L’art contemporain se met au vert et prend ses quartiers d’été sur les bords de Loire

Duy-Anh-Nhan-Duc_Champ-Céleste
Duy-Anh-Nhan-Duc_Champ-Céleste

La Loire, son histoire, ses bateaux plats, sa douceur de vivre, ses châteaux et son parcours d’art contemporain de Chaumont-sur-Loire qui a réuni depuis 2008 plus de 115 créateurs majeurs ou émergents venus du monde entier.  Le Domaine de Chaumont-sur-Loire fête ses 10ans d’art.

Klaus-Pinter
Klaus-Pinter

Dans le cadre de cet anniversaire, pas moins de 15 commandes sont exposées pour souligner cette année particulière du Centre d’arts et de Nature de Chaumont-sur-Loire. C’est ainsi que sont naturellement présents de nouveaux plasticiens, invités à confronter leur imaginaire avec l’âme du Domaine, mais aussi des artistes ayant particulièrement marqué l’histoire de ces dix années d’art.

A commencer par le retour de Sheila Hicks pour une nouvelle installation dans les appartements du Château. Ainsi sont de retour au Domaine Fiona Hall avec des ruches aux couleurs de l’Europe, Nils Udo avec un nid fantastique, Eva Jospin avec une grotte fantasmagorique, Fujiko Nakaya avec une œuvre de brume envoutante, Klaus Pinter avec une sphère entre bouquet floral et objet cosmique. Anne et Patrick Poirier avec des photogrammes floraux et Sarkis qui répare d’or un meuble blessé.

De nouveaux artistes viennent enrichir le parcours notamment le japonais Tanabé Chikuunsai IV, avec une spectaculaire œuvre de bambou tigré, l’artiste vietnamien Duy Anh Nhan Duc avec une installation végétale d’une très grande délicatesse, la brésilienne Nathalie Nery qui habille un arbre de ses créations botaniques en feuille de jacquier ou encore Simone Pheulpin, créatrice de sculptures de tissus évoquant des fossiles dans des calcaires blancs. Eva Jospin propose une œuvre pérenne avec une mystérieuse et luxuriante grotte.

L’ensemble du parcours, entièrement voué à la relation entre création artistique et la nature et le paysage, est d’une très grande qualité et vaut le détour. La nature continue d’inspirer les artistes contemporains. Ils vous proposent à Chaumont un voyage entre découverte, émotion, surprise, ravissement et beaucoup de poésie.

Je ne citerai le travail que de quelques uns. Honneur aux femmes tout d’abord. Deux artistes qui ont fait du textile leur médium. La plus connue d’entre-elles, Sheila Hicks délaisse, ici, la laine pour des bandes de tissus ou de papiers qu’elle installe en cascades tantôt rouges, bleues, ou jaunes. Cette exposition de Sheila Hicks est le résultat d’une commande spéciale de la région, et est installée dans les appartements et les offices du château.  La seconde est Simone Pheulpin, discrète artiste reconnue dans le milieu des collectionneurs et dont les œuvres en tissus ont fasciné les visiteurs de la dernière édition d’Art Paris Art Fair. Elle propose avec des bandes de tissus savamment pliées des sculptures écrues aux allures de fossiles dans des pierres calcaires ou de bois pétrifiés. Zen et bluffant !

Dans le registre de la fragilité et de la contemplation, le plasticien végétal Duy Anh Nahn Duc tente de sublimer et de rendre visible la beauté d’une plante qui apparemment n’a pas de valeur, le pissenlit. Il y parvient incroyablement. Cueillies à une certaine maturité afin de les utiliser naturellement, les aigrettes de pissenlits sont assemblées dans des tableaux cotonneux aux formes géométriques douces et voluptueuses. Au plafond de l’asinerie, un champ céleste de pissenlits se reflétant dans un bassin de miroir se marie avec un lustre luxueux. Cette installation délicate suspend le temps et nous invite avec poésie à contempler la beauté et la fragilité du monde et à profiter de l’instant. Contemplatif et divin !

L’énergie vitale est au rendez-vous avec Tanabé Chikuunsai IV et Nils-Udo, tandis que Fujiko Nakaya cherche à nous embrumer.  L’œuvre de Tanabé Chikuunsai IV exprime la connexion entre l’être humain, la main, le lieu et l’art. Il propose un énorme tourbillon réalisé avec des bandes de bambou tigré tressées. Une œuvre qui illustre l’énergie vitale que l’artiste a souhaité démontable pour rendre compte du cycle de la vie et de l’éternel recommencement. Une source d’énergie vitale. Magistral !

Nils-Udo dit travailler avec la réalité de la nature. Tout commence et lui ai suggéré par l’expérience de la nature, c’est elle qui guide sa création. Dans le parc, il nous invite au seuil de la création avec un volcan-nid. Un petit volcan vert tendre cache dans son cratère des œufs de marbre blanc. Le Nid représente l’abri, le point de départ et l’achèvement de la procréation et le volcan avec sa chaleur couve les œufs. Il tente avec ces deux symboles réunis, le volcan donnant des valeurs nourricières à la terre et l’œuf celui de la vie, de faire renaitre un paradis perdu. A coté du nid, Fujiko Nakaya renforce le mystère avec un paysage de brume. Totalement dépendante du vent, l’œuvre joue avec les éléments, la lumière et dessine des paysages changeants dans lesquels les arbres prennent des allures fantomatiques. Ces deux là nous invitent à la naissance du monde.

Eva Jospin dont les forêts de cartons ont fait la réputation, c’est attelé à une démarche plus large, inspirée par les lieux et le parc, elle a réalisée une folie dans tous les sens du terme. Pour cette œuvre pérenne, Eva Jospin utilise pour la première fois du béton. Fidèle à sa pratique, elle a réalisé des formes en cartons, qu’elle a ensuite moulées en ciment. Elle propose un monde à double face ; à l’extérieur une roche colonisée par la végétation de laquelle s’ouvre une grotte et à l’intérieur un écrin avec des parois aux allures de bijoux à l’image des grottes de Rocailles des jardins à l’italienne du XVIe siècle où sont mêlés rocailles, coquillages, pommes de pin, et pièces d’or.

Enfin, un immense hommage est rendu à Jacques Truphémus , décédé en septembre dernier. Jacques Truphémus, célébré et reconnu à Lyon, sa ville d’adoption, est resté longtemps méconnu du grand public. Pourtant, Balthus le considérait comme l’un des plus grands peintres français : « Vous appartenez à la lignée de Morandi et certains de vos paysages me font penser à Giacometti- tout en étant essentiellement Truphémus- c’est-à-dire unique » lui écrivait-il dans une lettre en 1986. Cet hommage présente  une belle quantité de peintures sur ses thèmes fétiches, jardins ou scènes d’intérieurs décorées de bouquets, dans lesquelles les verts tendres et pastel se marient aux violets tout aussi doux. Ces toiles montrent l’esprit contemplatif de l’artiste et nous invite avec lui à la même contemplation.

Les artistes :

Sheila Hicks – Jacques Truphémus – Fiona Hall – Fujiko Nakaya – Anne et Patrick Poirier – Nils-Udo – Sarkis – Klaus Pinter – Eva Jospin – Tanabe Chikuunsai IV – Duy Anh Nhan Duc – Simone Pheulpin – Frans Krajcberg – Nathalie Nery

L’occasion de revoir également des œuvres installées dans le parc :

Andy Goldsworthy – François Mechain – Christian Lapie – Anne et Patrick Poirier – Rainer Gross – Chris Dury – Tadashi Kawamata – Cornelia Konrads – Wang Keping – Sarkis – Gabriel Orozco – Patrick Dougherty – Vincent Barré – Nikolay Polissy – Dominique Bailly – Giuseppe Penone – El Anatsui – Gerda Steiner et Jorg Lenzlinger – Henrique Oliveira – Jannis Kounellis – Mathieu Lehanneur – Andrea Branzi – Yamou – Pablo Reinoso – Karine Bonneval – Amin Schubert – Ursula Von Rydingsvard – Patrick Blanc – Marie Denis – Stéphane Guiran

Avec une triple identité artistique, jardinistique et patrimoniale, Le Parc et le Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire ont obtenu le label « jardin remarquable » et le « Festival des Jardins » a reçu 3 étoiles par le Guide Michelin, s’ajoutant au 2 étoiles du Château. A partir du 24 avril, 30 nouveaux jardins sur le thème est « Les jardins de la pensée » seront présentés lors du Festival  International des Jardins.

Plus d’hésitation une balade à Chaumont-sur-Loire s’impose avec les beaux jours qui arrivent. Un moment à partager en famille, entre amis, curieux et amateurs de nature et d’art contemporains réunis dans une même contemplation.

by Patrice HUCHET

2008-2018
10 ans d’art
31 mars – 4 novembre 2018
Domaine de Chaumont-sur-Loire
Centre d’arts et de nature
41150 Chaumont-sur-Loire
www.domaine-chaumont.fr

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