’on prête à la « data », les données peuvent produire du sens, refléter notre monde actuel mais aussi devenir objet de création. L’art et le design s’invitent dans la science et permet une multitude de solutions visuelles et graphiques, pour traduire, rendre attractives des données relevant de domaines très variés. Transformées en points, en lignes, en projections panoramiques, en animations cartographiques, en véritable sculptures… ces données passées par le filtre de l’inventivité deviennent œuvres d’art.

En partant des œuvres les plus artistiques, présentées au rez-de-chaussée, pour terminer par des projets lus conceptuels, la scénographie fait cheminer le visiteur sur les deux niveaux de la Fondation. Les œuvres sont ordonnées selon un parcours fluide, en trois temps : exposer – expliquer – explorer, correspondant à trois types d’approches : certains designers s’emparent des données comme matériau de création pure, d’autre prennent les données au sérieux comme source première pour une connaissance renouvelée du monde et enfin certains expérimentent les potentiels de nouveaux outils et traquent les variantes culturelles du monde.

Dans cette première partie du parcours, on est accueilli par une magnifique vague rouge. Elle donne à voir en direct les ondulations en temps réel d’une balise, une bouée houlographe, perdue en plein Océan Pacifique dont les coordonnées gps sont perdues mais dont l’émission des données est encore active. Un petit lopin d’océan en plein Paris. Cette œuvre poétique est proposée par David Bowen.

Un peu plus loin, un écran TV présente un œuvre de Refik Anadol. Objet purement artistique, il traduit néanmoins les vents enregistrés sur une période à Istanbul.

Maral Pourkazemi, designer d’origine iranien, fait preuve d’un engagement politique en créant une représentation graphique du web iranien. Elle en dénonce les aberrations, les contradictions et les paradoxes. Elle cartographie une part de la blogosphère iranienne, pour cela elle développe une écriture graphique d’une beauté vive empruntant à la tradition multiséculaire iranienne de l’ornement.

D’autres designers révèlent, de façon extrêmement précise et graphiquement remarquable, les migrations des animaux sur le continent américain ou les migrations humaines sur l’ensemble de la planète. D’autres encore traduisent l’état de notre planète à travers les arbres ou ses vents… D’autres enfin tracent les contours et dessinent une cartographie d’un monde spécifiquement numérique  à travers l’analyse des réseaux sociaux. Comme par exemple Moritz Stefaner qui avec Muliticity donne à voir Paris sous le prisme de la multitude d’images postées sur Instagram. Jonathan Harris et Greg Hochmuth, quant à eux, à partir d’une multitude de clips vidéo, d’enregistrements vocaux, de tweets, de productions graphiques…, nous proposent une déambulation chaotique qui nous pousse au voyeurisme. Un gavage d’images et de sons jusqu’à l’écœurement. Stupéfiant !

L’exposition propose un voyage dans le monde du design de la donnée et nous montre une partie immergée de cet iceberg numérique. Passé la crainte légitime de l’exploitation en de mauvaises mains de l’ensemble de ces « data », le visiteur prend vite conscience que la donnée peut être mise au service de l’homme, de la nature et rendre visibles certaines réalités, bien terrestres. Le monde de la « data « a aussi un coté vertueux. L’exposition reste une pérégrination ludique, didactique et artistique.

 

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Du 4 mai au 06 octobre 2018
Entrée libre du mardi au dimanche (12h-19h) sauf jours fériés
Fondation Groupe Edf
6 rue Récamier 75007 Paris
https://fondation.edf.com/fr

Le SALON DE MONTROUGE se fait des films. Focus sur les artistes vidéastes

ARUN-MALI - Paradisus
ARUN-MALI – Paradisus

Alors que débute cette semaine le Festival de Cannes, nous avons décidé de mettre à l’honneur les artistes qui ont placé la vidéo au cœur de leurs créations pour cette nouvelle édition du Salon de Montrouge.

Dans cette 63e édition du Salon de Montrouge se dégagent deux tendances fortes ; la sculpture fait un grand retour avec de nombreuses propositions et la vidéo confirme sa position. Si pour certains artistes la vidéo n’est pas le seul mode d’expression, car de nombreux artistes ici présents sont pluridisciplinaires (une autre tendance), elle montre aussi la diversité de ses formes narratives et navigue entre délire fictionnel, récit intime, archéologie ou s’invite dans des installations en dialogue avec d’autres médiums.

ARUN-MALI-Saliunt venae

Commençons peut être par celui qui a reçu le Grand Prix du Salon-Palais de Tokyo, Mali Arun. Il développe un travail audiovisuel collaborant avec le monde du cinéma et celui de l’art contemporain. Situé entre la fiction, le cinéma documentaire et la vidéo d’art, son travail questionne les espaces en marges, en mouvements, ou en conflits. À son sujet, on pense volontiers au brouillage des genres opéré par Werner Herzog et à sa quête de l’illumination telle qu’il l’a formulée : « Il y a une couche plus profonde de vérité au cinéma et il existe quelque chose comme une vérité poétique, extatique. Cela est mystérieux et insaisissable, et ne peut être atteint que par la fabrication, l’imagination et la stylisation. » Pour Mali Arun, la recherche se situe autant dans la manière dont l’être humain s’approprie un territoire, qu’il s’agisse de s’y prélasser, comme dans l’imagerie biblique dévoyée de Paradisus. Les images qui composent son oeuvre immersive intitulée Saliunt Venae (« battements de coeur ») présentent un feu au coeur battant sur une musique envoutante, qui crépite et s’anime lorsqu’il est attaqué et percuté par des personnages énigmatiques qui, partant à l’assaut de cette féérie, le tourmentent, le dessinent de leurs formes fantomatiques.

Poursuivons par le prix des Beaux-Arts de Paris, Samuel Lecoq, qui entretient une relation particulière avec la photographie et l’image filmée. Ses récits sont conçus comme une multitude de juxtapositions. Il questionne la photographie et également notre relation aux éléments naturels.  Sa vidéo Fragility and Obsolescence  s’intéresse à un centre de déradicalisation sur les bords de Loire. Sur un mode opératoire faisant flirter l’objectivité et la subjectivité, Samuel Lecoq compose un récit qui joue sans cesse avec notre soif de savoir et nos désirs de laisser caché ce que l’on ne veut pas voir. Avec une narration qui mélange vidéo, photographies et voix off, son film tente, sans idéaliser ou interférer, de renouveler les formes de la narration  entre fiction et documentaire. Toujours autour de sujets sensibles ou politiques, Baptiste Brossard propose Contre-mesure, une installation composée d’une vidéo et d’une sculpture en béton qui reprend la forme d’une antenne parabolique. Une contre-mesure est un système de brouillage électronique. C’est une technique à la fois offensive et défensive. Baptiste Brossard accumule sur un écran des captures de films dans lesquels apparaissent des armes, des chiens de garde, des images de vidéos-surveillance… dans une atmosphère très tendue. Une tension renforcée par la bande son.  Au centre du dispositif entre l’écran et la parabole, entre l’émetteur et le récepteur, le spectateur se trouve pris entre deux feux ne sachant pas où trouver sa place. Entre le réel et son image, chaque individu est ainsi invité à interroger son activité et/ou sa passivité face à cet univers paranoïaque et sous surveillance.

Baptiste Brossard

La question de l’identité est également au cœur de certaines œuvres présentées dans cette édition. Par exemple, Garush Melkonyan tente de déchiffrer par le jeu de l’être et de l’apparence, de l’identité et de ses masques et se joue de l’attente du spectateur. Ici son travail prend littéralement corps dans Just the four of us. Il met en place un dispositif qui contraint le spectateur au centre de quatre écrans qui présentent chacun un individu de dos. Les quatre personnages échangent des conversations téléphoniques qui s’entrechoquent autour d’un secret qui se dévoile en toute fin. Une œuvre énigmatique et qui nous fascine. Dans l’installation, également composée de plusieurs écrans, Ariane Loze, lauréate du prix du Conseil départemental des Hauts de Seine, se met elle-même en scène et incarne une personne différente sur chacune des vidéos. Aucune volonté de mise en scène de soi exacerbée, aucun jeu de maquillage particulier, ni de perruque, mais au contraire une économie de moyens, et le choix de disparaitre derrière la multiplicité de facettes de ses personnages comme si son corps était matériau neutre, prêt à être façonné, à devenir le corps de tout le monde, voire le corps social. Elle questionne l’identité qui n’est jamais unique et cohérente.

Le corps est au centre des œuvres des deux artistes qui suivent. Zoé Philibert, un artiste du mouvement que l’on pourrait assimiler à un artiste-chorégraphe, mélange le mouvement, la parole, et l’écriture. Dans le premier élément du diptyque proposé, un groupe est en quête d’un mouvement inédit : un geste. Cette œuvre est construite à partir d’une citation littéraire et nous entraine dans les réflexions des protagonistes. La seconde partie met en mouvement la poésie et donne corps littéralement à des phrases. Un travail d’une grande élégance qui mêle littérature, danse, gestes, paroles et références surréalistes.

Partant lui aussi de littérature et se basant sur un recueil de gravures du XVIe siècle, Les Songes drolatiques de Pantagruel, Antoine Granier propose une relecture avec une fiction sous des apparences grotesques et délirantes dans laquelle des corps mutants oscillant entre humains, objet et animal, se révoltent contre l’usine-ventre qui les contient. Souhaitant défaire les hiérarchies de ce corps-infrastructure, ces créatures grotesques sont finalement vomies dans la ville où elles entament une célébration monstrueuse et un joyeux carnaval. Une folie punk rock !

Plus documentaire, Pauline Julier nous invite dans une grotte ou plutôt dans un rocher afin de voir son intérêt pour une forêt de 300 millions d’années, ensevelie et figée par la lave, récemment découverte et reconstituée par des scientifiques. Dans l’ensemble de son travail elle s’interroge sur les notions de nature et ses représentations. Jules Cruveiller propose une installation faite de plusieurs médiums, une huile, un dessin et une vidéo afin de créer une archéologie de l’image numérique. Dans la vidéo, deux performeurs transportent dans une rue un cadre géant dans un format 16/9e. Dans ce cadre s’y dessine un monde où mise en scène et réel ne font plus qu’un, où contempla

JULIER-PAULINE
JULIER-PAULINE

tion et narration sont synonymes.

 

Cent vingt trois ans après la Sortie de l’usine Lumière et l’Arroseur arrosé  des Frères Lumière, le cinéma conserve une éternelle jeunesse et reste toujours un art contemporain.

SALON DE MONTROUGE
Du 28 avril au 23 mai 2018-05-04
Ouvert tous les jours. Entrée libre de 12h à 19h
Le Beffroi
2 place Emile Cresp
92120 Montrouge

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