Aurélie Dupont sublimée par Hiroshi Sugimoto

breathing

Proposée sur la 3e scène de l’Opéra de Paris, une nouvelle vidéo présente une Aurélie Dupont plus zen que jamais sous la caméra de Hiroshi Sugimoto

3e scène de l’Opéra de Paris : https://www.operadeparis.fr/3e-scene

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Baptiste Rabichon expose “A l’intérieur cet été”

17mBaptiste Rabichon nous embarque dans un conte d’été au beau milieu de l’hiver parisien à la galerie Paris-Beijing.

“A l’intérieur cet été” prolonge sa série “Dame de Coeur” présentée en mars 2018, en référence à la reine de Lewis Carroll, et parsème à son tour une multitude de clins d’œil au personnage d’Alice au pays des merveilles.

Baptiste_Rabichon_Netflix

L’exposition est introduite par deux nouvelles pièces qui n’ont rien à voir avec la série 17eme qui représente la colonne vertébrale du voyage proposé par Baptiste Rabichon. Révélant d’une certaine manière la fin d’un cycle et le début d’une nouvelle forme narrative, l’œuvre qui nous accueille intitulée Netflix recèle déjà tous les éléments d’une narration beaucoup plus intimiste, elle compile des fragments de vie avec une forme de composition plus complexe. Elle se traduit comme une double invitation : celle de l’exposition en cours et celle de susciter déjà le désir pour la prochaine. Le Lunettier, la seconde œuvre à ouvrir l’exposition, est clairement une invitation à changer notre angle de vue et à passer dans une dimension différente comme l’à fait Alice en entrant dans le Pays des merveilles.

Le voyage proposé est dans un monde estival au milieu des fleurs où apparait et disparait le corps d’une femme dénudée. Dans cet éden, nous partageons la taille de cette « Eve » qui a la même échelle que nous. Ici, ce sont les fleurs et les végétaux qui sont géants et créent un couloir trans-dimensionnel composé d’une quinzaine d’œuvres.

Comme un artisan, Baptiste Rabichon compose par couches successives utilisant toutes les techniques anciennes et modernes de la photographie. Comme un alchimiste, il expérimente de nouvelles manières de produire des images, mêlant analogique et numérique, alternant tirages, photogrammes, caches ou projections directes de fleurs naviguant ainsi de la chambre noire à l’écran d’ordinateur. Ce travail qu’il réalise dans le noir absolu implique une grande concentration et laisse, malgré tout, une part au hasard et à l’accident, ce qui confère aux œuvres une dimension fantastique.

Avec ces mille feuilles photographiques, Baptiste Rabichon crée une jungle florale dans laquelle le personnage fait corps avec la nature retrouvant ainsi l’harmonie et sa pleine vitalité. Mais au-delà, les œuvres exposées révèlent une friction entre négatif et positif, entre photographie et peinture et invitent le visiteur dans une odyssée entre réalité et fiction.
Un hymne à la nature, au paradis perdu !

Baptiste Rabichon
A l’intérieur cet été
24 janvier – 02 mars 2019

Galerie Paris-Beijing
62 rue de Turbigo 75003 Paris
http://www.galerieparisbeijing.com

Peter Kim expose à la galerie Imane Farès

davPour sa première exposition personnelle à Paris “SEA OF HUMANITY”, Peter Kim présente un large échantillon de sa pratique artistique avec des peintures, de nombreux croquis qu’il dessine chaque jour, des sculptures, ou encore en vidéo et nous propose de naviguer entre rêve et réalité.

C’est à Marseille, port sur la méditerranée et ville de migration, que naît sa première révélation, la vision infernale des peuples en fuite. La prépondérance de la mer, des gens qui la traversent, et y voyagent. Se détachant de son enseignement académique en Corée, la peinture de Peter Kim devient plus abstraite, mais surtout sérielle. Peter Kim peint non seulement des personnes mais surtout le passage du temps, le passage entre deux espaces, le passage comme allégorie.

Dans l’œuvre de Kim, l’eau est un symbole important.  Comme vecteur de passage, comme élément de liberté, rien ne l’arrête, comme symbole de vie et de fraternité, quatre-vingt pour cent d’eau constitue l’homme. Elle est symbole d’égalité en tant que ressource essentielle pour la survie de l’humanité. Elle représente l’harmonie entre la nature et l’humanité. Malgré son idéalisation l’eau s’avère pourtant objet de malheur, elle peut se déchaîner, tout balayer. Des eaux calmes côtoient des eaux menaçantes sur lesquelles des hommes naviguent, immobiles, emplissent tout l’espace de la galerie Imane Farès.

Ce qui frappe d’emblée c’est le parti pris graphique ; l’homme apparait semblable à la vague, l’eau et les humains se confondent, l’eau permet de faire le lien entre plusieurs univers tout en effaçant les limites et les repères. Les formes humaines qui apparaissent semblent nues,  tout se confond. Est-ce un passage qui est représenté ? Est-ce le débarquement de réfugiés ou de migrants ? Est- une scène de pêche, de récolte d’algues terrestre ? Est-ce un rituel, un baptême, une purification … ? Symboles de nourritures terrestres ou spirituelles.

La frontière est ténue entre la quiétude et le tragique. Les migrants dont le voyage est contraint et volontaire, imprégné de rêves de liberté et de tranquillité, fantasmé et certainement redoutés aussi, doivent nous toucher et nous interpeler, nous toucher dans notre condition de citoyen.

L’exposition présente également une série de sculptures. Combinant des récipients, des contenants assemblés et recouverts d’une bande, comme emmaillotés, ils prennent soudain des allures de sculptures abstraites. Le bol est hyper représenté dans toute l’exposition. Mais est-ce un bol ? Pas seulement. Peter Kim donne un sens plus profond à ses bols : « Le bol permet à chacun de réfléchir sur lui-même. » L’artiste est aussi écrivain, son livre, « Mon Combat », dénonce la technicité du monde détruisant l’humain. La société moderne est le monde du chacun pour soi, il n’y a plus de relations entre les gens. L’artiste nous entraîne dans son monde où le rêve est permanent.

L’exposition se poursuit avec une série de dessins. Il travaille essentiellement le trait et le point de manière répétitive, sans viser l’efficacité de la première perception. Bien au contraire, il tend à révéler ce que le temps, les souvenirs, la mémoire et la contemplation peuvent offrir. Dans les peintures présentées dans l’exposition, les lignes s’enchevêtrent pour ne former qu’une masse dense ayant pour résultat une forme de récipient semblant flotter au milieu de nulle part. Au sous-sol de la galerie, un film sous forme d’un triptyque rappelle beaucoup le travail de l’artiste turc Ali Kazma.

Peter Kim aspire à créer une esthétique plus discrète que l’eau purifierait et qui traduit la volonté de l’artiste de naviguer entre deux cultures antagonistes avec une œuvre qui navigue en permanence entre rêve et réalité.

 

Sea of Humanity, Peter Kim

Jusqu’au 16 février

Galerie Imane Farès

41 rue Mazarine

75006 Paris

John Latham: “Fabriques de Contre-Savoirs” au Frac Lorraine

John Latham Tunnel Piece PhD for Dogs 1998_ Photo Fred Dott
John Latham Tunnel Piece PhD for Dogs 1998_ Photo Fred Dott

Fabriques de Contre-Savoirs est une exposition collective, un dialogue autour du travail de John Latham, avec des artistes d’horizons et générations différentes. Chacun dans sa pratique, questionne la diffusion de la connaissance et fait écho à la démarche propre à l’artiste conceptuel britannique mort en 2006.

Mais qui est donc John Latham ?

Artiste conceptuel britannique né en 1921, John Latham étudie au Chelsea College of Art and Design (anciennement Chelsea School of Art) puis enseigne à la célèbre à la St-Martins School of Art de Londres. Alors qu’il débute son parcours artistique avec la peinture au pistolet et réalise des pulvérisations, il est très vite influencé par l’art performatif et participe en 1966 au « Symposium sur la destruction dans l’art » au coté d’artistes du mouvement Fluxus. A cette période, il emprunte à l’école d’art où il enseigne l’ouvrage «  Art and Culture » de Clement Greenberg et invite ses étudiants à le mâcher puis à le cracher dans une fiole lors d’une performance intitulée «  Spit and Chew » (cracher et mâcher).Un long processus chimique de transformation s’ensuit pendant un an avant que l’ouvrage ne soit rendu à l’école sous forme liquide qualifiée d’«Essence de Greenberg». Dans ce même esprit, il enferme dans des colonnes de verre des fragments de théorèmes.

Sa pratique se développe et s’inscrit dans une cosmologie qui engloberait toutes les disciplines pour dépasser la dualité, pratiquer l’auto-contradiction et les associations d’idées, parfois incongrues, et qui passent outre les catégories classiques de l’art. Il remet en question les structures traditionnelles de l’art, de la science et de la philosophie. Son œuvre est liée à une théorie de l’art comme mode de connaissance, et insiste sur le caractère essentiellement transitoire des réalités matérielles. Artiste clivant, il sera considéré par certains comme un mystificateur et regardé comme un génie par d’autres.

La question des savoirs, un sujet d’actualité

En cette période, où se confondent de plus de plus l’opinion et le savoir, où la notion de vérité est véritablement interrogée notamment avec la profusion des « fake news » ou de ce que l’une des porte-paroles de Trump, prise en flagrant délit de mensonge, invoquait comme vérité «alternative».  Big Brother, dans le roman de George Orwell, ne réécrivait- il pas l’histoire et réduisait le langage à sa plus simple expression en « novlangue » afin de mieux dominer le savoir et l’information. Les savoirs historiques, scientifiques, sont remis en question actuellement par certains politiques, certaines religions, et même par certains courants scientifiques eux-mêmes. Pour John Latham la connaissance est formatée et diffusée par les différents pouvoirs en place, délaissant une possibilité de contre-savoirs. Entre tout noir ou tout blanc, John Latham s’autorise des nuances grises sur ses questionnements, n’hésitant à pratiquer la contradiction. On voit donc la frontière ténue qu’il peut y avoir entre réflexion et  dénonciation du formatage et la diffusion des savoirs avec une utilisation délibérée de désinformation à des fins autoritaires. L’anticonformisme de Latham l’amènerait plutôt vers la première position et le questionnement.

Le travail hétérogène de John Latham se matérialise à la fois sous la forme de sculptures, écrits théoriques, performances, peinture, projets pour l’espace public… C’est ce fil conducteur de l’exposition, entre John Latham et les artistes invités.

Une exposition bavarde qui implique le visiteur.

Est-ce une œuvre d’art ? Est-ce un élément de projet ? Est-ce l’idée d’un projet ?

John Latham, dont le travail n’a jamais été présenté en France, ne fait pas la différence. Il ne met pas de frontière entre l’art et les sciences par exemple. Son œuvre est diversifiée, contradictoire, confuse comme la toile d’une araignée qui aurait pris des stupéfiants.

Il a souvent travaillé sur et à partir des livres qu’il découpe, assemble, dissèque non sans humour. Pour lui tous les réceptacles et diffuseurs de savoirs sont des matières premières, que ce soit les livres, les documentaires, la vidéo, la télévision, les études scientifiques…

L’exposition met en miroir sa pratique avec celle des artistes plus jeunes qui ont la même démarche que lui. La multiplicité des œuvres choisies et réunies par ces artistes, permet d’appréhender la complexité de ce personnage controversé, les paradoxes entourant son travail et l’humour qui peut s’en dégager.

Par exemple, Jay Chung & Q. Takeki Maeda nous propose de réunir une série de photographies prises par Teruo Nishiyama, un métallurgiste passionné par l’art, qui avait décidé de documenter la vie artistique de Tokyo entre les années 1964 et 1968. Les images ainsi réunies produisent indirectement  un portrait de cet homme et de son regard sur l’art. Œuvre ? Documentaire ? Portrait ? Art ? Les frontières n’existent plus.

La graphiste Sheila Levrant a décidé de suivre les conférences d’Aspen en 1971, un événement qui permettaient de réfléchir sur les liens entre design et écologie, et de rendre compte de la diversité de points de vue les participants. Sa mise en forme libre et influencée par son métier, propose un compte-rendu qui devient œuvre textuelle et graphique à la fois. Alex Martinis Roe construit, dans sa vidéo qui rassemble les voix et expériences de plusieurs femmes autour de l’héritage de mai 68, une juxtaposition de générations qui interroge la possibilité même de la transmission généalogique.

vue del'exposition

Toute l’exposition propose ainsi une déambulation entre des œuvres qui interrogent les rapports humains que la transmission de connaissances construit. Les artistes s’approprient les formes qu’elle produit: photographies, vidéos, analyses sociologiques ou scientifiques, livres, journaux, photocopieur, affiches, fax… Elle met en évidence ou activer des processus qui cherchent à dépasser la division classique entre savoir et expérience, entre enseignement et pratique. Les œuvres soulignent l’impossibilité d’une transmission objective et incitent à la production d’outils de partage critiques face aux normes du savoir.

 

Fabriques de Contre-Savoirs

9 novembre 2018 – 10 février 2019

49 Nord 6 Est – Frac Lorraine

1bis, rue des Trinitaines

57000 Metz

www.fraclorraine.org

Le cocktail sensoriel de Catherine Gfeller à la galerie RX

Catherine Gfeller New York 1
Catherine Gfeller – New York

La galerie RX présente les visions kaléidoscopiques de Catherine Gfeller dans les mégalopoles. China Drinftings” est une vibrante pulsation des villes avec l’humanité en ombre chinoise.

Depuis trente ans, Catherine Gfeller développe une pratique qui entremêle photographies, vidéos et installations sonores et dans lesquelles la femme et la ville tiennent une place prépondérante. Avec une énergie communicative, elle traduit par ses compositions, obtenues par montages, superpositions et collages successifs, un univers à la fois proche et éloigné de la réalité.

La première salle que lui consacre la galerie RX présente une série produite de 2001 à 2006 à New York. Ses multi-compositions montées comme un travail séquentiel témoignent de l’effervescence pulsatoire d’une foule urbaine dans les rues de New York. Les passants viennent à l’infini, certains au rythme lent, d’autres speed, fondus avec ceux encore qui prennent le temps de s’arrêter. Une réalité que Catherine Gfeller capte et réinterprète à la manière d’un rêve urbain.

 

Sa démarche nait du cinéma, elle pose sa caméra dans la rue et capte la pulsation de la ville. Ensuite de retour chez elle, dans une deuxième phase de travail, elle fouille dans la multitude d’images vidéos et sélectionne après un long éditing des arrêts sur image qui vont fournir la matière première de ces compositions. Elle combine ainsi la technique du montage cinématographique, celle du « sandwich » photographique et celle du collage. L’artiste se transforme alors en compositrice pour traduire non seulement ce qu’elle a vu, mais aussi entendu et ressenti. L’exploration du réel prend alors divers chemins de traverse dans laquelle la dimension immersive demeure fondamentale. Aller à la dérive, se perdre dans les rues, autant de manières de laisser la ville nous réinventer.  Tout un cocktail sensoriel.

Catherine Gfeller China Driftings 5
Catherine Gfeller – China Driftings

Dans la grande salle, la dernière série, Dérives chinoises, évoque tout à la fois l’envie de découvrir, de sentir et de s’affranchir de ses propres émotions. Catherine Gfeller retrouve dans les mégapoles chinoises l’effervescence de New York avec une fascination particulière, liée à la perte de repères, aux codes de vie différents et à une énergie excitante qui réveillent en elle ses instincts et tous ses sens.

Catherine Gfeller China Driftings
Catherine Gfeller – China Driftings

Reprenant le motif humain en ombre chinoise, la différence de regard entre les deux séries est pourtant étonnante. Alors que dans la série New York, ville où l’individualisme occidental règne en maitre, l’humain se détache en foule. Dans les mégapoles du pays du milieu, où le collectivisme s’est longtemps imposé comme doctrine majeure, la figure humaine apparaît comme un personnage féminin fictif, une sorte de double ludique et poétique.

Les formats panoramiques sont comme des frises, des plans séquences de films où cette figure devient le trait d’union entre la nature ou la ville et les humains, une version asiatique et féminine de l’ange gardien qui rappelle les anges des « Ailes du désir » de Wim Wenders, autre référence cinématographique. Dans cette série, la frénésie initiale semble s’être apaisée.

 

Dans le film « Woman Night », des femmes contactées par Catherine Gfeller se promènent dans leur ville. De dos ou de profil, les yeux fermés, elles racontent le quartier qu’elle chérisse.  Catherine Gfeller y mêle ses propres interprétations et crée ses propres narrations inspirées à ses intuitions, ses ressentis, lus en voix off. Ces séquences deviennent ainsi les portraits « déguisés » de ces femmes.

Catherine Gfeller dit photographier la ville plus vite que son ombre, chinoise certainement.

 


Catherine Gfeller, artiste plasticienne suisse, vit et travaille à Paris ainsi que dans le Sud de la France. Après un Master en histoire de l’art et un CAPES, elle développe son activité artistique à New York où elle vit 5 ans. Elle s’installe à Paris en 1999 et obtient le prix de la Fondation HSBC pour la Photographie. Depuis 1988, son travail a été exposé en France et dans de nombreux pays, notamment au Crac de Sète, au Kunstmuseum de Lucerne, au Musée de l’Élysée à Lausanne, au W.A.M.de Johannesburg, au Musée d’Art de Guangzhou (Chine), au Musée National de Kiev (Ukraine) et au Centre Culturel suisse de Paris.

 

CHINA DRIFTINGS de Catherine Gfeller

1er décembre 2018 – 10 janvier 2019

Commissaire : Béatrice Andrieux

Galerie RX

16 rue des Quatre Fils

75003 Paris

www.galerierx.com

Galeristes, l’art de la convivialité

Pour sa troisième édition ce week-end au Carreau du Temple, GALERISTES, salon imaginé par et pour des collectionneurs confirme sa place de foire d’art contemporain conviviale et accessible.

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vue générale de GALERISTES

Galeriste, salon à taille humaine, privilégie l’échange avec les galeristes et les artistes, une convivialité renforcée par le parti pris scénographique.

Bouleversant les codes classiques des foires des stands «white cubes » fermés, GALERISTES invite à la déambulation dans un espace ouvert habillé de structures métalliques rappelant les réserves des musées. Les tiroirs et les racks à tableaux regorgent de surprises, ils poussent et incitent le visiteur à la curiosité et à l’échange. La trentaine de galeristes attachés à la notion de passeurs de leur métier présente la création vivante dans toute sa diversité.

Quelques pépites se révèlent au cours de cette promenade artistique. La galerie Provost Hacker présente un céramiste Davide Monaldi qui reproduit des objets simples et délicats comme ces copeaux de taille de crayons de couleurs, un tas d’élastiques… Elle propose également les peintures hyper réalistes d’Adrien Belgrand aux allures de photographies. Dans le même esprit, Katarzyna Wiesiotek (galerie Eric Dupont), jeune étudiante aux Beaux Arts de Paris propose des portraits réalisés à la poudre de fusain, des reproductions de photographies plus vraies que nature. Les ombres sont douces et délicates. Le grain de la peau sublimé par cette poudre.

La galerie Sator présente une belle sélection d’œuvres de Raphaël Denis. En 2015, l’artiste commence un travail autour des tableaux spoliés et d’œuvres détruites par les nazis. Il proposait alors des cadres brûlés sur lesquels « résistait » le nom des œuvres détruites.  Il le décline autour des autodafés et présente aujourd’hui une bibliothèque brûlée, une œuvre sombre mais dont la beauté plastique est étonnante. Poursuivant son sujet autour des guerres, il montre également des mini bunkers, témoins de guerre, qui s’effondrent, des haches de guerres cassées et enterrées… Le tout présenté dans une scénographie remarquable.

Raphaël Denis - courtesy Galerie Sator
Raphaël Denis – courtesy Galerie Sator

Le plus spectaculaire est proposé par la galerie Eric Mouchet qui présente un duo show avec deux artistes émergents. Samir Mougas propose une série de sculptures et de sérigraphies sur matériaux de piscine. Les sculptures sont des éléments de piscine bleue découpée rehaussées de pièces noires, des réservoirs d’essence d’engins motorisés. Cette série évoque les problématiques de surconsommation d’eau et d’énergie fossile. L’autre artiste quant à elle, Capucine Vever ,s’intéresse à la mobilité du pôle magnétique. Elle tente ainsi de redonner consistance à ce territoire invisible défini par le déplacement de pôle magnétique. Les œuvres sont réalisées avec des pièces d’acier magnétiques agrégées en forme d’aiguille géante comme des pendules. Autre œuvre monumentale, cette énorme boule de paille de fer qui symbolise les roses de Jéricho, ces plantes du désert qui passent la longue saison sèche sous la forme d’un buisson desséché qui reverdit au contact de l’eau. La légende dit qu’elles se détachent et se laissent balloter par les vents jusqu’à trouver un terrain propice pour replanter ses racines au contact de l’eau.

GALERISTES

30 nov – 2 déc 2018

Le Carreau du Temple

4 rue Eugène Spuller

75003 Paris

Still, une exposition dans la quiétude des Lumières nordiques au MuMa-Le Havre

Trine-Sondergaard_Guldnakke4
Trine-Sondergaard_Guldnakke 4

L’exposition Still de Trine Søndergaard est le dernier volet de Lumières Nordiques, un parcours photographique qui s’est déployé en Normandie et conçu comme une invitation à la découverte de la photographie nordique (Finlande, Islande, Suède, Norvège, Danemark).
Ce parcours, qui a débuté au printemps dernier, se termine au Musée d’art moderne André Malraux – Le Havre. Le MuMa réunit deux séries photographiques de Trine Søndergaard : Interior (2008-2012) et Guldnakke (2012-2013). Cet ensemble d’une trentaine de pièces résonnent avec un tableau du peintre danois Wilhelm Hammershøi dont l’œuvre a fortement inspiré le travail de cette photographe danoise.

L’exposition débute précisément par une œuvre de Hammershøi , Intérieur, Strandgade, 30 (1904) prêtée par le musée d’Orsay. Artiste redécouvert dans les années 1990, Wilhelm Hammershøi peignait des tableaux d’intérieurs énigmatiques représentant des pièces souvent vides, parfois habitées par des personnages féminins souvent vus de dos, tournés vers des murs clairs et nus, qui semblent perdus dans une profonde réflexion. Réalisés dans une gamme de tons de gris, de brun très restreinte ou de blanc, ses paysages intérieurs baignent dans une atmosphère étrange, irréelle, dénuée de toute action ou d’anecdote.

Trine Søndergaard aime les liens entre art ancien et art contemporain, entre peinture et photographie. Dans sa série photographique Interior, elle reprend le même protocole que celui d’Hammershøi. Elle a réalisé des prises de vue dans des pièces de manoirs danois inhabités. Des espaces aux géométries rigoureuses animées par des enfilades de pièces, de portes, de fenêtres, seulement habités par les ombres et une lumière extérieure naturelle, mais dans lesquels semblent persister l’ombre de leurs anciens propriétaires. Les teintes et les lignes n’ont aucune fantaisie et nous plongent dans un univers très luthérien où règne encore une atmosphère étrange.

L’effet d’étrangeté est renforcé par un face à face, au sens littéral du terme, de ces paysages intérieurs avec une série de portraits de femme de dos, encore une référence à l’œuvre de Wilhelm Hammershøi. Cette série intitulée Guldnakke représente des femmes de dos en gros plan portant d’anciennes coiffes danoises brodées aux fils d’or ou d’argent. Ces coiffes étaient portées au milieu du XIXe siècle par les femmes de riches fermiers. Elles constituaient une marque d’appartenance à une classe sociale.
Inspirés par les grands portraitistes flamands, ces portraits sur un fond brun sont toutefois inversés. Ces femmes donnent à voir, avec une coiffe brodée, la personnalité d’un personnage d’un autre temps. Elles sont toutes empreintes d’une certaine nostalgie, d’un abandon, d’une solitude. Des femmes, plutôt jeunes, qui regardent toutes vers le bas comme triste. Bien sûr ces coiffes richement décorées tranchent avec l’apparente neutralité et monochromie de ces intérieurs austères auxquels elles font face. Cette nostalgie d’un passé figé est perturbée par les tenues des femmes qui portent des vêtements ou des parures de notre époque.

Trine Søndergaard joue avec une grande maîtrise des antagonismes. Renforçant la rigueur et l’austérité de ces espaces avec ses cadrages et de grands formats carrés, elle s’efforce d’adoucir son sujet avec des lumières naturelles, une mise en scène et un grain à ses images qui apporte un velouté à tous ces paysages intérieurs.

Vilhelm-Hammershoi
Vilhelm-Hammershoi

Le titre Still fait référence au calme, la tranquillité, la quiétude. Ces deux séries évoquent chacune de leur coté cette impression, ensemble, mêlées elles racontent une histoire plus complexe. Le temps semble s’être effectivement arrêté, les pièces sont vides, et pourtant les portes ouvertes nous entrainent tranquillement vers une histoire en train de s’écrire devant nous et que l’on peut imaginer comme un hommage à un passé glorieux. En face, ces femmes semblent tourner le dos à cette austérité et reprendre le fil (doré) de leur vie. Des fantômes qui auraient occupés ces lieux, libérés, échappés d’un carcan d’une société rigide symbolisés par ses coiffes réalisées par d’habiles couturières qui furent les premiers exemples de femmes indépendantes qui, par leur travail, ont su subvenir aux besoins de leur famille.
Trine Søndergaard nous invite ainsi, en toute quiétude, à tisser les histoires que nos paysages intérieurs peuvent imaginer dans un face à face avec nous même.

Commissariat Gabriel Bauret

Trine Søndergaard  – Still

du 13 octobre 2018 au 27 janvier 2019

 

INFORMATIONS PRATIQUES

MuMa

Musée d’art moderne André Malraux – Le Havre

2 boulevard Clémenceau

76600 Le Havre

http://www.muma-lehavre.fr

Je m’appelle Cortana, une expo textuellement vôtre !

 Je m’appelle Cortana de Sylvie Fanchon au Frac Franche-Comté de Besançon propose un dialogue entre les œuvres de Sylvie Fanchon avec les œuvres des deux Frac Bourgogne-Franche-Comté.

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Sylvie Fanchon, Bonjour je m’appelle Cortana

A travers une pratique aisément identifiable Sylvie Fanchon peint avec un protocole récurrent : économie de moyen, bichromie, planéité, schématisation… Avec des formes simplifiées en aplat elle crée un alphabet d’icônes proches de la signalétique ou du logotype, sans expressivité apparente. Elle intègre petit à petit le texte pour la seule beauté plastique des lettres reprenant là encore des typographies les plus neutres possibles. A partir de 2014, avec sa série Tableaux scotch, Sylvie Fanchon expérimente une nouvelle technique en appliquant sur sa toile une première couche sur laquelle elle appose des bandes adhésives avant de recouvrir l’ensemble d’une seconde couleur. Une fois les scotchs arrachés, les motifs apparaissent en réserve, instaurant une relation troublante entre la forme et le fond. La lettre qui apparaissait de façon sporadique se fait de plus en plus présente dans son travail.

« J’ai toujours envisagé le tableau comme un lieu de pensée. Cette pensée est spécifiquement plastique… La peinture se résume à un constat simple : quoi peindre et comment peindre » dit-elle paraphrasant dans la seconde partie Gerhard Richter. Sylvie fanchon interroge le monde, le monde de l’art et le médium, aujourd’hui elle travaille principalement par empreintes, utilisant les scotchs, les lettres et les pochoirs. Cette pratique prend une dimension importante au point de quitter la toile pour s’exprimer sur des murs entiers notamment avec sa série SF comme on a pu le voir encore récemment avec SagesFemmes au MacVal de Vitry sur Seine.

Les mots choisis par Sylvie Fanchon sont empruntés à notre environnement. Dans le cas de l’exposition présentée au Frac Franche-Comté, il s’agit d’une rencontre étrange avec une voix synthétique qui s’est présentée sous le nom de Cortana. Suite à la perte de son téléphone, Sylvie Fanchon rachète un mobile et c’est alors qu’elle entend la voix de Cortana, l’assistant personnel de recherche crée par Microsoft. Cet assistant peut fournir à son utilisateur des suggestions et des rappels tout en se basant sur les données personnelles récoltées par Microsoft. Sylvie Fanchon reprend donc les messages et phrases émises par Cortana révélant l’étrangeté, l’incongruité de cette intrusion, et finalement une certaine vacuité de notre nouveau monde numérique imprégné d’intelligence artificielle incapable de compréhension de sens. Elle dénonce en même temps la pseudo convivialité de Cortana dont la fonction première est de récolter des informations privées dans un but d’instrumentalisation de ces données à des fins commerciales et autres…

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Les phrases de Cortana sont réduites à de simples formes, à de simples codes, dans le même esprit que les schémas des débuts de Sylvie Fanchon. Les mots s’enchainent sans espaces, sans ponctuation. Les lettres sans accent sont collées les unes aux autres et sont en partie occultées par des déchirures des scotchs donnant au texte une construction géométrique. Elle cherche à entraver la lecture, de façon à ce que le regardeur perçoive d’abord l’ensemble de l’œuvre comme une peinture, et que la lecture vienne dans un second temps. Dans certaines de ses toiles, avec une certaine ironie, elle mêle à ses textes des personnages de bande dessinée, notamment le coyote de Tex Avery, renforçant la dimension humoristique. Elle poursuit sa démarche de perturbation en salissant certaines parties de la toile. Dans cette succession de phrases qui se veulent conviviales, comme des invitations à la cordialité, et qui finalement s’avèrent intrusives, des immiscions dans la vie privée, Sylvie fanchon parvient avec un brin d’insolence à dénoncer toute forme d’autorité, de hiérarchies dans ses références, qu’elles soient issues de la bande dessinée, du cinéma, de la littérature.

Dans cette exposition se succèdent des toiles et des muraux. Ces fameux muraux dont les scotchs sont déchirés à la main afin d’apporter une dynamique plus importante. Ces grandes bandes inclinées dans lesquelles se distingue un texte horizontal, s’accordent avec l’architecture. « Alors que le tableau convoque l’échelle du corps dans une discussion d’homme à homme, en travaillant à l’échelle des murs cela me permet de prendre l’espace à bras-le-corps, et d’en souligner la monumentalité. » précise Sylvie Fanchon. Cette alternance de toiles et de muraux est mise en dialogue avec des œuvres des Frac Bourgogne-Franche-Comté. « Les œuvres choisies font référence à l’écriture, elles interpellent le spectateur sur un mode transgressif. Elles désacralisent nos grandes idées sur l’art et font vaciller nos certitudes, pointent les dérives autoritaire de nos société et de certains de nos comportements. Animées d’un humour grinçant corrosif, et pratiquant l’autodérision, elles interrogent nos notions de bon ou de mauvais goût. » souligne-elle.

Ce qui rapproche toutes ses œuvres entre elles et avec l’ensemble de Cortana, c’est qu’elles s’adressent sur un mode impératif, très direct au regardeur comme une injonction. Par exemple, dans la première salle Remember what is missing (2016) de Marco Godinho, est une œuvre au sol avec un texte en réserve sur un rectangle de sable. Ou encore avec deux œuvres d’Amikam Toren : deux toiles achetées dans une brocante représentant des paysages paisibles dignes d’une boîte de chocolats de Noël, dans lesquelles il a découpé une phrase nous rappelant que nous sommes surveillés, que notre liberté est une illusion. L’opposition est saisissante.

Dans une salle suivante c’est avec Hommage à Emile Coué d’Alain Séchas (2006), une œuvre cinétique et sonore qui hypnotise le visiteur en lui répétant inlassablement que tout va bien. Elle résume assez bien l’art de Sylvie fanchon ; œuvre graphique dans laquelle on peut imaginer un personnage de cartoon en la personne de Mickey, œuvre répétitive avec des mots qui, décontextualisés, perdent leur force. L’œuvre Fixer de Richard Baquié dont le mot est réalisé comme une structure d’architecture métallique devant une photographie de paysage. Elle montre à la fois l’archéologie de la fabrication de l’œuvre, le faire est apparent et dont les diagonales résonnent particulièrement avec les muraux de Sylvie Fanchon.

Sylvie Fanchon_The Strange Woman

Tout au long du parcours des œuvres majeures de Thomas Ruff, Alfred Courmes, Corinne Marchetti, Annette Messager, Ugo Rondinone… viennent ainsi ponctuer ou souligner les mots de Sylvie Fanchon. L’exposition se termine par des phrases telles que : Désolé je n’ai rien entendu ou je suis désolé je n’ai compris, sur fond noir comme un faire-part de décès, qui concrétisent l’échec total de Cortana et donnent un point final à cette promenade textuelle et visuelle où l’ironie mêlée au sens critique nous renvoie au tragico-comique de notre époque. L’artiste restant maitresse de son destin et ne cédant pas à l’inclination de cette pseudo modernité s’est empressé de déconnecter Cortana.

Sylvie Fanchon
« Je m’appelle Cortana »
Un dialogue avec les collections des deux Frac Bourgogne-Franche-Comté
Du 21 octobre 2018 au 13 janvier 2019

FRAC Franche-Comté
Cité des arts
2, passage des arts
25000 Besançon
http://www.frac-franche-comte.fr

Paris Photo, pari tenu

Une belle édition pour cet incontournable rendez-vous de la photographie sous la verrière du Grand Palais.

 

Paris Photo - Grand Palais
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Alors que le rideau vient de tomber sur l’édition 2018 de Paris Photo, revenons sur ce cru d’excellente qualité dans lequel se côtoyaient, dans un merveilleux jeu d’équilibriste, la photographie iconique avec ses plus grands représentants comme Henri Cartier-Bresson, Lartigue, Brassaï, les grands autoportraitistes Cindy Sherman, Andy Warhol, Michel Journiac en tête, les photographes de mode de Richard Avedon à Erik Madigan Heck (Christophe Guye galerie), la photo reportage avec notamment le sujet sur la Russie de Dmitry Markov ou encore certaines images qui documentent des performances comme celles de Prune Nourry ou Philippe Grollier et enfin la photographie plasticienne. Où se côtoient également toutes les techniques ; cyanotypes, impressions sur verre ou plaque d’aluminium, collages, et même tissages avec une photographie métissée de broderie, de peinture, de dessin, ou encore des photographies mises en scène en sculptures ou installations. L’excentricité n’est peut pas aussi présente que les fois précédentes, pas de trucs révolutionnaires, mais une mixité tellement bien dosée qu’il y avait une grande cohérence dans cette édition 2018.

Une photographie sous influence

Il est à remarquer une tendance de plus en plus forte comme une sorte d’hommage à la peinture classique et moderne. Ainsi, de nombreux artistes comme Sabine Pigalle (galerie RX), Trine Søndergaard (galerie Bruce Silverstein) dont on peut voir actuellement une très belle exposition au MuMa du Havre, ou encore Christian Tagliavini (Camera Work) pour ne citer qu’eux, revisitent, chacun à sa manière, la peinture flamande avec de grands portraits aux jeux de lumière très élaborés. Sabine Pigalle notamment nous embarque dans des scènes à la Vermeer avec une infinie délicatesse de composition et d’éclairage.

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Sabine Pigalle

Baptiste Rabichon (galerie Paris-Beijing) quand à lui, dans sa nouvelle série créée dans le cadre de sa résidence BMW, nous plonge dans un univers qui rappelle certaines œuvres de Raoul Dufy. Remontant l’hommage à des choses plus récentes, on trouve chez certains artistes des références à l’abstraction, à la peinture surréaliste ou au mouvement dada. Comme avec la nouvelle série de Denis Darzacq (galerie RX) qui délaisse ses personnages en lévitation pour des assemblages photographiques nous plongeant dans un univers proche de la peinture de la première moitié du XXe siècle, de Jean Arp particulièrement.

Quand au travail remarquable d’Edouard Taufenbach (galerie Binôme), ses montages syncopés nous évoquent certaines œuvres d’art cinétique. Après sa série « cinéma » dont la recherche d’une géométrie rigoureuse définissait les montages, dans sa nouvelle série présentée par la galerie Binôme les montages sont plus influencés par le sujet lui-même. Reprenant comme à son habitude des images d’archives, il compose des œuvres dont la dynamique du corps définit l’assemblage. Son travail était visible à la fois sur le stand de sa galerie ainsi que dans l’espace Curiosa, un tout nouveau secteur qui présentait une sélection d’images érotiques.

Genre, mixité, tissage et métissage

Une autre tendance peut être plus politique est une présence forte d’artistes qui questionnent la condition des femmes et du genre. En tout premier, la galerie Christophe Gaillard qui consacrait son stand à un solo show sur le 24 heures dans la vie d’une femme ordinaire de Michel Journiac. Un magnifique sujet qui était d’ailleurs proposé à la vente dans un superbe coffret.

Kyle Meyer proposait des portraits d’hommes africains tissé avec des bandes de tissus wax.  Ces hommes ainsi habillés et coiffés comme de belles africaines posent ainsi la question du genre et de l’homosexualité. Il propose « une enquête analytique perpétuelle sur ma propre identité en tant qu’homme gay et les communautés LGBTQ avec qui je m’identifie. C’est profondément ancré en moi j’ai grandi dans une communauté agricole conservatrice de l’Ohio rurale, et j’ai passé une période importante comme adulte au Swaziland, où il est illégal d’être homosexuel. En combinant des éléments photographiques et sculpturaux, mon travail parle métaphoriquement de la condition d’isolement, d’oppression, de mémoire et de perte. ».  Stéphanie Syjuco (Catharine Clark gallery) de son coté couvre ses modèles féminins d’un tissus pour n’en faire plus que des sculptures juste dessinées par les plis et le motif du textile.

La galerie Anita Beckers présente notamment deux œuvres de la série « partition » de Christiane Fesser dont la construction avec ses découpages en reliefs créent un mix entre la photographie et le bas relief. Dans le mélange des genres  l’artiste allemand Thorsten Brinkmann (galerie Feldbusch Weiner Rudolph), propose une galerie de portraits réalisés entre les murs de son studio. L’artiste met en scène et incarne des personnages fictifs aux allures de dignitaires mais dont il déconstruit la suffisance ou l’arrogance avec des attributs comme des abats jours, des poubelles, dans une palette chromatique juxtaposant ocre, vert émeraude, vermillon. Un joyeux bric à brac vivifiant.

Nous pourrions ainsi citer un grand nombre de travaux et d’artistes car la foire était dense et beaucoup d’œuvres valaient le détour. A l’heure où se dessinent les contours du Grand Paris, nous avions, au Grand Palais, un grand Paris Photo.

 

Paris Photo

8-11 novembre 2018

Grand Palais

La photo sort du cadre sur A PPR OC HE

Bruno Fontana 1
Bruno Fontana 1

J’étais curieux de voir cette deuxième édition de A PPR OC HE, dernier né des salons consacrés à la photographie. Elle confirme un parti pris de défricheuse.

Un petit salon, certes, mais qui recèle quelques pépites. Sa principale force est une photographie plasticienne sans frontière, un laboratoire qui ne s’interdit aucun support et la photographie sort du cadre. Ici on peut voir un portrait délicatement imprimé sur une feuille, des silos ou des usines sur des plaques d’aluminium comme une version contemporaine ou un vibrant hommage aux photos de Bernd et Hilla Becher.

Dans cette ancienne maison qui vit Molière dans ces murs, la photographie se découpe sous le cutter du duo franco japonais composé de Thomas Sauvin et  Kensuke Koike. Les artistes nous proposent une réinterprétation de portraits noir & blanc anciens en découpant  des formes qui sont replacées selon une géométrie particulière. En cette période de commémoration du centenaire de la fin la 1ère Guerre Mondiale, ces portraits de gueules-cassées résonnent de façon incroyable.

La photographie se fait également  sculpture ou couture sous les doigts de Marianne Csáky qui, présentée par la galerie Inda, propose des œuvres étonnantes. Elle redonne à ses images une toute nouvelle narration avec des aplats de tissus cousus sur ces images, ou avec tout un travail colorimétrique sur des négatifs sous verre enchâssés sur des structure en métal, ou encore sur, d’autres œuvres, avec un jeu de polygones entrecroisés renforçant dans tout ces cas une certaine dramaturgie.

Elle « s’instantanise  » avec les Polaroïdioties du sculpteur Erik Dietman. La galerie Papillon présente une série de polaroïds à la frontière de l’abstraction. Un travail moins connu de cet artiste qui pourtant avait un réel talent de photographe.

Erik Dietman
Erik Dietman

Elle prend encore des allures de vestiges archéologiques avec le travail de Vittoria Gerardi qui nous propose une expérience visuelle et mentale du paysage. La jeune photographe italienne nous présente sa propre perception du paysage de la Vallée de la Mort, un lieu désertique, aride et chaud. La photographe utilise des parties du négatif comme des fragments de paysages pour construire des frontières symboliques entre matière et temps, entre espace et lumière, comme pour mieux marquer le paysage d’une cicatrice, celle d’un horizon imaginaire. Elle présente également des cubes de plâtre blanc d’où émerge un ruban de photographie de ce désert nous invitant à imaginer les vestiges d’un temps minéral lointain.

Elle se fait protocolaire et poétique sous le travail Marie Clerel représentée par la galerie Binôme. En effet,  la photographe propose un calendrier sous la forme d’une série de cyanotypes qui ont été révélés à l a lumière du jour à midi. Ces petits rectangles montés comme un calendrier montrent une vision symbolique et poétique du ciel chaque jour et sur un mois. On peut sans problème distinguer les mois d’été aux mois d’hiver par l’intensité des bleus. Des œuvres tout à fait étonnantes qui par un protocole extrêmement rigide parviennent à nous attendrir.

Un salon qui, comme son nom l’indique, révèle une autre approche de la photographie, une photographie libérée de pensées dogmatiques.

A PPR OC HE

Le Molière

40 rue de Richelieu

75001 Paris