50 ans après mai 68, l’image de la contestation revient aux Beaux-Arts de Paris

“Images en Lutte” aux Beaux-Arts de Paris est le regard croisé de deux commissaires ; l’un historien de l’art et l’autre historien. L’exposition propose une lecture documentée de ce moment particulier de l’histoire contemporaine, les années 1968-1974, où l’art et le politique, la création et les luttes sociales et politiques furent intimement mêlés.

Assemblée générale_photo Philippe Vernès

L’exposition qui ouvre les commémorations du cinquantenaire de Mai 68, n’a pas choisi les Beaux Arts par hasard. L’école avait pris part aux mouvements de grève de mai 68 dès le début des mobilisations. “Images en Lutte” présente affiches, peintures, sculptures, installations, films, photographies, tracts, revues, livres et magazines (consultables dans le cadre d’une bibliothèque ouverte) qui, outre le fait de témoigner des revendications, luttes et affrontements de la fin des années 1960 et du début des années 1970, présente également un panorama des formes d’expressions artistiques en marche à l’époque.

L’exposition nous accueille dans une salle dont les murs sont tapissés d’affiches originales réalisées collectivement et anonymement par des artistes et des étudiants de l’Ecole des Beaux Arts qui ont occupé celle-ci et y ont créé l’Atelier Populaire. Il est intéressant de voir les affiches validées par les membres de l’Atelier affichées aux murs et les refusées dans les vitrines sur lesquelles on voit encore les traits au crayon et les annotations. On imagine aisément l’effervescence et le bouillonnement dans ces murs à l’époque.

Mais plus largement aux événements de mai 68 c’est tout un mouvement de luttes et d’engagements qui inspirèrent les artistes. L’exposition sans prendre parti sur l’histoire rend compte de ce qui animait politiquement l’époque sur le terrain international. Des révolutions chinoises, cubaines ou sud américaines avec une vision plutôt fantasmée et idéalisée comme outil de propagande. Ou encore des luttes contre la guerre du Vietnam, contre les dictatures ou contre les politiques postcoloniales ou impérialistes comme outil de dénonciation. Des signatures telles que Julio Le Parc, Bernard Rancillac, Edouardo Arroyo produisent des œuvres remarquables et marquent l’iconographie de l’époque.

Dans les usines et dans les campagnes les mouvements contestataires s’agitent. La souffrance et les difficultés des prolétaires urbains et ruraux ont inspiré de nombreuses créations (peintures, films, affiches, y compris pochettes de disque) une façon pour les artistes de témoigner de leur solidarité et de leur volonté de porter secours aux opprimés. Les expressions artistiques vont du réalisme pour certains à l’abstraction comme outil d’émancipation artistique pour d’autres. La remise en question des pratiques et des savoirs touche tous les niveaux du monde intellectuel, l’ensemble des lieux et pratiques culturelles avec une négation de la valeur et des autorités. Dans les arts plastiques, par exemple, une recherche de la déconstruction et des représentations voit la création de groupes artistiques comme  Supports/Surfaces dont on peut voir des œuvres de Claude Viallat ou de Daniel Dezeuze, ou BMPT (Buren/Mosset/Parmentier/Torini) avec 2 œuvres d’Olivier Mosset.

L’étage des Beaux-Arts raconte d’autres luttes et de nouveaux médiums apparaissent. La photographie, très présente, et la vidéo permettent notamment de témoigner des conditions de vie des travailleurs émigrés, des grandes manifestations ouvrières, des violences policières, des nouveaux engagements écologiques (Larzac) et de questionner la condition féminine et homosexuelle. Claude Rutault détourne des panneaux de signalisation routière en message écologique et Martial Raysse fait pousser des champignons très colorés dans des boîtes en bois.

Un dernier espace relate comment les artistes se sont emparés de la mort de Pierre Overney, assassiné par la milice de la Régie Renault, afin de lui rendre hommage. Notamment Merri Jolivet avec son collage sur toile Pompidou/Overney ou Gérard Fromanger avec une grande toile hommage qui évoque la mort d’Overney et le temps des cerises.

« Images en lutte » est un large panorama graphique de la diversité des luttes des années 1970, dont certaines œuvres sont exposées pour la première fois. Une édition spéciale de plus de 800 pages complète ce come back artistico politique.

INFORMATIONS PRATIQUES
Images en lutte, La culture visuelle de l’extrême gauche en France (1968-1974)
Commissaires : Philippe Artières et Éric de Chassey
Exposition du 21 février au 20 mai 2018
Palais des Beaux-Arts
13 quai Malaquais
75006 Paris
http://www.beauxartsparis.fr

Catalogue de l’exposition :
Sous la direction de Philippe Artières et Éric de Chassey.
Préface de Jean-Marc Bustamante.
Textes de Philippe Artières et Éric de Chassey, Élodie Antoine, Anne-Marie Garcia et Pascale le Thorel.
800 pages couleur, 49€.

by Patrice HUCHET
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