Les 3 T de la nouvelle saison du FRAC Grand Large Haut de France : Tubologie, Titre de travail et Trait d’Union.

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La question du travail est au cœur des expositions orchestrées par le Frac Grand Large – Hauts de France et le LAAC à Dunkerque.  Au LAAC, c’est le travail des artistes qui est mis à l’honneur, de la conception à la réalisation en passant par l’atelier. Au Frac, l’exposition « Titre de travail » interroge la place de l’humain au sein d’une entreprise, et le travail est filigrane dans  l’expo « Tubologie » où le tube est objet de production design, canal de circulation et de distribution d’énergies ou de son.

Tubologie – nos vies dans les tubes  – commissaires invités :  KVM – Ju Hyun Lee & Ludovic Burel

Le tube est partout. Objets et formes de distribution, de passage, de transit, de circulation, que ce soit un tunnel, qu’il soit digestif, distribution d’eau comme pour un radiateur, distributeur d’énergie, le tube est même un morceau de musique plébiscité, donc un son, il permet aussi la distribution d’eau source de vie et notamment ici présenté dans une serre improvisée qui fera pousser des piments et des tubercules.

L’exposition marie volontairement tous les matériaux : le métal, le minéral, le végétal, le synthétique, la lumière, le son, l’eau, l’argentique. Une volonté de montrer l’interdépendance de toutes choses et de flouter les frontières. L’exposition se décompose en différents espaces, l’un consacré au design,  un autre aux œuvres d’art, une zone est destinée aux œuvres sonores et à la photographie, et enfin deux zones sont transformées en serre et mettent le végétal en majesté.

L’exposition se veut horizontale et commence par présenter le tube à travers sa propre collection de mobilier et d’objets design dont le Frac possède une belle collection.  Cette partie questionne notamment notre rapport entre le travail et la position. Les changements liés à cowoking, au télétravail, au nomadisme remettent en question les comportements et les postures de travail. Pour élargir le dialogue et mettre en exergue ses différents liens de communication, KVM a souhaité mettre en dialogue les œuvres design et les œuvres d’art.

La partie consacrée aux œuvres d’art est plus hétérogène, tant par la qualité des œuvres présentées que par les liens plus alambiqués avec la thématique choisie. Dommage car il y a des choses remarquables comme Natural Copies from the Coal Mines of Central Utah d’Allan McCollum, Cold Storage de Matthew McCaslin, Thames Water de Nicolas Deshayes, un Julio Le Parc… On aurait souhaité en voir un peu plus. D’autant que de grands espaces sont cannibalisés par les installations dédiées aux cultures des plantes de l’exposition et qui n’apportent pas grand-chose aux visiteurs et lui fait perdre le fil de l’exposition.

La salle d’écoute joue totalement l’horizontalité proposée au départ du parcours. Un alignement de banquettes, de lits d’écoute, sont installés à l’ombre d’un mur de photographies. Plaisir des yeux et des oreilles réunis dans une seule et même invitation à la contemplation. Comme une nécessité de ralentir le mouvement en ces temps où la vitesse prime. Vitesse de l’information, des déplacements, des flux en général… En tout cas le mur de photographies est remarquable. Il présente une vingtaine d’œuvres avec des noms illustres comme Yto Barrada, Barbara Visser, Meredyth Sparks, Bruno Serralongue ou encore Henri Cartier-Bresson.

La thématique de départ était alléchante mais la cohérence de l’exposition m’a un peu échappée. Cela ne remet pas en question la qualité des acquisitions du Frac Grand Large, justement elles auraient mérité une autre proposition de la part des commissaires. Vous pouvez compléter la visite des acquisitions du Frac avec « Trait d’Union », la sélection réalisée par les jeunes de la « Maison des Enfants de la Côte d’Opale » qui nous proposent un choix et un accrochage pertinent et intéressant.

L’autre proposition du Frac Grand large «  Titre de travail » est une exposition de Robert Schlicht et Romana Schmalisch

Cette exposition présente une installation filmique combinée avec des mises en scène et transforme ainsi le Frac en lieu d’intervention professionnel. Quels sont les mécanismes et stratégies qui transforment des êtres humains qui ont leur volonté, intérêts et désirs propres en capital humain qui œuvre dans l’intérêt d’une entreprise ou d’un employeur ?

A partir des recherches effectuées dans des centres de formation et chez Pôle Emploi au sein d’écoles professionnelles, Robert Schlicht et Romana Schmalisch ont conçu un dispositif, « Labour Power Plan PPL », usine de main d’œuvre. Il s’agit d’une centrale fictive qui a comme objectif de transformer les gens en travailleurs génériques. Le film présente une réunion de travail  de managers engagés dans un jeu de rôle de restructuration de la société. Autour de la table la directeur, son assistante, le consultant qui présente ses analyses et conclusions de performance de l’institution et un peu plus loin les travailleurs génériques qui se retrouvent en compétition face aux autres. Se révèle un décalage entre la réalité et le sujet. Une prise de vue en plongée du manager avec les travailleurs en bas donne l’impression d’un marionnettiste dirigeant avec des fils invisibles, les personnes à son service.

La visite de l’exposition se poursuit avec des éléments du film dans une sorte de reconstitution de l’entreprise. Dans une vitrine sont exposés des objets qui peuvent tour à tour être des outils de production ou des objets produits. Le frac y a caché parmi les objets des œuvres de son fonds.

Tous les codes de l’entreprise sont présents avec les interrogations liées à la place de l’humain, personnels volontaires, en compétition et outil de productivité. La question du geste, de la productivité au sein d’une entreprise s’impose et prouve comment finalement une certaine forme de taylorisation existe toujours. On pense notamment à tous ces acteurs de distribution et logistique des sites de ventes en ligne. Une proposition très intéressante du Frac Grand Large sur un sujet toujours d’actualité.

Je vous invite à poursuivre votre visite dunkerquoise au LAAC avec la magnifique exposition « Enchanté », une proposition de Richard Schotte. Une réflexion sur la création artistique, le travail de l’artiste.
(voir l’article sur LAAC)

FRAC GRAND LARGE – HAUTS DE FRANCE
503 avenue des Bancs de Flandres
59140 Dunkerque
http://www.fracgrandlarge-hdf.fr

TUBOLOGIE – Nos vies dans les tubes
Commisariat : KVM – Ju Hyun Lee & Ludovic Burel
Du 21 avril au 30 décembre 2018

TITRE DE TRAVAIL
une exposition de Robert Schlicht & Romana Schmalisch
27 janvier – 26 août 2018

TRAIT D’UNION
Jusqu’au 2 septembre 2018

Au LAAC
« Enchanté »
Du 21 avril au26 août 2018
LAAC
Lieu d’Art et d’Action Contemporaine
Jardin de sculptures
302 avenue des Bordées
59140 Dunkerque
http://www.musees-dunkerque.eu

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L’artiste au travail et le travail de l’artiste au cœur de l’exposition « Enchanté » du LAAC

Jean-luc-Vilmouth-Odyssee-1983_-Collection-IAC_-Rhone-Alpes-Villeurbanne-ADAGP-Paris-2018
Jean-luc-Vilmouth-Odyssee-1983_-Collection-IAC_-Rhone-Alpes-Villeurbanne-ADAGP-Paris-2018

Le LAAC, le musée d’art contemporain de Dunkerque, propose une exposition qui interroge l’œuvre d’art et son processus de création. Comment un objet ou une matière se transforme en œuvre d’art ? A quel moment se charge-t-il d’une émotion ou d’une symbolique ? Par le geste de l’artiste ? Par son travail ? Par son choix ?

Plusieurs étapes participent à cette élaboration ; la réflexion et la naissance d’une idée, la main et l’outil, le temps de maturation et de production, le lieu de production et d’exposition… Où se trouvent les limites qu’il convient de dépasser pour que les gestes, les objets, les attitudes, les formes… acquièrent un sens une valeur singulière et artistique.

A quel moment un objet, une série photographique basculent et deviennent œuvre d’art ? Quels processus donnent naissance à des œuvres ?  Comment l’œuvre et à travers elle, l’artiste et son travail, interrogent l’art lui-même ? Quel est ce monde mystérieux dans lequel l’artiste crée, fabrique, assemble… l’atelier ? L’exposition propose une interrogation sur la méthode, le projet, le processus, la technique en induisant une dimension politique et sociale.

L’exposition « Enchanté » se dessine en cinq chapitres. Le premier « La fabrique du sensible »  est consacré à ce basculement qui fait qu’un objet par le simple fait de la répétition, d’être montré, collectionné, acquiert une charge symbolique, un autre statut et devient ainsi œuvre d’art. Autour d’une œuvre de Barry Flanagan qui martèle le temps, notion importante dans le processus de création, ce sont les photographies qui sont le plus représentées. La série photographique de métiers vus par Pierre Mercier, les objets de grève photographiés par Jean-Luc Moulène et les ateliers d’artistes majeurs dans l’histoire de l’art contemporain de Gautier Deblonde. Dans les trois cas c’est la série qui fait basculer la simple photographie anthropologique pour l’un, politique pour l’autre ou historique et plastique pour le dernier dans une dimension artistique plus puissante encore.

Le deuxième chapitre nous fait pénétrer dans la naissance d’une œuvre et présente des esquisses de performances de Micha Laury, des estampes de Bernar Venet, les documents de travail préparatoire pour la réalisation du Cyclop de Jean Tinguely, et même des maquettes de commande publique jamais réalisées d’Arman ou Jesús Rafael Soto. Emouvant !

Dans « De l’ordinaire à l’exceptionnel », le troisième chapitre de cette exposition, c’est le détournement qui est mis à l’honneur. L’objet usuel devenant œuvre d’art par une mise en scène, un assemblage, une transformation, se charge d’une émotion, de poésie ou d’une réflexion politique et d’un caractère exceptionnel. On y trouve l’installation, Local Time, composée d’horloges d’aéroport et de marteaux signée Jean-Luc Vilmouth , dont on peut admirer également ses objets aux dimensions impressionnantes prévus initialement pour être envoyés dans l’espace. César, avec une de ses compressions, ne pouvait qu’être présent dans cette section, ainsi que les affiches déchirées de Raymond Hains et la Palette composée d’objets en plastique aux couleurs primaires accrochées sur le mur de Tony Cragg.

Andy Warhol ouvre le quatrième chapitre qui est consacré à la multiplicité. La reproduction, la multiplication nous amène à nous interroger sur l’originalité et la singularité. C’est aussi la reproduction, celle du protocole de production (cadrage, plan, neutralité…) de Bern et Hilla Becher dans leurs séries de châteaux d’eau ou silos à grains qui fait œuvre. Chez Allan McCollum la répétition est un jeu. Il reproduit le même vase qu’il peint de couleurs différentes et l’installe à des hauteurs différentes. Chacun devient unique et l’ensemble devient un tout, tout aussi unique.

Le cinquième chapitre nous plonge dans l’univers créatif de Séverine Hubard qui prend possession de tout l’espace au centre duquel trône une maquette géante d’une improbable antenne relais. Tout autour sont disposées des maquettes de ses différents projets, utilisant différents matériaux. La maquette ici devient œuvre. L’espace devient hybride, à la fois atelier, lieux de stockage et d’exposition. Certaines œuvres nous invitent à les découvrir in situ. Une façon d’appréhender l’ensemble des étapes de la création et l’imagination de Séverine Hubard.

On retrouve la notion d’atelier dans différents chapitres avec les photos de Gautier Deblonde, l’installation de Michel Paysant, qui avec un dispositif riche, nous présente une table de travail d’artiste comme un laboratoire d’étude. Elle nous plonge au cœur du travail de l’artiste. Plans dessins, maquettes, formes, bois découpés… sont disposés sur un grand établi. Une mise en chantier artistique grandeur nature.

L’exposition « Enchanté » sous le commissariat de Richard Schotte est tout simplement remarquable ;  par le sujet abordé, la mise en exposition, l’utilisation des espaces, et enfin la qualité des œuvres exposées. C’est un enchantement !

Severine-Hubard

Listes des artistes présentés : Allan McCollum – Andy Warhol – Arman – Bernd & Hilla Becher – Barry Flanagan – Ben – Bernar Venet – César – Etienne Pressager – Gautier Deblonde – Gérard Gasiorowski – Jean Tinguely – Jean-Luc Moulène – Jean-Luc Vilmouth – Louis Cane – Micha Laury – Michel Paysant – Pierre Mercier – Raymond Hains – Robert Filliou – Séverine Hubard – Jesús Rafael Soto – Tony Cragg

INFORMATIONS PRATIQUES
Enchanté
Du 21 avril au 26 août 2018
LAAC
Lieu d’Art et d’Action Contemporaine
Jardin de sculptures
302 avenue des Bordées
59140 Dunkerque
http://www.musees-dunkerque.eu

A voir aussi à Dunkerque  (objet d’un prochain article sur Mowwgli)
TUBOLOGIE – Nos vies dans les tubes
Commisariat : KVM – Ju Hyun Lee & Ludovic Burel
Du 21 avril au 30 décembre 2018
FRAC GRAND LARGE – HAUTS DE FRANCE
503 avenue des Bancs de Flandres
59140 Dunkerque
http://www.fracgrandlarge-hdf.fr

De la data à l’œuvre d’art. 123 Data, première exposition sur le data-graphisme

Refik-AnadolObjet de marketing, de surveillance, d’étude, de fantasme, de crainte… la DATA est également un puits sans fond de matière première utilisée aujourd’hui par des designers comme matériau de création scientifique, poétique et artistique.

Avec cette nouvelle exposition la Fondation Groupe EDF poursuit l’exploration des nouveaux univers créatifs entre science, art et design. Pour la première fois en France, une quarantaine de data designers présentent leurs productions. Ils ont en commun un même matériau de création : la data, les milliards de données qui circulent aujourd’hui dans le monde numérique. Une ressource inépuisable qui se prête à tous les modes de traitements et d’expression, pour des effets spectaculaire, poétiques, pertinents et inattendus.

Experts en algorithmes, créateurs pluridisciplinaires, les « data designers » travaillent sur des projets qui répondent à des commandes d’entreprises, d’institutions, d’ONG, voire à des engagements plus personnels. Explorateurs d’un monde globalisé, d’un monde d’informations, ces designers s’emparent de données open source ou cryptées et rendent visibles et lisibles des pans entiers de notre réalité, qu’il s’agisse du climat, de la biodiversité, des migrations, des inégalités sociales…

The-Architecture-of-radio
The-Architecture-of-radio

Loin de l’image anxiogène que l’on prête à la « data », les données peuvent produire du sens, refléter notre monde actuel mais aussi devenir objet de création. L’art et le design s’invitent dans la science et permet une multitude de solutions visuelles et graphiques, pour traduire, rendre attractives des données relevant de domaines très variés. Transformées en points, en lignes, en projections panoramiques, en animations cartographiques, en véritable sculptures… ces données passées par le filtre de l’inventivité deviennent œuvres d’art.

En partant des œuvres les plus artistiques, présentées au rez-de-chaussée, pour terminer par des projets lus conceptuels, la scénographie fait cheminer le visiteur sur les deux niveaux de la Fondation. Les œuvres sont ordonnées selon un parcours fluide, en trois temps : exposer – expliquer – explorer, correspondant à trois types d’approches : certains designers s’emparent des données comme matériau de création pure, d’autre prennent les données au sérieux comme source première pour une connaissance renouvelée du monde et enfin certains expérimentent les potentiels de nouveaux outils et traquent les variantes culturelles du monde.

Dans cette première partie du parcours, on est accueilli par une magnifique vague rouge. Elle donne à voir en direct les ondulations en temps réel d’une balise, une bouée houlographe, perdue en plein Océan Pacifique dont les coordonnées gps sont perdues mais dont l’émission des données est encore active. Un petit lopin d’océan en plein Paris. Cette œuvre poétique est proposée par David Bowen.

Un peu plus loin, un écran TV présente un œuvre de Refik Anadol. Objet purement artistique, il traduit néanmoins les vents enregistrés sur une période à Istanbul.

Maral Pourkazemi, designer d’origine iranien, fait preuve d’un engagement politique en créant une représentation graphique du web iranien. Elle en dénonce les aberrations, les contradictions et les paradoxes. Elle cartographie une part de la blogosphère iranienne, pour cela elle développe une écriture graphique d’une beauté vive empruntant à la tradition multiséculaire iranienne de l’ornement.

D’autres designers révèlent, de façon extrêmement précise et graphiquement remarquable, les migrations des animaux sur le continent américain ou les migrations humaines sur l’ensemble de la planète. D’autres encore traduisent l’état de notre planète à travers les arbres ou ses vents… D’autres enfin tracent les contours et dessinent une cartographie d’un monde spécifiquement numérique  à travers l’analyse des réseaux sociaux. Comme par exemple Moritz Stefaner qui avec Muliticity donne à voir Paris sous le prisme de la multitude d’images postées sur Instagram. Jonathan Harris et Greg Hochmuth, quant à eux, à partir d’une multitude de clips vidéo, d’enregistrements vocaux, de tweets, de productions graphiques…, nous proposent une déambulation chaotique qui nous pousse au voyeurisme. Un gavage d’images et de sons jusqu’à l’écœurement. Stupéfiant !

L’exposition propose un voyage dans le monde du design de la donnée et nous montre une partie immergée de cet iceberg numérique. Passé la crainte légitime de l’exploitation en de mauvaises mains de l’ensemble de ces « data », le visiteur prend vite conscience que la donnée peut être mise au service de l’homme, de la nature et rendre visibles certaines réalités, bien terrestres. Le monde de la « data « a aussi un coté vertueux. L’exposition reste une pérégrination ludique, didactique et artistique.

 

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Du 4 mai au 06 octobre 2018
Entrée libre du mardi au dimanche (12h-19h) sauf jours fériés
Fondation Groupe Edf
6 rue Récamier 75007 Paris
https://fondation.edf.com/fr

Le SALON DE MONTROUGE se fait des films. Focus sur les artistes vidéastes

ARUN-MALI - Paradisus
ARUN-MALI – Paradisus

Alors que débute cette semaine le Festival de Cannes, nous avons décidé de mettre à l’honneur les artistes qui ont placé la vidéo au cœur de leurs créations pour cette nouvelle édition du Salon de Montrouge.

Dans cette 63e édition du Salon de Montrouge se dégagent deux tendances fortes ; la sculpture fait un grand retour avec de nombreuses propositions et la vidéo confirme sa position. Si pour certains artistes la vidéo n’est pas le seul mode d’expression, car de nombreux artistes ici présents sont pluridisciplinaires (une autre tendance), elle montre aussi la diversité de ses formes narratives et navigue entre délire fictionnel, récit intime, archéologie ou s’invite dans des installations en dialogue avec d’autres médiums.

ARUN-MALI-Saliunt venae

Commençons peut être par celui qui a reçu le Grand Prix du Salon-Palais de Tokyo, Mali Arun. Il développe un travail audiovisuel collaborant avec le monde du cinéma et celui de l’art contemporain. Situé entre la fiction, le cinéma documentaire et la vidéo d’art, son travail questionne les espaces en marges, en mouvements, ou en conflits. À son sujet, on pense volontiers au brouillage des genres opéré par Werner Herzog et à sa quête de l’illumination telle qu’il l’a formulée : « Il y a une couche plus profonde de vérité au cinéma et il existe quelque chose comme une vérité poétique, extatique. Cela est mystérieux et insaisissable, et ne peut être atteint que par la fabrication, l’imagination et la stylisation. » Pour Mali Arun, la recherche se situe autant dans la manière dont l’être humain s’approprie un territoire, qu’il s’agisse de s’y prélasser, comme dans l’imagerie biblique dévoyée de Paradisus. Les images qui composent son oeuvre immersive intitulée Saliunt Venae (« battements de coeur ») présentent un feu au coeur battant sur une musique envoutante, qui crépite et s’anime lorsqu’il est attaqué et percuté par des personnages énigmatiques qui, partant à l’assaut de cette féérie, le tourmentent, le dessinent de leurs formes fantomatiques.

Poursuivons par le prix des Beaux-Arts de Paris, Samuel Lecoq, qui entretient une relation particulière avec la photographie et l’image filmée. Ses récits sont conçus comme une multitude de juxtapositions. Il questionne la photographie et également notre relation aux éléments naturels.  Sa vidéo Fragility and Obsolescence  s’intéresse à un centre de déradicalisation sur les bords de Loire. Sur un mode opératoire faisant flirter l’objectivité et la subjectivité, Samuel Lecoq compose un récit qui joue sans cesse avec notre soif de savoir et nos désirs de laisser caché ce que l’on ne veut pas voir. Avec une narration qui mélange vidéo, photographies et voix off, son film tente, sans idéaliser ou interférer, de renouveler les formes de la narration  entre fiction et documentaire. Toujours autour de sujets sensibles ou politiques, Baptiste Brossard propose Contre-mesure, une installation composée d’une vidéo et d’une sculpture en béton qui reprend la forme d’une antenne parabolique. Une contre-mesure est un système de brouillage électronique. C’est une technique à la fois offensive et défensive. Baptiste Brossard accumule sur un écran des captures de films dans lesquels apparaissent des armes, des chiens de garde, des images de vidéos-surveillance… dans une atmosphère très tendue. Une tension renforcée par la bande son.  Au centre du dispositif entre l’écran et la parabole, entre l’émetteur et le récepteur, le spectateur se trouve pris entre deux feux ne sachant pas où trouver sa place. Entre le réel et son image, chaque individu est ainsi invité à interroger son activité et/ou sa passivité face à cet univers paranoïaque et sous surveillance.

Baptiste Brossard

La question de l’identité est également au cœur de certaines œuvres présentées dans cette édition. Par exemple, Garush Melkonyan tente de déchiffrer par le jeu de l’être et de l’apparence, de l’identité et de ses masques et se joue de l’attente du spectateur. Ici son travail prend littéralement corps dans Just the four of us. Il met en place un dispositif qui contraint le spectateur au centre de quatre écrans qui présentent chacun un individu de dos. Les quatre personnages échangent des conversations téléphoniques qui s’entrechoquent autour d’un secret qui se dévoile en toute fin. Une œuvre énigmatique et qui nous fascine. Dans l’installation, également composée de plusieurs écrans, Ariane Loze, lauréate du prix du Conseil départemental des Hauts de Seine, se met elle-même en scène et incarne une personne différente sur chacune des vidéos. Aucune volonté de mise en scène de soi exacerbée, aucun jeu de maquillage particulier, ni de perruque, mais au contraire une économie de moyens, et le choix de disparaitre derrière la multiplicité de facettes de ses personnages comme si son corps était matériau neutre, prêt à être façonné, à devenir le corps de tout le monde, voire le corps social. Elle questionne l’identité qui n’est jamais unique et cohérente.

Le corps est au centre des œuvres des deux artistes qui suivent. Zoé Philibert, un artiste du mouvement que l’on pourrait assimiler à un artiste-chorégraphe, mélange le mouvement, la parole, et l’écriture. Dans le premier élément du diptyque proposé, un groupe est en quête d’un mouvement inédit : un geste. Cette œuvre est construite à partir d’une citation littéraire et nous entraine dans les réflexions des protagonistes. La seconde partie met en mouvement la poésie et donne corps littéralement à des phrases. Un travail d’une grande élégance qui mêle littérature, danse, gestes, paroles et références surréalistes.

Partant lui aussi de littérature et se basant sur un recueil de gravures du XVIe siècle, Les Songes drolatiques de Pantagruel, Antoine Granier propose une relecture avec une fiction sous des apparences grotesques et délirantes dans laquelle des corps mutants oscillant entre humains, objet et animal, se révoltent contre l’usine-ventre qui les contient. Souhaitant défaire les hiérarchies de ce corps-infrastructure, ces créatures grotesques sont finalement vomies dans la ville où elles entament une célébration monstrueuse et un joyeux carnaval. Une folie punk rock !

Plus documentaire, Pauline Julier nous invite dans une grotte ou plutôt dans un rocher afin de voir son intérêt pour une forêt de 300 millions d’années, ensevelie et figée par la lave, récemment découverte et reconstituée par des scientifiques. Dans l’ensemble de son travail elle s’interroge sur les notions de nature et ses représentations. Jules Cruveiller propose une installation faite de plusieurs médiums, une huile, un dessin et une vidéo afin de créer une archéologie de l’image numérique. Dans la vidéo, deux performeurs transportent dans une rue un cadre géant dans un format 16/9e. Dans ce cadre s’y dessine un monde où mise en scène et réel ne font plus qu’un, où contempla

JULIER-PAULINE
JULIER-PAULINE

tion et narration sont synonymes.

 

Cent vingt trois ans après la Sortie de l’usine Lumière et l’Arroseur arrosé  des Frères Lumière, le cinéma conserve une éternelle jeunesse et reste toujours un art contemporain.

SALON DE MONTROUGE
Du 28 avril au 23 mai 2018-05-04
Ouvert tous les jours. Entrée libre de 12h à 19h
Le Beffroi
2 place Emile Cresp
92120 Montrouge

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Kader Attia déterre les corps du béton au MAC VAL. Poétique et politique !

bmdAlors que l’on peut encore voir, jusqu’au 13 mai au Palais de Tokyo, le fruit de sa collaboration avec Jean-Jacques Lebel, Kader Attia poursuit sa quête de vérité dans une nouvelle exposition au MAC VAL dont il investit l’immense espace d’exposition en proposant un parcours initiatique autour de deux notions étroitement mêlées : l’architecture et sa relation aux corps.

Kader Attia et collage_ADAGP

Quels regards porter sur les grands projets urbains de l’après-guerre, les grands ensembles caractéristiques des cités dortoirs. Que reste-il de l’utopie des modernistes ? Qu’entretenons-nous avec notre espace de vie, privée ou publique, avec notre histoire et nos racines ? Quelle relation entre le corps physique et le corps social ? Comment nos sociétés s’arrangent-elles avec le visible et l’invisible, l’inclus et l’exclus ? Et comment finalement la société réécrit son propre récit national et omet de reconnaître les blessures laissées par le colonialisme, l’esclavage, les inégalités hommes-femmes, la discrimination envers les LGBT, notamment les transsexuels…

Ce sont toutes ces questions que pose Kader Attia dans cette exposition « Les racines poussent aussi dans le béton » proposée au Mac Val. L’articulation de l’exposition est singulière. Le parcours alterne des espaces sombres avec des pièces en pleine lumière, des documents vidéo ou sonores avec des œuvres purement plastiques. Il oscille entre passé et présent, les racines et le béton. Avec toujours en filigrane, le fil conducteur de l’œuvre de Kader Attia : la réparation. Réparer les blessures que les hommes s’infligent, des humiliations de la colonisation aux fractures entre les communautés. Kader Attia revendique l’idée qu’il faut  “S’affranchir du joug du grand récit national officiel pour se réapproprier et écrire soi-même son récit, exposer sa vision des choses.” Le déni de la culture des quartiers, c’est le déni de toute une culture hip hop, la culture ouvrière, des langues…

« Les racines poussent aussi dans le béton » propose une expérience visuelle mais aussi physique, l’esprit et le corps, le corps et l’espace, dans le but de rassembler. L’exposition est conçue comme un opéra avec plusieurs actes. Elle commence par un trait d’union entre la réalité et l’histoire, dans ce premier « cabinet » qui étire le début du 20e siècle, Kader Attia revient sur les traces de son enfance dans un Sarcelles métamorphosé par les grands ensembles. Grands ensembles qui de promesses sont aussi devenus ghetto.  A chaque extrémité d’un long couloir deux films se font face et s’opposent. D’un coté « Pépé le Moko » avec un Jean Gabin dans les ruelles de la kasbah d’Alger et de l’autre « Mélodie en sous-sol » dans lequel, Gabin toujours, revient dans sa banlieue transformée par les barres d’immeubles. Entre les deux, un jeu de collages marie des grands ensembles avec des scènes de vie marocaines ou algériennes. La petite pièce suivante rend hommage à Ghardaïa. Au sol un désert de grains de couscous représente le plan de Ghardaïa. Ceci fait écho notamment à Le Corbusier qui, fasciné après avoir visité Ghardaïa où tout est pensé : la gestion de l’eau, l’administration, la circulation, les commerces, élabora au coté de Jeanneret les cinq points de l’architecture moderne qui ont notamment donné naissance à la Cité radieuse, qu’il appelait lui-même la « Béni Isguen verticale* ». Une vision à la fois poétique et politique rappelant l’origine de ces grands préceptes de l’architecture moderne.

Kader Attia  Untiteld 2009 _ADAGP

Toujours concernant l’architecture, Kader Attia sème ça et là dans l’exposition des références. Des poutres récupérées sur des chantiers de démolition, verticales et fières, dont les fentes sont agrafées, des cicatrices restées visibles car pour Kader Attia, contrairement à nos sociétés modernes, il ne faut pas les cacher pour guérir. Une pièce noire dans laquelle une série de réfrigérateurs habillés de carreaux de miroirs, et de carreaux de verre, dessine une skyline, et renvoie à la froideur des mégapoles sur-construites et pourtant rêve d’un monde fantasmé. Une vidéo présente une succession d’étages et de fenêtres d’une façade d’immeuble à Vitry  qui se termine sur le toit avec une vue dégagée sur la ville un paradoxe de l’utopie des grands ensembles qui sont devenues des prisons modulaires. Effet renforcé par une façade en forme de grille.

Kader_Attia_Skyline_ Adagp
Kader_Attia_Skyline_ ADAGP

Dans ce décor se dessine une interrogation des effets de l’architecture sur la psyché et les corps.

Car de cette dimension émerge l’humain avec les mêmes fêlures. Des barrières symbolisant des espaces interdits sont traversées et perforées de pierres. Ont-elles été lancées par des personnes qui souhaitaient se libérer d’un espace fermé ou est-ce la nature qui veut reprendre ses droits ? Ces barrières empêchent l’accès à un mur blanc sur lequel est écrit à la craie blanche « Résister c’est rester invisible ».

Une vidéo, déjà présentée, autour du sujet du membre manquant souligne comment notre cerveau garde en mémoire le membre manquant. Métaphore d’une société qui ne peut s’amputer de ses nombreuses racines sous peine d’en souffrir. Dans le même esprit de négation, une autre vidéo montre les entretiens sur le devenir des corps postcoloniaux, questionnant le corps des noirs notamment avec des entretiens des proches de Théo de « l’affaire Théo » tristement célèbre. Plus loin, un couloir est habité par des grands portraits de transsexuels algériens et par deux miroirs, l’un avec accompagné d’une chaussure de femme l’autre un soulier d’homme se font face. Une installation qui questionne le masculin-féminin et notre acceptation de la différence. Les souvenirs de Kader Attia sont également convoqués dans une installation mêlant photos de femmes algériennes, membres de sa famille qui réparent un plat de terre cuite. Une bétonnière brassant des clous de girofle embaume l’espace et évoque à la fois un père ouvrier du bâtiment et une mère cuisinière, tandis que sur un mur des pains traditionnels sont plantés rappelant des jeux d’enfance.

Kader_Attia_Oil_and_Sugar_ADAGP
Kader_Attia_Oil and Sugar_ADAGP

Sur une dernière vidéo,  un cube formé de morceaux de sucre fond à cause du pétrole versé sur lui. Cette œuvre joue sur les opposés le blanc et le noir, le dur et le fluide…  L’or blanc d’un coté, symbole de la traite négrière, et l’or noir, symbole de l’exploitation et du pillage des ressources naturelles des pays africains. Deux matières dont l’exploitation a hélas asservi des peuples.

Et pour finir ce périple deux photographies cote à cote ; d’une part une noria, puits traditionnel du Maghreb et d’autre part les ruines en béton d’un atelier d’une ancienne usine Wolkswagen envahies par la végétation. Cette œuvre ouvre sur un futur indéfini, néanmoins optimiste, car les racines poussent aussi dans le béton.

Les racines poussent aussi dans le béton
Exposition de Kader Attia
Du 14 avril au 16 septembre 2018
Commissariat Frank Lamy assisté de Julien Blanpied
Deux autres expositions valent également le détour à Vitry :

Le Nouveau souffle juste après la tempête de Meiro Koizumi

Le fruit d’une résidence donnée à Meiro Koizumi. Il tente de décrypter les motivations et les représentations des 16-20ans et souhaite plus particulièrement interroger l’impact du conditionnement social et de la propagande médiatique sur l’engagement militaire des jeunes, voire même du sacrifice impacté par l’histoire de son pays et les kamikazes, et récemment par les attentats. Lors de cette résidence Meiro Koizumi a rencontré des jeunes de Chevilly-Larue, qu’il a interrogé sur ces attaques. Il s’est rendu compte que si lui ne connaissait rien à la culture française, les jeunes en question connaissant la culture manga. S’étonnant de la liberté du corps qu’ils pouvaient avoir, expressifs voire extravertis avec une certaine exubérance pour un japonais. Il leur a demandé de rejouer sur scène une histoire inspirée d’un manga. Le résultat est un jeu de vidéo multiple, en surimpression, dans lesquelles un ballet se joue comme un champ de bataille paisible.

Sans Réserve.

Le MAC VAL a invité le duo d’artistes Grout/Mazéas avec Black Bivouac à s’immiscer dans l’exposition des œuvres de la collection. Du 14 avril au 19 août 2018

Pour cette 8e exposition des œuvres de la collection, le choix a été d’associer et d’éclairer les œuvres à partir de leur pouvoir et de leur volonté d’expression. Toutes, en effet, dégagent un certain pouvoir narratif, d’échange plus ou moins manifeste. Elles convoquent un mode de récit et d’expression. Elles racontent des histoires, invitent à poursuivre, voire à construire, initient un climat, suggèrent. Elles questionnent notre propre pouvoir de regardeur.

Musée d’Art Contemporain du Val-de-Marne
Place de la Libération
94400 Vitry-sur-Seine
www.macval.fr

Béni Isguen, l’une des 5 villes de la pentapole Ghardaïa, Algérie

L’art contemporain et la science méditent ensemble à la Cité des sciences

Lou-Masduraud-©Sophie-Lvoff
Lou-Masduraud-©Sophie-Lvoff

A l’occasion de la nouvelle exposition de Science Actualité, Méditation : que dit la science ?, présentée jusqu’au 24 juin 2018, la Cité des sciences et de l’industrie a donné une carte blanche aux artistes Lou Masduraud et Antoine Bellini : ils ont réalisé Wellness Paradox, une installation originale sur le thème de la méditation. Une installation montée avec la complicité de Gaël Charbau, commissaire de la prochaine édition de Nuit Blanche à Paris.

Connus pour les situations qu’ils proposent et qui mêlent installations, musique et performance, les artistes Lou Masduraud et Antoine Bellini  ont imaginé un espace qui nous plonge dans l’environnement fictif d’un adepte de la méditation. Sorte de portrait de cette pratique dans l’air du temps où le scientifique côtoie le mystique, l’installation révèle, non sans humour, par une accumulation d’objets une « vanité contemporaine » et propose une critique de la dérive commerciale de la méditation.

Installation _N-Breton-

A l’occasion de ma visite j’ai rencontré Lou Masduraud qui me parle du travail qu’elle réalise avec son binôme Antoine Bellini.

Patrice Huchet : En regardant votre travail depuis quelques expositions, j’ai l’impression qu’il y a un fil conducteur autour des flux, électriques, sonores… et le corps. Aujourd’hui encore, la méditation évoque un flux, celui de la respiration et des énergies. Pourquoi cette thématique ?

L.M. : C’est une bonne remarque, le flux est vraiment le terme exact car il englobe plein de choses. Des flux énergétiques, électromagnétiques, électriques, migratoires, vibratoires, des flux de capitaux… Ce qui m’intéresse vraiment, c’est l’idée de mouvement et de déplacement mais toujours perçu par le corps. Plus qu’une recherche qui amènerait une réponse scientifique, j’observe comment ils sont perçus par une subjectivité et l’expérience du corps. Nous avons, par exemple, fait une exposition à Lyon à la BF15 en 2016 où nous avons travaillé sur le flux électrique. Dans cette installation, un réseau électrique passait par des oreillers et tout un parcours était installé dans des gouttières en céramique ouvertes, comme si on avait disséqué ce réseau. Le visiteur avait également accès à des textes sur ce qui se passait à l’intérieur des câbles. Une espèce de délire sur ce qui se passe dans le cuivre, cette matière conductrice. Et finalement de penser nos corps comme des matières conductrices qui sont traversées par des flux mais aussi les transmettent.

Ces derniers temps nous travaillons sur des projets avec des substances à ingérer et  que l’on propose dans le cadre de performances ou lors de concerts de musique électronique. Au milieu du concert, on propose du ginseng, un énergisant, des infusions d’immortelles, un anti âge puissant pour rester jeune et beau, mais aussi du vin, très populaire et un désinhibiteur qui permet de rentrer en contact plus facilement avec l’autre. Donc plein de substances actives qui ont un pouvoir et un effet sur la physiologie, influent et affectent nos corps et nos relations. C’est probablement une histoire de flux au sens intérieur et au sens large.

On essaie de construire un temps collectif traversé par du son utilisé comme outil de réunification et générateur de mouvements. Sons, humains, objets, substances, mouvements, un ensemble qui révèle des habitudes collectives et des caractères culturels contemporains.

P.H. : Pourquoi la méditation devient prétexte à une vanité contemporaine ?

L.M. : Ce n’est pas vraiment comme cela que je vois les choses. C’est plutôt la forme que y avons donné en faisant un assemblage, une disposition et une accumulation de différents objets autour du sujet de la  méditation qui transforment tout cela en vanité.

C’est Gael Charbau qui a utilisé le terme de vanité contemporaine. C’est drôle de voir cela par le prisme de l’histoire de l’art, car cela effectivement peut être vu comme une vanité mais cela reste une étagère domestique. Moi j’utilise plutôt le terme de nature morte révélatrice de nos modes de vie contemporains. Le paradoxe est quand même là. Un coté paisible, bienveillant de la pratique de la méditation et en même temps une revendication de puissance. C’est l’appropriation de la société de consommation de ces pratiques alternatives dans un système capitaliste qui en fait une vanité.

P.H. : Vos œuvres ont souvent un aspect critique vis-à-vis de la société dans laquelle nous vivons ?

L.M. : En tout cas en tant qu’artiste je ne dis pas : ça c’est bien et cela ne l’ai pas. Je ne cherche pas un point de vue moral. Je regarde juste ce qui se passe, j’observe, je prends un peu de distance et tente de comprendre. L’aspect critique apparaît du paradoxe observé.

P.H. : En quoi cet espace dédié à la science vous a-t-il inspiré ?

L.M. : En fait c’était vraiment particulier. C’est la première fois que nous travaillons dans un lieu qui n’est pas purement un lieu d’exposition artistique et uniquement visité par des gens habitués à voir de l’art contemporain. Donc cela a posé des questions. Je pense que nous avons essayé de faire une pièce qui s’adresse à tous en proposant une expérience sonore, quelque chose de sensible. Il n’y a pas besoin de connaissances particulières. Une étagère fait penser au domicile, la référence est évidente pour tout le monde. On n’a pas cherché à utiliser les codes de l’art contemporain. Le seul fait d’installer cette étagère domestique dans un lieu dédié à la science questionne et donne une distance face à ces objets afin de mieux comprendre.

P.H. : Votre travail plutôt conceptuel, issu d’une recherche très élaborée, n’est pas forcement facile d’accès de prime abord et nécessite de la part du visiteur une implication. Qu’en pensez-vous ?

L.M. : Je suis tout à fait d’accord avec vous. Une implication, c’est exactement ce qui nous intéresse. Je pense que nous proposons une expérience et fatalement elle demande une participation active. Pas besoin de références artistiques ou de savoirs particuliers pour aider à la compréhension. Il y a expérience esthétique à partir du moment où on est conscient que l’on fait une expérience et que l’on est attentif à ce qui s’y passe. Donc pour moi il n’y pas besoin d’un savoir préalable pour faire expérience. C’est très important dans notre travail.

P.H. : Quels sont vos prochains projets ?

L.M. : Nous travaillons sur un projet qui s’appelle Active Substances Bar qui va être un comptoir en bois sculpté qui diffuse un antidépresseur dans sa forme naturelle, « healthy »,  du millepertuis donc on fait des infusions qui seront diffusées grâce à un système qui transforme l’eau en vapeur. Il y aura aussi du vin et du ginseng. Cette installation sera montrée à la biennale de Moscou en juin, avec bien sûr les créations sonores d’Antoine. Je pense que nous y ferons un live autour du bar. Un concert de musique électronique et une récitation de textes qui font référence à ces substances.

P.H. : Cela est une récurrence dans votre démarche artistique. L’œuvre existe par elle-même mais s’inscrit aussi dans une performance. Vous aimez bien apporter cet aspect performatif dans la vie d’une œuvre ?

L.M. : Oui c’est exact, nous aimons cela car c’est une manière de créer du lien, de vivre des choses collectivement. Faire une performance c’est réunir des gens autour d’un projet commun. Il n’y a jamais de scène. Nous ne sommes jamais séparés du public. Nous souhaitons même que le public se rende compte qu’il fait lui-même partie de la performance. Particulièrement quand il ingère des choses qui vont l’influencer. Nous parlons plutôt de « situations construites » plutôt que de performances. Dans le sens où ce n’est pas un spectacle, même s’il y a de la musique. Ce sont des temps vivants de partage, qui nous permettent d’actionner certains objets, certains mots, certaines parties des installations et le public est invité à y participer et à créer du collectif.

Antoine Bellini et Lou Masduraud
Antoine Bellini et Lou Masduraud

Wellness Paradox
Lou Masduraud et Antoine Bellini
Installation dans l’espace Science Actualité, au cœur de l’exposition Méditation : que dit la science ?

Un parcours contemporain dans la Cité des Sciences et de l’industrie : 

Depuis son ouverture la Cité des Sciences a acquis des œuvres d’art contemporain. Elles occupent différents espaces de la Cité, c’est parfois un véritable jeu de piste pour les retrouver. Ainsi Il est possible de rencontrer : l’œuvre Espace Nord-Ouest de Felice Varini , Matière noire d’Abdelkader Benchamma, des œuvres d’Erro, de Monory, de Piero Fogliari, 2 toiles de Cocteau… ainsi qu’une toute nouvelle œuvre : Ciudad Quemada II, présentée dans le pavillon cubain de la 57e Biennale de Venise en 2017, que l’artiste cubain Roberto Diago vient de prêter gracieusement à la Citée des sciences pour toute la durée de l’exposition « Feu ».

  • Méditation : que dit la science ?
  • Féminin-masculin : le combat contre les stéréotypes
  • Agriculture : la fin des néonicotinoïdes ?
  • Industrie : la chasse aux métaux rares au fonds des océans

Cité des sciences et de l’industrie
30 avenue Corentin-Cariou
75019 Paris
Métro : Porte de la Villette
Horaires : ouvert tous les jour sauf le lundi de 10h à 18h, et jusqu’à 19h le dimanche.
www.cite-sciences.fr

L’art contemporain se met au vert et prend ses quartiers d’été sur les bords de Loire

Duy-Anh-Nhan-Duc_Champ-Céleste
Duy-Anh-Nhan-Duc_Champ-Céleste

La Loire, son histoire, ses bateaux plats, sa douceur de vivre, ses châteaux et son parcours d’art contemporain de Chaumont-sur-Loire qui a réuni depuis 2008 plus de 115 créateurs majeurs ou émergents venus du monde entier.  Le Domaine de Chaumont-sur-Loire fête ses 10ans d’art.

Klaus-Pinter
Klaus-Pinter

Dans le cadre de cet anniversaire, pas moins de 15 commandes sont exposées pour souligner cette année particulière du Centre d’arts et de Nature de Chaumont-sur-Loire. C’est ainsi que sont naturellement présents de nouveaux plasticiens, invités à confronter leur imaginaire avec l’âme du Domaine, mais aussi des artistes ayant particulièrement marqué l’histoire de ces dix années d’art.

A commencer par le retour de Sheila Hicks pour une nouvelle installation dans les appartements du Château. Ainsi sont de retour au Domaine Fiona Hall avec des ruches aux couleurs de l’Europe, Nils Udo avec un nid fantastique, Eva Jospin avec une grotte fantasmagorique, Fujiko Nakaya avec une œuvre de brume envoutante, Klaus Pinter avec une sphère entre bouquet floral et objet cosmique. Anne et Patrick Poirier avec des photogrammes floraux et Sarkis qui répare d’or un meuble blessé.

De nouveaux artistes viennent enrichir le parcours notamment le japonais Tanabé Chikuunsai IV, avec une spectaculaire œuvre de bambou tigré, l’artiste vietnamien Duy Anh Nhan Duc avec une installation végétale d’une très grande délicatesse, la brésilienne Nathalie Nery qui habille un arbre de ses créations botaniques en feuille de jacquier ou encore Simone Pheulpin, créatrice de sculptures de tissus évoquant des fossiles dans des calcaires blancs. Eva Jospin propose une œuvre pérenne avec une mystérieuse et luxuriante grotte.

L’ensemble du parcours, entièrement voué à la relation entre création artistique et la nature et le paysage, est d’une très grande qualité et vaut le détour. La nature continue d’inspirer les artistes contemporains. Ils vous proposent à Chaumont un voyage entre découverte, émotion, surprise, ravissement et beaucoup de poésie.

Je ne citerai le travail que de quelques uns. Honneur aux femmes tout d’abord. Deux artistes qui ont fait du textile leur médium. La plus connue d’entre-elles, Sheila Hicks délaisse, ici, la laine pour des bandes de tissus ou de papiers qu’elle installe en cascades tantôt rouges, bleues, ou jaunes. Cette exposition de Sheila Hicks est le résultat d’une commande spéciale de la région, et est installée dans les appartements et les offices du château.  La seconde est Simone Pheulpin, discrète artiste reconnue dans le milieu des collectionneurs et dont les œuvres en tissus ont fasciné les visiteurs de la dernière édition d’Art Paris Art Fair. Elle propose avec des bandes de tissus savamment pliées des sculptures écrues aux allures de fossiles dans des pierres calcaires ou de bois pétrifiés. Zen et bluffant !

Dans le registre de la fragilité et de la contemplation, le plasticien végétal Duy Anh Nahn Duc tente de sublimer et de rendre visible la beauté d’une plante qui apparemment n’a pas de valeur, le pissenlit. Il y parvient incroyablement. Cueillies à une certaine maturité afin de les utiliser naturellement, les aigrettes de pissenlits sont assemblées dans des tableaux cotonneux aux formes géométriques douces et voluptueuses. Au plafond de l’asinerie, un champ céleste de pissenlits se reflétant dans un bassin de miroir se marie avec un lustre luxueux. Cette installation délicate suspend le temps et nous invite avec poésie à contempler la beauté et la fragilité du monde et à profiter de l’instant. Contemplatif et divin !

L’énergie vitale est au rendez-vous avec Tanabé Chikuunsai IV et Nils-Udo, tandis que Fujiko Nakaya cherche à nous embrumer.  L’œuvre de Tanabé Chikuunsai IV exprime la connexion entre l’être humain, la main, le lieu et l’art. Il propose un énorme tourbillon réalisé avec des bandes de bambou tigré tressées. Une œuvre qui illustre l’énergie vitale que l’artiste a souhaité démontable pour rendre compte du cycle de la vie et de l’éternel recommencement. Une source d’énergie vitale. Magistral !

Nils-Udo dit travailler avec la réalité de la nature. Tout commence et lui ai suggéré par l’expérience de la nature, c’est elle qui guide sa création. Dans le parc, il nous invite au seuil de la création avec un volcan-nid. Un petit volcan vert tendre cache dans son cratère des œufs de marbre blanc. Le Nid représente l’abri, le point de départ et l’achèvement de la procréation et le volcan avec sa chaleur couve les œufs. Il tente avec ces deux symboles réunis, le volcan donnant des valeurs nourricières à la terre et l’œuf celui de la vie, de faire renaitre un paradis perdu. A coté du nid, Fujiko Nakaya renforce le mystère avec un paysage de brume. Totalement dépendante du vent, l’œuvre joue avec les éléments, la lumière et dessine des paysages changeants dans lesquels les arbres prennent des allures fantomatiques. Ces deux là nous invitent à la naissance du monde.

Eva Jospin dont les forêts de cartons ont fait la réputation, c’est attelé à une démarche plus large, inspirée par les lieux et le parc, elle a réalisée une folie dans tous les sens du terme. Pour cette œuvre pérenne, Eva Jospin utilise pour la première fois du béton. Fidèle à sa pratique, elle a réalisé des formes en cartons, qu’elle a ensuite moulées en ciment. Elle propose un monde à double face ; à l’extérieur une roche colonisée par la végétation de laquelle s’ouvre une grotte et à l’intérieur un écrin avec des parois aux allures de bijoux à l’image des grottes de Rocailles des jardins à l’italienne du XVIe siècle où sont mêlés rocailles, coquillages, pommes de pin, et pièces d’or.

Enfin, un immense hommage est rendu à Jacques Truphémus , décédé en septembre dernier. Jacques Truphémus, célébré et reconnu à Lyon, sa ville d’adoption, est resté longtemps méconnu du grand public. Pourtant, Balthus le considérait comme l’un des plus grands peintres français : « Vous appartenez à la lignée de Morandi et certains de vos paysages me font penser à Giacometti- tout en étant essentiellement Truphémus- c’est-à-dire unique » lui écrivait-il dans une lettre en 1986. Cet hommage présente  une belle quantité de peintures sur ses thèmes fétiches, jardins ou scènes d’intérieurs décorées de bouquets, dans lesquelles les verts tendres et pastel se marient aux violets tout aussi doux. Ces toiles montrent l’esprit contemplatif de l’artiste et nous invite avec lui à la même contemplation.

Les artistes :

Sheila Hicks – Jacques Truphémus – Fiona Hall – Fujiko Nakaya – Anne et Patrick Poirier – Nils-Udo – Sarkis – Klaus Pinter – Eva Jospin – Tanabe Chikuunsai IV – Duy Anh Nhan Duc – Simone Pheulpin – Frans Krajcberg – Nathalie Nery

L’occasion de revoir également des œuvres installées dans le parc :

Andy Goldsworthy – François Mechain – Christian Lapie – Anne et Patrick Poirier – Rainer Gross – Chris Dury – Tadashi Kawamata – Cornelia Konrads – Wang Keping – Sarkis – Gabriel Orozco – Patrick Dougherty – Vincent Barré – Nikolay Polissy – Dominique Bailly – Giuseppe Penone – El Anatsui – Gerda Steiner et Jorg Lenzlinger – Henrique Oliveira – Jannis Kounellis – Mathieu Lehanneur – Andrea Branzi – Yamou – Pablo Reinoso – Karine Bonneval – Amin Schubert – Ursula Von Rydingsvard – Patrick Blanc – Marie Denis – Stéphane Guiran

Avec une triple identité artistique, jardinistique et patrimoniale, Le Parc et le Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire ont obtenu le label « jardin remarquable » et le « Festival des Jardins » a reçu 3 étoiles par le Guide Michelin, s’ajoutant au 2 étoiles du Château. A partir du 24 avril, 30 nouveaux jardins sur le thème est « Les jardins de la pensée » seront présentés lors du Festival  International des Jardins.

Plus d’hésitation une balade à Chaumont-sur-Loire s’impose avec les beaux jours qui arrivent. Un moment à partager en famille, entre amis, curieux et amateurs de nature et d’art contemporains réunis dans une même contemplation.

by Patrice HUCHET

2008-2018
10 ans d’art
31 mars – 4 novembre 2018
Domaine de Chaumont-sur-Loire
Centre d’arts et de nature
41150 Chaumont-sur-Loire
www.domaine-chaumont.fr

Un, Deux, Trois… Labanque ! (2nde Part.)

©-Brian-Griffin-Men-in-excavator-2017-Production-Labanque
©-Brian-Griffin-Men-in-excavator-2017-Production-Labanque

Je vous propose la suite de mon article d’hier avec les deux autres expositions proposées par LaBanque à Béthune : De l’apparence des choses, Chapitre VI, Des forces de  Rachel Labastie et Between here and nowhere de Brian Griffin.

RACHEL LABASTIE
« DE L’APPARENCE DES CHOSES, CHAPITRE VI, DES FORCES »

©-Rachel-Labastie-Le-foyer-2011-Sculpture-grès
©-Rachel-Labastie-Le-foyer-2011-Sculpture-grès

A l’étage nous sommes accueillis par une roue en osier qui tourne sans fin. Elle évoque la roulotte des origines Yéniches (peuple nomade de l’Europe et grands vanniers) de la grand-mère de Rachel Labastie. Toutefois entourée de haches en céramique plantées dans le mur, comme elle l’est, l’œuvre pourrait nous inviter à une fête foraine ou encore évoquer une attaque de diligence. En tout cas un jeu de forces est à l’épreuve. D’ailleurs « Des forces » est le nom de ce sixième chapitre de son projet intitulé De l’apparence des choses.

Des forces contraires, il s’agit bien de cela dans cet épisode. Tout le parcours oscille entre érection et suspension, dureté et fragilité, violence et sensualité. Rachel  Labastie joue des paradoxes et de l’apparence des choses. Elle utilise l’argile crue, le bois, la céramique, le verre, le marbre dans ses huit installations où se manifestent le geste, l’apesanteur, le feu, la violence et la magie.

Les œuvres les plus frappantes sont peut être celles qui justement nous rapproche du rituel et de la magie, par exemple avec Foyer, une œuvre faite d’ossements modelés en grès noir reposant sur des tessons roses et bruns. Un amas qui évoque les restes d’un charnier, de fouilles archéologiques d’un tombeau ou encore d’une grotte du paléolithique. Elle montre le paradoxe du feu dont la maîtrise est indispensable pour sa création et qui réchauffe, nourrit, permet de fabriquer mais aussi brûle, détruit. Il est symbole de vie et de mort. Il est aussi celui qui permet la communion dans des rituels chamaniques, ou des fêtes. En témoigne son intervention réalisée en 2017 dans un village de Navarre comme une cérémonie ritualisée. Dans un village abandonné, en fouillant dans les ruines des maisons, elle a ramassé des tuiles, des morceaux de céramiques et les tessons trouvés. Puis elle a réalisé un immense four primitif dans la terre pour cuire ses morceaux trouvés dans des bâtons d’argile. Ce feu qui a brûlé toute la nuit pour la cuisson a permis le rassemblement de tous les villageois. Cette cérémonie autour du feu révèle le désir du collectif afin de convoquer la communion autour des disparus, d’une histoire, comme un rite chamanique.

Eprise de liberté, elle dénonce toutes les entraves. Avec la série Entraves, des chaines, des  colliers d’esclaves sont accrochés au mur comme les équipements dans une écurie et attendent le forçat ou l’esclave. Le paradoxe nait de la fragilité de la céramique blanche utilisée qui contraste avec la gravité du propos.

Dans ce premier étage qui lui est entièrement consacré, Rachel Labastie pointe du doigt la dualité incarnée dans la matière en transformation. Magie du feu, rituel sacré, bâtons de pèlerin, roue du destin, on a envie d’écouter ses histoires et de la suivre dans cette cérémonie qui réunit la communauté des humains.

BRIAN GRIFFIN
« BETWEEN HERE AND NOWHERE » Commissariat : Valentine Umansky

©-Brian-Griffin-Two-French-soldiers-2017-Production-Labanque
©-Brian-Griffin-Two-French-soldiers-2017-Production-Labanque

Brian Griffin, est un photographe né à Birmingham dans un milieu très populaire. Il a photographié le monde de l’entreprise lors de commandes puis a travaillé pour la presse : Time Magazine et The Observer Magazine. Ami de Martin Parr, fan de musique, il était notamment le grand portraitiste de la scène musicale des années 80. Paul Mc Cartney, Depeche Mode, R.E.M, Kate Bush, Elvis Costello ou Iggy pop sont passés sous son objectif. Le Guardian en 1989 prétendait qu’il était le photographe de la décennie. Depuis 2001, il a délassé les stars pour photographier le monde des travailleurs et poursuit de porter un regard de coté sur la société britannique. Nous avions pu voir il y a un mois quelques images lors de l’expo, proposée à Paris par Burberry, consacrée au « british way of life » et qui célébrait la photographie britannique.

Un physique à la Gabin au regard bleu perçant, une autorité et une tendresse à la fois, on décèle toujours un brin d’ironie dans l’œil du photographe animé par une classieuse irrévérence et une claire ambigüité. Un mélange de Ken Loach et de David Lynch.

L’exposition Between here and nowhere se développe sur plusieurs chapitres d’un récit qui nous entraîne au milieu des pommes de terre, dans le milieu ouvrier, des militaires… Bref une histoire inspirée par la région, le lieu, sa terre natale, une grande humanité et le plaisir de brouiller les pistes.

Inspirée par la terre de Béthune-Bruay dont il  a lu beaucoup d’ouvrages relatant son histoire et notamment pendant la première guerre mondiale. Il a ainsi trouvé que les champs de batailles sont devenus des champs de pommes de terre. Que se passe-t-il dans cette terre qui sert à nourrir les populations et qui contient en elle les morts des deux derniers conflits mondiaux, dont beaucoup de britanniques ? Pour Brian la région est importante dans l’histoire et en lien avec sa région d’origine. Les connexions se font également avec le monde ouvrier, dont il rend hommage dans une superbe série. Les ouvriers sont photographiés avec leurs outils dans des positions et attitudes dignes d’un magazine de mode. Il interroge l’homme face au postmodernisme avec des images énigmatiques qui rappellent un accident nucléaire, un feu d’artifice ou les représentations futuristes d’une dimension parallèle qu’il nous faudrait découvrir.  Avec la série des Somnambules il poursuit cette interrogation. Il y photographie des personnages arrêtés dans leur mouvement, les yeux fermés, dans les espaces vides d’une usine McCain, encore une référence aux pommes de terre. Avec un jeu de perspective imparable cette mise en scène donne une impression de rêve ou de cauchemar, un effet irréel dont la portée politique ne fait aucun doute. Un peu plus loin on retrouve des soldats et des pompiers, des morts sous des croix blanches, un jeune ouvrier couché au sol… autant de personnages qui semblent être les protagonistes d’une histoire dont seul Brian Griffin possède les clefs.

Tout ici dans cette déambulation est mystère, jeu de piste. Brian Griffin nous propose un jeu de Cluedo mené dans un esprit Twin Peak , pour son univers entre fiction et réalisme à la frontière fragmentée, complexe avec plusieurs lectures possibles. Il laisse ici et là quelques indices afin de nous permettre de reconstruire une histoire qui navigue entre fiction légère et réalité brute.

Brian Griffin préfère les chemins de traverse aux propositions trop littérales et rejette le concept de vérité absolue.

A LIRE : 
Lire aussi la première partie

by Patrice HUCHET

INFORMATIONS PRATIQUES
Pierre Ardouvin « Retour D’abyssinie »
Rachel Labastie « De L’apparence Des Choses, Chapitre Vi, Des Forces »
Brian Griffin « Between Here And Nowhere »
Du 17 mars au 15 juillet 2018
LABANQUE
44, place Georges Clémenceau
62400 BETHUNE
Ouvert tous les jours de 14h à 18h30
Fermé le 1er mai
http://www.lab-labanque.fr

Un, Deux, Trois… Labanque ! (1ère Part.)

Vue-de-lexposition-Retour-dAbyssinie-©-Marc-Domage
Vue de l’exposition-Retour d’Abyssinie-Pierre Ardouvin-LaBanque ©-Marc-Domage

Trois expositions, trois médiums, trois artistes ouvrent cette saison printanière de LaBanque à Béthune. Trois expositions qui, malgré des différences narratives, ont un point commun, l’entre-deux. Entre présence et absence avec un jeu d’espace temps pour Pierre Ardouvin. Entre force et fragilité pour Rachel Labastie. Entre ici et ailleurs, fiction et réalité pour Brian Griffin.

Du 17 mars au 15 juillet 2018, LaBanque, centre de production et de diffusion en arts visuels, installé comme son nom l’indique dans l’ancienne banque de France de Béthune, nous propose trois expositions monographiques qui sont le fruit de la rencontre entre des artistes, un territoire et un lieu.

Brian Griffin nous propose avec « Between here and nowhere » une aventure photographique et énigmatique dans ce territoire nordique où se mêlent les résidus des derniers conflits mondiaux, le peuple ouvrier et une terre agricole vouée à la pomme de terre.

Le lieu a inspiré à Pierre Ardouvin une installation géante qui nous invite dans une histoire totalement folle, inspirée de ses influences littéraires et références artistiques. « Retour d’Abyssinie » est une balade des profondeurs de la terre aux profondeurs de l’âme.

« De l’apparence des choses, Chapitre VI, Des Forces » de Rachel Labastie perturbe le champ de force tranquille des appartements bourgeois de la banque. Avec ses sculptures de terres molles, ses feux de terre cuite, ses avant-bras tendus par des sangles de déménageurs, elle convoque un certain nomadisme.

Ce jamais (entre)-deux sans trois expositions dense que nous propose LaBanque nous fait emprunter le chemin de contrebandiers côtier, de nos certitudes. Là où il n’y a pas qu’une seule vérité.

Je vous propose aujourd’hui un aperçu de l’exposition de Pierre Ardouvin et demain nous visiterons les expositions de Rachel Labastie et Brian Griffin.

PIERRE ARDOUVIN
« RETOUR D’ABYSSINIE »

Retour d’Abyssinie – Pierre Ardouvin – ADAGP

Fidèle à sa pratique Pierre Ardouvin dévoile la part cachée de nos fossiles culturels, de ce qui en eux « gît » de la mémoire collective et individuelle. Il en exprime les fantasmes, les souvenirs, les renoncements et les rêves avec mélancolie et humour au moyen de sculptures, d’installations, d’images retouchées et de dessins.

Pierre Ardouvin investit le grand plateau de Labanque ainsi que ses sous-sols. Lorsque l’on arrive sur le plateau, la première chose qui attire l’œil dans cette semi pénombre ce sont des bijoux de pacotille qui jonchent le sol ça et là. On a l’impression d’arriver après un casse où tout est parti en vrille, une espèce de « very bad trip » version braquage. Impression renforcée lorsque l’on prolonge le regard et que l’on aperçoit des pieds cachés derrière des rideaux épais aux imprimées de grottes.

Le parcours de l’exposition volontairement libre est sous la forme d’une déambulation. Les œuvres peuvent être vues comme un ensemble ou distinctes les unes des autres. Formant un tout dans une configuration éphémère liée au lieu et au temps de l’exposition, elles sont reliées entre elles par l’installation visuelle (les bijoux) et sonore Au réveil il était midi qui investit la totalité des espaces.

Au-delà de ces rideaux qui représentent des grottes, de la semi pénombre, des pierres précieuses au sol, nous prenons vite conscience que nous sommes finalement dans une caverne plus mystérieuse qu’elle n’y parait. Nous sommes entrainés dans les profondeurs de l’imaginaire et un jeu de présence /absence. Quelques détails confirment que l’histoire est plus complexe.

Retour d’Abyssinie – Pierre Ardouvin – ADAGP

Une réplique réalisée en imprimante 3D du Palais Idéal du Facteur Cheval trône sur une autre réplique, celle de la civière en bois dessinée par Rimbaud qui le transporta lors de son retour d’Abyssinie. Utopie en voyage ? Rimbaud et le Facteur Cheval ont créé des œuvres magistrales sans avoir voyagé. Rimbaud voyagera après avoir écrit son œuvre. Deux voyages intérieurs nés d’une fulgurance et d’un rêve d’ailleurs.

Juste en face un tapis représente le gouffre de Padirac, qui, vu de l’intérieur en contreplongée, s’ouvre sur le ciel. La perspective s’en trouve renversée. Depuis le plafond et jusqu’au sol pend une colonne de bijoux fantaisie prend des allures de corde pour s’échapper ou d’un geyser figé dans le temps. Tout cela nous entraine dans un rêve où se mêlent évasion et chute, angoisse et merveilleux. Nous sommes suspendus dans un espace temps indéfini.  Les repères sont tous modifiés, avec un effet d’ « upside-down » de deux mondes parallèles qui se font face. Les profondeurs de la terre face aux profondeurs intérieures.

Pierre Ardouvin est passionné de littérature de science fiction et il nous embarque pour un voyage dans les méandres de l’imaginaire et du rêve.  Cette vision à deux faces est poursuivie par les tableaux exposés dans la pièce d’à coté, la seule pièce vraiment éclairée de ce Retour d’Abyssinie. Cette série de tableaux composés de reproductions inversées de cartes postales des années 60 aux couleurs criardes reliées en elles par un jeu de peinture de l’artiste ; certaines sont pailletées à la manière des cartes de noël. Un assemblage proche de l’écriture automatique autour du thème du souvenir.

Dans la salle aux archives au sous sol nous sommes dans les enfers avec des éclairs lancés par un jeu de lampes stroboscopiques dont la forme d’éclairs reste gravée dans notre mémoire rétinienne. Toujours au sous sol, deux autres œuvres majeures de Pierre Ardouvin ont été réactivées pour l’occasion. Pour la première, nous entrons dans la reproduction d’une salle d’attente de médecin des années 60 qui, telle une tombe égyptienne, serait une pièce d’archéologie. La seconde, Les larmes de Oum Kalsoum, au centre d’une pièce, une fontaine réalisée avec une petite piscine pour enfant. Cette œuvre possède une dimension poétique et politique. L’eau chante en même temps que la voix envoutante d’Oum Kalsoum, un voyage qui nous emmène au Moyen Orient avec son rêve de liberté

.©-Pierre-Ardouvin-La-tête-en-bas-2017

Entre les bijoux, les souvenirs, les éclairs, les sculptures hommage à la science fiction et l’heroïc-fantasy dont l’artiste est fan, finalement ce voyage nous emmène dans l’univers créatif et fantastique de Pierre Ardouvin lui même. Un voyage étourdissant !

Rendez-vous demain pour la seconde partie de l’article.

INFORMATIONS PRATIQUES
Pierre Ardouvin « Retour D’abyssinie »
Rachel Labastie « De L’apparence Des Choses, Chapitre Vi, Des Forces »
Brian Griffin « Between Here And Nowhere »
Du 17 mars au 15 juillet 2018
LABANQUE
44, place Georges Clémenceau
62400 BETHUNE
Ouvert tous les jours de 14h à 18h30
Fermé le 1er mai
http://www.lab-labanque.fr

by Patrice HUCHET

Sculptures en majesté à Rennes

Présentée du 14 mars au 27 mai 2018 dans trois lieux de Rennes, au Frac Bretagne, au Musée des beaux-arts et à La Criée centre d’art contemporain, l’expo Sculpter (faire à l’atelier) présente l’atelier du sculpteur comme le lieu du faire, mais également comme celui de la pensée, de l’expérimentation et de la recherche.

2018, année folle pour l’art contemporain à Rennes. Elle vient de débuter par l’exposition Sculpter [faire à l’atelier], se poursuivra avec la Collection Pinault au Couvent des Jacobins et se terminera avec Les Ateliers de Rennes, sa biennale.

L’exposition Sculpter [faire à l’atelier] honore la main, le geste et met la fabrication au cœur du processus. Avec plus de 60 artistes âgés de 28 à 72 ans dont une bonne dizaine de bretons, l’exposition  montre, sans chronologie, les différentes évolutions de la pratique de la sculpture.  Une place importante est accordée à la matière qu’elle soit assemblée, déformée, composée ou recyclée.

Une exposition sans barrière qui  se développe sans discontinuité entre trois lieux : le Musée des Beaux Arts, le Frac Bretagne et la Criée, centre d’art contemporain.

Musée des beaux-Arts

Commençons par le Musée des Beaux Arts qui nous accueille avec un monumental Buste de Dewar et Gicquel. Une excellente entrée en matière que cette œuvre qui, avec ironie, et la représentation d’un banal pull torsadé en majesté, rend hommage à la sculpture classique. Un peu plus loin dans le patio du Musée, une énorme moissonneuse étonne par son réalisme et son incongruité dans un tel lieu. Elle moissonne, peut-être, ironiquement elle aussi, le « blé » spéculatif de l’art contemporain si souvent décrié. En tout cas, à coté un mur semble vampirisé par un virus ou plutôt par les plantes parasites de terre cuite de Christelle Familiari qui dialoguent avec notre punkette de l’art, Anita Molinero, qui a piégé dans ses filets des couvercles plastiques de poubelles fondus qui donnent l’impression de vouloir s’en échapper. On dirait une version plastifiée d’un fond marin habité, d’algues, d’anémones et de coraux rouges post-apocalyptiques.

De nombreuses œuvres  donnent à voir la multiplicité de l’art de la sculpture. Diversité de la narration, des propos, des formes et des matières qui toutes sont présentes : ciment, bois, plastique, tissus, métal, terre, et même la limaille de fer, mise en forme par la magie des aimants de Véronique Joumard.

La Criée, centre d’art contemporain

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Ce lieu dorénavant incontournable a choisi de mettre la fête au centre de sa thématique dans la cadre de cette exposition.  Avec notamment une auto-tamponneuse de Pierre Ardouvin qui fonctionne. Elle se trouve étrangement seule sur une petite piste, sur la bande son de Love me tender et sous le regard des dix sculptures de Clédat & Petitpierre, dont les têtes sont inspirées d’œuvres de Munch, Magritte… Ces personnages attendent tranquillement sur leur socle de prendre vie et d’être portées dans une parade mi-carnavalesque mi-funèbre. Cette parade est une vraie performance qui se déroulera dans les rues de Rennes accompagnée par un groupe de musiciens qui jouera le Boléro de Ravel.

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Autres œuvres autour de la performance, celles de Laurent Tixador qui témoigne de ces performances en les mettant en bouteille. Reprenant la représentation du bateau en bouteille qu’affectionnaient certains marins, Laurent Tixador raconte là aussi ces aventures vécues.

FRAC Bretagne

Au Frac, l’exposition investit trois salles du bâtiment construit par Odile Decq. Le panorama se poursuit avec notamment une œuvre qui interroge directement la sculpture et l’art de sculpter. Julien Dubuisson dans un jeu de construction très sophistiqué expose une œuvre composée de 18 éléments qui une fois assemblés représente une architecture, un négatif d’un salon victorien. Un grand nombre de ces éléments font directement référence à l’histoire de l’art en reprenant  notamment des miniaturisations d’une œuvre d’Henri Moore, du cube de Giacometti, et d’une tète antique des Cyclades. L’œuvre est présentée sous trois formes : démontées avec les pièces alignées sur une étagère, une version  assemblée et posée sur le sol, et enfin dans une vidéo où l’on voit une jeune fille tenter de résoudre ce subtil « Rubik’s Cube ». Bluffant !

Richard Fauguet joue aussi d’une certaine façon en réinterprétant un buffet en verre et silicone. Avec cette pièce hybride il fait télescoper l’histoire de l’art et l’art vernaculaire, l’art et l’artisanat. Dans ce jeu de représentation,  l’œuvre qui trône au pied de l’immense escalier, un double nœud rouge surdimensionné de Lilian Bourgeat joue sur les valeurs d’échelles.

L’exposition atteint des sommets au dernier étage du Frac avec une salle dans laquelle on entre immédiatement dans un univers de conte. Les animaux hybrides fantastiques de Laurent Le Deunff, nous font entrer dans un monde mystérieux.

Tout ici évoque magie, mystère, mondes parallèles, 3eme dimension. D’un coté de la pièce, des corps cachés sous des couvertures décorées de signes qui combinent des références du Bauhaus aux motifs des nations indiennes. Ces personnages de Virginie Barré dorment-ils ? Sont-ils en transe ? Se reposent-ils ?  A l’autre bout de la pièce, répondent 2 miroirs psychédéliques, déformés de François Feutrie évoqueraient bien des visions hallucinées sous drogue.

Entre les deux se jouerait-il le voyage dans les visions de ces personnages du départ ? Un voyage qui vous entraine au milieu d’une possible vision chamanique. Avec des animaux fantastiques et des paysages étranges, des formes hybrides, le tout mis en sonorité par deux œuvres l’une de Dominique Blais et l’autre de Patrice Carré. Au centre de la pièce, sur un archipel de rochers aux tons pastel, des mains sont posées parfois jointes ou se serrent. On se demande si elles sont les restes d’un immonde naufrage ou si elles façonnent le rocher. En tout cas une sorte de réparation semble en mouvement. Cet archipel côtoie un immense tapis de vagues sur lequel dansent des pieds blancs, fantômes de danseurs passés. En fait, il s’agit justement du théâtre d’une performance de danse qui sera jouée par un couple pendant l’exposition (quelques représentations). Une œuvre mystère dont la partition est cachée sous une de ses vagues ou de ses langues de tissus. C’est peut être la même chose ne dit-on pas sur une plage léchée par les vagues. Plus loin, un paysage délirant en faïence émaillée d’un bleu-vert tendre renvoie au péché originel  ou pourrait être la représentation du Pays des merveilles d’une Alice en plein rêve érotique.

L’ambiance tout entière de cette salle oscille entre bien-être, trouble, plénitude et ivresse. Il règne ici un parfum du Jardin des Délices de Jérôme Bosch. Fantastique !

Artistes :
Wilfrid Almendra, Pierre Ardouvin, Béatrice Balcou, Élisabeth Ballet, Davide Balula, Richard Baquié, Virginie Barré, Julien Berthier, Dominique Blais, Olivier Blanckart, Katinka Bock, Étienne Bossut, Lilian Bourgeat, Jean-Yves Brélivet, Patrice Carré, Stéphanie Cherpin, Clédat, & Petitpierre, John Cornu, Dewar et Gicquel, Julien Dubuisson, Laurent Duthion, Christelle Familiari, Richard Fauguet, Aurélie Ferruel et Florentine Guédon, François Feutrie, Adelaïde Feriot, Dominique Ghesquière, Célia Gondol, Séverine Hubard, Véronique Joumard, Pascal Jounier Trémelo, Pierre Labat, Guillaume Leblon, Laurent Le Deunff, Didier Marcel, Vincent Mauger, Théo Mercier, Anita Molinero, Richard Monnier, Benoît-Marie Moriceau, Samir Mougas, Patrick Neu, Gyan Panchal, Bruno Peinado, Francis Raynaud, Hugues Reip, Sylvie Réno, Pascal Rivet, Elsa Sahal, Ernesto Sartori, Elodie Seguin, Rika Tanaka, Eva Taulois, Stéphane Thidet, Laurent Tixador, Francisco Tropa, Morgane Tschiember, Sergio Verastegui, Marion Verboom, Jacques Vieille, Raphaël Zarka.

by Patrice HUCHET

INFORMATIONS PRATIQUES
Sculpter [faire à l’atelier]
Du 14 mars au 27 mai 2018
Frac Bretagne
19 avenue André Mussat – Rennes
Ouvert du mardi au dimanche de 12hà 19h
http://www.fracbretagne.fr
Musée des Beaux-Arts
20 quai Emile Zola – Rennes
Ouvert du mardi au vend. de 10h à 17h et sam. et dim. de 10hà 18h
http://www.mba.rennes.fr
La Criée centre d’art contemporain
Place Honoré Commeurec – Rennes
Ouvert du mardi au vend. de 12hà 19h et sam. et dim. de 14h à 19h
http://www.lacriee.org