#Paris, Jean Michel Basquiat: L’événement arty de cette rentrée.

Boy and Dog in a Johnnypump (1981)
Boy and Dog in a Johnnypump (1981)

L’ange noir de l’art contemporain des 80’s en majesté à la Fondation Louis Vuitton qui lui consacre une exposition depuis quelques jours de plus de 120 de ses œuvres. Une rétrospective immanquable mise en parallèle avec une autre exposition d’un autre artiste d’exception Egon Schiele qui, comme Basquiat, est mort prématurément à l’âge de 28 ans.

La dernière grande exposition consacré à Jean-Michel Basquiat à Paris fut la rétrospective organisée au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris c’était fin 2010 début 2011. C’est dire si l’événement était attendu, par ceux qui ne l’ont pas encore vu et par ses aficionados. L’occasion de replonger dans sa fulgurance, son énergie mais aussi ses fêlures et retrouver son incroyable alchimie picturale et vitalité chromatique. 

De ses débuts de street-artiste dans les rues de Manhattan à ses collaborations avec le pape du Pop Art, Andy Warhol, jusqu’à ses dernières œuvres notamment Riding with Death (1988), l’exposition déployée sur les quatre niveaux de la Fondation Louis Vuitton débute par les trois grandes Têtes (datées de 81, 82, 83), réunies pour la première fois. Elle se poursuit par des petits chapitres qui permettent de mieux comprendre les éléments constitutifs de l’œuvre de Jean-Michel Basquiat, tout en suivant un parcours chronologique avec plus de cent vingt œuvres présentées, dont beaucoup inédites aux yeux du public.

L’œuvre de Jean-Michel Basquiat s’articule en cinq phases majeures. La première commence en 1976, lorsqu’il rencontre ses amis, Al Diaz et Shannon Dawson avec qui il commence à graffer dans les rues de Manhattan des messages sous le pseudo SAMO©. Elle s’achève en automne 1981, date à laquelle la galeriste Annina Nosei met à sa disposition le sous-sol de sa galerie transformé en atelier et lui permet de peindre ses premières toiles marquées par la spontanéité et la rapidité qui caractérisaient déjà ses graffitis. Influencé par les musiciens ; John Cage, par son invitation à intégrer le hasard et l’imprévisible, Charlie Parker et Miles Davis par leurs sens aigus de l’improvisation, les sonorités africaines par leur énergie et leurs rythmes et le hip-hop pour ses procédés artistiques du sampling et du scratching. Basquiat donne libre cours à toutes sortes d’associations faites de mots, de signes, de pictogrammes et de concepts qu’il intègre dans ses œuvres. Ces éléments seront constitutifs de toute son œuvre et en feront sa signature.

La deuxième phase de sa création, entre 1981 et 1982, est surtout dominée par la peinture sur toile. Boy and Dog in a Johnnypump (1982) et Untitled (1981) constituent des exemples marquants de cette période. La peinture prend une place croissante pour Basquiat sans que celui-ci interrompe pour autant le dessin, en associant sur ses toiles acrylique et pastel gras dans des couleurs de plus en plus intenses. On observe également un élargissement de son répertoire figuratif et de son corpus d’éléments symboliques. Basquiat commence alors à superposer des couches de peintures, des éléments picturaux et des mots pour les faire aussitôt disparaître. Cette alternance entre transparence et disparition détermine alors son processus de création : il repeint, intégralement ou partiellement, sur ses compositions permettant tout de même au spectateur de discerner la représentation d’origine.

Commencent alors pour Basquiat des années frénétiques avec une production d’œuvres extrêmement importante. C’est dans cette période (1982-1985) qu’il développe ce qui est la troisième phase de son travail. Sans délaisser la toile, Basquiat utilise des matières brutes comme support. Il renonce aux châssis classiques pour tendre ses toiles sur des palettes de bois ou pratique des assemblages de portes ou volets (Portrait of the Artist as a Young Derelict, 1982), donnant parfois naissance à une sorte de sculpture de toile et de bois. La forme du triptyque que Basquiat utilise dans une série de travaux de 1982 et de 1983, lui permet, par le montage de plusieurs toiles montées sur bois, d’élargir son champ pictural comme par exemple avec Horn-Players (1983). Il poursuit ainsi son « hip hop » pictural en associant les mots, les signes, les pictogrammes et les éléments picturaux les plus divers. La couronne à trois pointes apparaît fréquemment, par exemple dans Untitled (1982), parallèlement à la couronne d’épines, ces deux motifs prenant valeur d’icônes dans l’œuvre de Basquiat. Au printemps de 1983, ses œuvres atteignent leur complexité suprême, tant par leurs thèmes picturaux que par les stratégies artistiques que Basquiat associe et transforme désormais avec une infinie diversité. Les changements, reniements ou agressions physiques contre le support et contre l’œuvre sous forme de remaniement, de destruction et de recomposition relèvent de la méthode artistique de Basquiat. Celui-ci met également des mots en relief, par leur disparition même. In Italian (1983) en constituent un exemple frappant. « Je biffe les mots pour que vous les voyiez mieux. Le fait qu’ils sont à demi effacés vous donne envie de les lire. » Jean-Michel Basquiat.

Pendant cette période, l’année 1983 marque également le point de départ d’une collaboration et d’une grande amitié avec Andy Warhol. Au cours de cette quatrième phase de création qui commence intensément en 1984, il reprend d’anciens collages dont il réalise une forme de sampling à l’aide du procédé sérigraphique auquel Warhol l’a initié. Il réalise d’abord une quinzaine de travaux collectifs avec Warhol et Francesco Clemente. Suivront dans les années 1984/1985 une centaine de nouvelles œuvres en coopération avec Warhol, soit le dixième de la production picturale de Basquiat.

Les années 1986 à 1988 constituent la cinquième et dernière phase de création de cet artiste. Il élabore alors un nouveau type de représentation : ses personnages figuratifs prennent moins d’importance au profit d’un élargissement considérable de son répertoire de symboles et de contenus. Les œuvres de cette époque se caractérisent par une alternance entre un vide radical et une abondance. Ces dessins et tableaux sont entièrement couverts de papiers collés, saturés d’une profusion de détails, de signes, de pictogrammes, de mots et de phrases, dont les ramifications nous évoquent aujourd’hui les arborescences et associations sans fin du web. Basquiat crée aussi une série d’importants dessins de grand format, qui laissent transparaître la fascination de l’artiste pour la mort. Riding with Death (1988) est devenu l’icône de sa propre mort, et résonne comme une prémonition participant au mythe de cet artiste majeur de la seconde moitié du XXe siècle.

L’oeuvre de Basquiat doit son originalité et sa singularité à une forme d’appropriation du quotidien, de la rue et des encyclopédies, et de l’aléatoire. Il copie délibérément des éléments de la réalité qui l’entoure, il introduit le hasard comme stratégie artistique et transforme le matériau esthétique préexistant en esthétique personnelle. Jean-Michel Basquiat a été aussi bien un précurseur de la société du savoir que de la génération du couper-coller, anticipant ainsi l’utilisation des nouveaux médias, la société du selfie et de la mondialisation tout en explorant son identité noire.

« J’utilise le Noir comme protagoniste principal de toutes mes peintures. Les Noirs ne sont jamais portraiturés d’une manière réaliste, pas même portraiturés dans l’art moderne, et je suis heureux de le faire. » Jean Michel Basquiat 

On retrouve dans les compositions picturales de Basquiat l’intensité et l’énergie qui ont marqué sa brève existence. En l’espace de huit ans seulement, il crée une œuvre de grande ampleur, comprenant un millier de peintures et plus de deux mille dessins. Il parvient ainsi à imposer, à une époque où l’art conceptuel et l’art Minimal étaient dominants, de nouveaux éléments figuratifs et expressifs. Ses œuvres peuplées de personnages qui semblent sortis de bandes dessinées, de silhouettes squelettiques, d’objets quotidiens bizarres et de slogans poétiques frappent par leur force et par la somptuosité de leurs couleurs. Associant des motifs issus de la culture pop et de l’histoire culturelle — plus particulièrement du monde de la musique et du sport —, ainsi que des thèmes politiques et sociaux, l’injustice sociale et le racisme.

L’exposition est remarquable par la qualité des œuvres présentées et surtout leur rareté aux yeux du grand public. Elle offre une vision globale de l’ensemble du travail d’un des artistes majeurs de la seconde partie du XXe siècle.

Jean Michel Basquiat – 1960-1988

Du 3 octobre 2018 au 14 janvier 2019

Fondation Louis Vuitton

8, avenue du Mahatma Gandhi

Bois de Boulogne

75116 Paris

www.fondationlouisvuitton.fr

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