Rock au Château ! à Nantes

Rock-Une-histoire-nantaise -Château-des-ducs-de-Bretagne-Nantes.©-PatH
Rock-Une-histoire-nantaise -Château-des-ducs-de-Bretagne-Nantes.©-PatH

Le Château des Ducs de Bretagne de Nantes se met à l’heure du rock et honore la scène musicale nantaise. Outre une exposition qui retrace 55 ans de l’histoire rock’n’roll de la scène nantaise, Rock ! Une histoire nantaise est aussi une programmation de conférences et surtout de concerts et DJ sets jusqu’au 6 juillet.

De ses origines au début des années 60 avec la naissance de groupes qui se produisent dans les salons, les brasseries pour faire danser la population et surtout aux Salons Mauduit qui organisent les premiers concours de guitare amplifiée où viennent se produire les pionniers du rock nantais. L’histoire se poursuivra à la fin des années 60 dans la trentaine de bals de la région, puis pendant les années 70 avec des groupes comme Tri Yann, nationalement connu, Zig Zig et Téquila, le Téléphone local. C’est à cette période que nait réellement le rock nantais. Les années suivantes verront l’émergence de nouveaux groupes grâce à la multiplication des salles et les festivals. Une scène qui dans les années 90 est très hétéroclite qui va des facétieux Elmer Food Beat à la pop intimiste de Dominique A, dont on peut voir une reconstitution de sa chambre dans laquelle il s’enregistrait et créait lui-même ses pochettes de disque, à la pop easy listening de Philippe Katerine ou encore vers les Dolly qui flirtent avec le grunge. Les années 2000 voit un écosystème s’installer et se structurer pour une programmation audacieuse dans des salles privées et publiques qui permettent à la scène locale de toujours jusqu’aux références nationales actuelles comme Christine and the Queens, Pony Pony Run Run, et la musique électro de C2C ou de Madeon de s’exprimer.

Par le prisme de la scène nantaise et grâce à de nombreux prêts et un remarquable travail de recherches d’archives musicales, l’exposition permet de suivre l’évolution des styles musicaux depuis les années 60, d’écouter et de comprendre les influences et interactions entre les styles, les groupes, les artistes, etc. Comment une ville comme Nantes s’est transformée en un véritable vivier favorisant les groupes émergents qui composent la scène musicale française.

Neuf grandes sections chrono-thématiques dessinent le parcours de l’exposition des années 60 à nos jours, dans une scénographie immersive tout en musique, avec plus de 120 titres en écoute, grâce à un système auditif original. Ici comme dans un festival rock on se promène avec son gobelet à la main. Mais pas bière, un astucieux système d’amplificateur pour écouter les titres de Dolly, sans déranger le voisin qui lui-même peut écouter un bon vieux Tri Yann. Au centre de ce parcours est installée une reconstitution d’un célèbre disquaire de Nantes

Une exposition originale et totalement inédite qui permet de découvrir la grande rivale de Rennes dans le domaine des scènes musicales régionales.

Exposition-_Rock-Une-histoire-nantaise_.-Château-des-ducs-de-Bretagne-Nantes.-©-David-Gallard

INFORMATIONS PRATIQUES
Rock ! Une histoire nantaise
Commissariat : Laurent Charliot
Du 24 février 2018 au 10 novembre 2019
Au Château des Ducs de Bretagne
Musée d’histoire de Nantes
4, place Marc Elder
44000 Nantes
http://www.chateaunantes.fr/fr/evenement/rock

by Patrice HUCHET

Poésie sur une humanité en crise, le défit réussi du Frac Pays de la Loire

DECOR / AVANT-POSTE est une double exposition du FRAC des Pays de la Loire conçue par l’artiste Joe Scanlan avec les œuvres du Frac et de collections publiques.

La première partie de l’exposition, DECOR, se développe au Frac et interroge les multiples facettes du décoratif ; le fond, la forme et les apparences, et questionne en même temps la place de l’art dans notre société. AVANT-POSTE à la HAB Galerie s’intéresse aux frontières et aux territoires. L’avant-poste évoque un espace entre-deux, entre deux temporalités, entre deux mondes, et renvoie à notre rapport à l’altérité.

DECOR –  FRAC –Carquefou – du 22 février au 27 mai 2018

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Dans ce merveilleux écrin qu’est le frac Pays de la Loire, construit par l’architecte Jean-Claude Pondevie,  le décor est mis en place ou paraît en cours d’installation. Sensation renforcée par les murs à moitié peints du motif à l’infini de Joe Scanlan, les magnifiques céramiques posées au sol de Gala Porras-Kim et la UC-98 RGB #2, un lampadaire qui semble bricolé et improvisé de Hoël Duret.

Depuis les installations de Martin Boyce jusqu’aux Deux carrés de François Morellet, en passant par les tapisseries enchâssées de Béatrice Dacher et une linogravure de Georg Baselitz acquise dès 1984, tout semble ici interroger, dans un calme apaisant, le décor et la mise en scène.

Quelques œuvres brouillent ou perturbent cependant ce calme apparent. Le Maxi Donald et Maxi Mickey de Joyce Pensato avec leurs épais traits noirs aux cotés de cette guerrière nue de Miriam Cahn semblent vouloir mettre la pagaille dans cette quiétude. Une œuvre très politique sur l’immigration et le trafic d’humains de l’artiste d’origine cherokee, Jimmy Durham, et une installation qui évoque un urbanisme dévorant de Kristina Solomoukha, viennent interroger la place de l’homme dans nos sociétés et nos villes. Les œuvres de Bojan Sarcevic avec leurs structures de cuivre aux lignes filiformes sont comme des squelettes d’étagères. Elles évoquent la mémoire d’un autre espace temps. Les vestiges d’un temps futur.

Avec une scénographie très élaborée, le visiteur est transporté dans un univers à la fois extrêmement construit et en même temps en morceaux. Une installation où l’ensemble des œuvres acquises qui, mieux que dialoguer merveilleusement entre-elles, font corps. Comme le résume  l’œuvre d’Antoinette Ohannsessian, Quand on met des choses ensemble elles sont réunies. La fusion est parfaite.

Les artistes : Georg Baselitz, Martin Boyce, Marcel Broodthaers, Miriam Cahn, Patrick Caillière, Alan Charlton, Arnaud Claass, Robert Combas, Béatrice Dacher, Koenraad Dedobbeleer, Hoël Duret, Jimmie Durham, François Morellet, Antoinette Ohannessian, Kristin Oppenheim, Joyce Pensato, Gala Porras-Kim, Stephen Prina, Fred Sandback, Bojan Sarcevic, Joe Scanlan, Kiki Smith, Kristina Solomoukha, Mladen Stilinovic

AVANT-POSTE HAB Galerie – Nantes  – du 17 février au 6 mai 2018

vue de l'expo

Pour qui s’est installé à la HAB galerie, Joe Scanlan s’est inspiré de l’œuvre de Marcel Broodthaers qui, avec la Conquète de l’espace, Atlas à l’usage des artistes et des militaires, transforme une carte du monde politique en carte du monde poétique en mettant tous les pays à la même taille. Avant-Poste désigne un espace en tension permanente et au caractère précaire. Entre campement militaire, campement de fouilles archéologiques, camp de réfugiés,  théâtre d’opérations humanitaires…

L’exposition qui nous accueille avec deux tentes de campements militaires, interroge dès le départ la notion de territoire. Qu’il soit relatif à la frontière comme dans la vidéo de Bruce Nauman qui matérialise en plein désert la frontière du point de convergence frontalière de quatre états américains (Nouveau Mexique, Arizona, Utah et Colorado). Ou encore avec l’œuvre de Javier Téllez  dans laquelle, outre la performance d’un homme canon qui franchit la frontière entre les USA et le Mexique, évoque également une frontière plus invisible (physique ou mentale), celle qui sépare les êtres humains. Et qu’il est toutefois possible de franchir pour aller à la rencontre de «l’autre ».

L’exposition joue tout au long de son parcours sur cette notion de frontière à la fois matérielle et immatérielle. Entre le cartésien et l’irrationnel, entre le physique et le métaphysique, entre le conscient et le subconscient, et même entre deux espaces temporels…

Dans cet espace quadrillé comme un terrain de fouilles, cohabitent ; des œuvres de Nick Evans, oscillant entre figures abstraites et restes de sculptures antiques suggérées par des formes anthropomorphes ; des vestiges de temples antiques du « savoir » avec la colonne feuilletée de Bernadette Chéné (empilement de feuilles de journaux) ; les « sculptures dysfonctionnelles » de Koenraad Debobbeleer ; l’œuvre de Micheal Dean qui suggèrent une hybridation  mi-animale mi-architecturale ; Ou encore une œuvre monumentale de Richard Deacon  dont la main de métal renversée s’apparente à la pelle d’un engin de chantier ou aux restes d’une carcasse de dinosaure.

Scoli Acosta, réinterprète, avec des morceaux de moquette recyclées, l’onde provoquée par des goutes d’eau tombant dans une flaque d’eau de cet immense chantier de fouille. Graphique et poétique !

Le point de fusion entre cette notion de matérialité et d’immatériel est représenté avec un ensemble d’œuvres remarquables. Comme l’œuvre de Stefano Arienti qui avec son empilement de briques réinterprète un recueil de dessins de Michel-Ange. Fascinant ! Le paravent en cuivre de Maria Loboda est en fait une tablette dans une ancienne langue syrienne datant de l’âge du bronze qui résonne comme une incantation magique et qui sous cette forme peut délimiter et cloisonner, rendre concrète une pensée abstraite de l’espace. Une porte vers l’ailleurs. Tout comme la table de Jorge Satoore qui répertorie, comme un inventaire archéologique, une série d’œuvres en terre cuite qui sont les interprétations des pensées et rêves intimes confiés par des amis et des artistes. Chamanique !

Dans les deux salles adjacentes, des vidéos interrogent la place l’homme dans un environnement politique, géopolitique, sociologique et même géologique. Toujours avec un esprit d’espace intermédiaire, en équilibre instable. Mikhail Karikis fait chanter et jouer des enfants dans un environnement bouleversé par des sources géothermales où les  geysers et les fumerolles donnent des allures infernales au milieu environnant. Daniela Ortiz, dans une performance saisissante, lit des pages du traité de libre-échange appliqué entre le Pérou et les Etats-Unis tout en se faisant injecter une dose de sédatif puissant que les autorités américaines utilisent pour reconduire les immigrants dans leur pays. Song Dong, quant à lui, fait apparaitre les deux faces d’une Chine en peine mutation dans un film performance où il brise des miroirs dans la rue. Et à voir particulièrement, une vidéo réalisée par l’artiste caribéenne Allana Clarke qui se met en scène nue aux cotés d’un homme nu également et dans laquelle elle convoque les questions de pouvoir, de vulnérabilité, du genre et de la race. Puissant !

Au total  une trentaine d’œuvres qui, ensemble, nourrissent une réflexion sur les marges.

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Les artistes : Scoli Acosta, Leonor Antunes, Stefano Arienti, Geta Bratescu, Marcel Broodthaers, Bernadette Chéné, Allana Clarke, Richard Deacon, Michael Dean, Koenraad Dedobbeleer, Song Dong, Nick Evans, Ximena Garrido-Lecca, Mikhail Karikis, Koo Jeong-a, Maria Loboda, Hidetoshi Nagasawa, Bruce Nauman, Daniela Ortiz, Jorge Satorre, Lucy Skaer, Michael E. Smith, Javier Téllez, Jean-Luc Vilmouth

Décor/Avant-Poste évoque une humanité en crise, suscite des sentiments contrastés entre plénitude et vacuité. Sans jamais tomber dans le pessimisme il règne ici une espérance, des ondes extrêmement positives et de la beauté. Une exposition tout en finesse et intelligence.

A voir aussi actuellement au Frac

Dans une petite salle consacrée à la scène émergente et dans le cadre d’un dispositif appelé les instantanés,  le Frac permet à de jeunes artistes de produire leur première exposition personnelle ou de confirmer une pratique déjà engagée.

Avec l’exposition Elle parle avec des accents, jusqu’au 27 mai, Eva Taulois joue sur l’ambivalence. Sommes-nous dans une pièce à vivre richement décorée ?  Dans un théâtre ? Dans une espace d’exposition ? Dans un atelier d’architecture ou de design ?… En fait, tout cela à la fois car c’est le postulat d’Eva Taulois de proposer une série de scénarios qui permet de voir les œuvres dans des configurations différentes en jouant sur la permutation. Elle crée ainsi des environnements et pièces hybrides et ne s’embarrasse pas d’un seul médium. Le métissage fait parti de son ADN artistique. Elle est curieuse, joyeuse et un brin dynamiteuse en cassant les codes et multipliant les langages. En tout cas, elle a réussi à mettre en scène son travail de façon ludique, théâtrale et extrêmement gaie.

eva_taulois

INFORMATIONS PRATIQUES
• AVANT-POSTE
Du 17 février au 6 mai 2018
HAB Galerie
Quai des Antilles
44300 Nantes
• DECOR
Du 22 février au 27 mai 2018
FRAC des Pays de la Loire
24bis Bd Ampère, La Freuriaye
44470 Carquefou
Horaires : du mercredi au dimanche 14 :00 – 18 :00
Téléphone : 02 28 01 50 00
http://fracdespaysdelaloire.com

A LIRE : 
Rencontre avec Laurence Gateau, directrice du Frac Pays de la Loire

by Patrice HUCHET

Rencontre avec Laurence Gateau, directrice du Frac Pays de la Loire

portrait Laurence GateauA A l’occasion de la double exposition Décor/ Avant-Poste orchestrée par le FRAC des Pays de la Loire, sous le commissariat de l’artiste Joe Scanlan, j’ai rencontré sa directrice, Laurence Gateau.

Le Frac des Pays de la Loire brille par une programmation incroyablement riche. Il propose actuellement une double exposition Décor/Avant-Poste qui se développe sur deux lieux ; dans ses murs au Frac de Carquefou (proche de Nantes) et à la HAB Galerie située à la pointe ouest de l’île de Nantes, plus connue de la population sous le nom de Hangar à Bananes. C’est dans cette galerie que nous la rencontrons.

Patrice Huchet : Quels sont les axes prioritaires d’acquisition du Frac ?

Laurence Gateau : La collection du Frac, constituée depuis 1982, favorisait déjà l’achat d’œuvres de jeunes artistes. L’ensemble de la collection rassemblée depuis trente ans reflète la diversité de la création. Lorsque je suis arrivée en 2005 j’ai poursuivi cette politique. La collection regroupe des pratiques aussi diverses que la peinture, la photographie, la sculpture, le dessin, la vidéo et l’installation. Et il n’y a pas de thématique privilégiée plus qu’une autre. Pourtant nous avons réussi à dessiner une ligne cohérente au fil des ans. La collection s’oriente sur des œuvres d’artistes qui s’interrogent sur les relations entre l’œuvre et son contexte social, politique et son environnement, sur la relation de l’artiste à la nature et celles entre art, architecture et design. On a également un corpus d’œuvres autour de la question du présent et de la modernité ou encore celle du corps qui est aussi un axe que nous privilégions avec des artistes qui l’explorent à travers  la sculpture, la photographie, la vidéo et à travers la performance dont nous avons acquis quelques œuvres.

Les Frac n’acquièrent que des œuvres d’artistes de leur vivant et, c’est vrai, ce Frac a la particularité d’avoir créé depuis 1984 les Ateliers Internationaux qui permettent des résidences de cinq à six artistes pendant 2 mois. Ils réalisent des œuvres qui seront exposées et le Frac en intègre quelques unes dans son fonds. On est vraiment dans ce rapport à l’artiste. Ici les questionnements font corps avec l’environnement, la politique du paysage, et influencent la démarche de l’artiste et son œuvre. Ce qui fait écho au contexte crée des points d’ancrage et aussi un dénominateur commun entre une population et l’art contemporain. En tout cas, ce qui m’anime et que j’ai développé, c’est privilégier une relation de proximité forte avec les artistes. C’est ce qui semble la spécificité du Frac des Pays de la Loire.

P.H. : Quels sont les faits marquants depuis votre arrivée à Nantes ?

L.G. : Lorsque je suis arrivée en 2005 et que j’ai vu cette architecture du Frac à Carquefou (la première création contemporaine architecturale, 2000), j’étais consciente d’être dans un Frac, nouvelle génération, adapté à la gestion de l’ensemble de ses activités : conservation, restauration, stockage et exposition….

Une architecture moderne qui permet de créer des liens, autant pour la collection que pour le programme artistique. Un lieu qui permet un regard des artistes sur la modernité, l’archi et le design. Donc c’est vrai, j’ai développé un programme pendant quelques années d’expositions sur ses questions là. Par exemple, à partir notamment d’une œuvre importante Huberville, une ville idéale conçue par l’artiste Suisse Thomas Huber. On a un ensemble de maquettes formidable sur cette ville idéale avec un théâtre, une place publique, la maison d’artiste, un forum… de grandes maquettes à l’échelle 1/9e et dont il faudrait 300 m2 pour les exposer toutes.  Cette partie de la collection a fait l’objet d’une exposition spécifique.

D’autres expositions se sont constituées autour d’un dépôt important, au début des années 1999, d’œuvres de Gina Pane. Une exposition avec Michel Aubry sur son rapport au constructivisme autour du Club ouvrier de Rodtchenko que Michel Aubry a mis en musique.  On a également présenté des expositions de Bruno Peinado ou Tatiana Trouvé qui sont aussi des artistes qui portent un regard sur la modernité et sur le monde qui va tout à fait dans le sens de nos préoccupations. Concernant les questions sur le corps, nous avons également montré le travail d’Orlan. Je ne peux pas toutes les citées.

P.H. : Vous avez aussi un outil incroyable avec les Ateliers Internationaux, qui permettent des résidences. Comment se fait le choix pour les artistes en résidence ?

L.G. : Au début, je le gérais moi-même puis j’ai pensé que c’était intéressant de s’inscrire dans le cadre des programmes culturels binationaux (comme l’Année de la Colombie, du Mexique…). C’est l’opportunité de découvrir de nouvelles scènes artistiques, de faciliter la rencontre d’artistes émergeants et d’acteurs culturels des pays en question. Dans notre programme prospectif nécessaire, et parfois long, le soutien et le regard d’un commissaire d’exposition natif du pays me permet d’aller plus loin et d’intégrer les questions liées aux contextes sociopolitiques.

En dehors des échanges culturels institutionnels, j’ai aussi tissé lors de mes différentes rencontres et voyages un réseau qui me permet aujourd’hui de m’approcher de jeunes curateurs que j’ai sollicité pour un commissariat pour le Frac. Vingt candidats ont répondu dont l’un sera sélectionné pour les Ateliers Internationaux à venir. Il y a deux ans, dans le même esprit, Dorothée Dupuis, ex-directrice du Triangle à Marseille, et vivant au Mexique, m’a permise de créer un réseau avec la jeune scène artistique sud américaine. Un recours précieux pour une scène difficilement accessible et qui m’intéresse fortement.

En 2018 à l’automne, c’est  Diana Marinescu, commissaire d’exposition et historienne de l’art reconnue, qui assurera le commissariat à la biennale de Timișoara en Roumanie. Elle va choisir les artistes qui viendront en résidence au Frac. Elle-même pourra venir en résidence pour orchestrer et suivre le travail des artistes en question afin que la production aboutisse à une exposition collective  cohérente. C’est un programme collaboratif et passionnant. A l’issue de ces résidences il n’y a pas d’acquisition obligatoire même s’il est très rare que l’on n’achète pas au moins une œuvre.

P.H. : Depuis quelques années, comme pour les deux expositions en cours, vous faites aussi appel à des artistes pour le commissariat ?

L.G. : C’est vrai on aime bien travailler directement avec les artistes même si ce n’est pas systématique. On privilégie cette voie autant pour la production de nouvelles œuvres personnelles que pour le regard qu’ils peuvent porter sur notre collection. Cette interaction nous intéresse particulièrement. Je trouve formidable d’associer des artistes au commissariat des expositions, ils osent plus de choses par rapport aux commissaires rompus à l’exercice, notamment dans l’accrochage. Comme par exemple, la superposition de deux œuvres proposée par Joe Scanlan sur le mur de l’exposition Décor au Frac actuellement. De plus, cet artiste s’intéresse aux relations entre art et design. Il interroge l’œuvre d’art et sa reproduction, l’œuvre d’art et sa dimension politique ou sa valeur marchande. Ce sont toutes ces questions qui transparaissent finalement dans l’exposition Avant-Poste.

P.H. : Pour les expositions hors les murs, quelles sont les synergies régionales et internationales ?

L.G. : Bien sûr, on a tout un programme d’exposition sur le territoire, avec une quinzaine d’expositions autant dans les lycées, les collèges, que dans les monuments historiques. Depuis deux ans, nous avons mis en place une convention avec le département du Maine et Loire qui nous permet de faire pour la deuxième année une exposition dans la collégiale St Martin d’Angers. On a travaillé avec Delphine Coindet qui a choisi de mettre en écho des œuvres de la collection avec ses nouvelles pièces personnelles. Et cette année ce sera une exposition de Richard Fauguet, avec plutôt un focus sur son travail. Actuellement avec la Galerie 5 à Angers, on a un projet avec Simon Thiou, un jeune artiste issu des beaux arts d’Angers, qui a aussi choisi de mettre en dialogue des œuvres de la collection avec son travail et sa démarche personnelle.

Depuis 2007, la galerie HAB est l’un des partenaires importants du Frac. On y fait une ou deux expositions par an. Nous avons également un dépôt de 70 œuvres dont 50 sont exposées au Musée des Beaux Arts. Il y a un an on a monté quatre grandes expositions dans les quatre musées du Mans. Nous avons proposé une exposition au musée d’archéologie de Poitiers  où des œuvres du Frac dialoguaient avec des œuvres du magdalénien et de l’art roman.

On a aussi un programme international d’expositions, comme par exemple, avec le Musée Ludwig à Budapest ou l’Institut Français de Budapest. On a une expo au Musée de Montréal, une autre encore dans le cadre d’un festival photo à Pékin. Je viens de faire le commissariat d’une exposition itinérante qui a circulé en Asie, Singapore, Séoul et Bangkok avec les 23 collections de Frac dont j’ai choisi une ou deux œuvres et c’était une exposition qui s’appelait What is not visible is not invisible du nom d’une des œuvres présentée, de Julien Discrit. Nous avons toujours des projets en cours.

P.H. : Belle vitalité, comment faites- vous ?

L.G. : Nous avons beaucoup de désirs et d’énergie. On touche 15000 scolaires par an et 300 professeurs. On a aussi beaucoup de projets avec les universités d’Angers et de Nantes.

Nous avons également une politique éditoriale et nous sommes éditeurs de catalogues d’exposition pour des institutions à l’étranger. Par exemple nous avons réalisé un catalogue pour une expo en Suisse ou en Australie. Dernièrement, c’est pour une exposition de Gérard Byrne, un artiste irlandais, dont on a fait la publication pour l’institution en question. C’est vraiment intéressant et passionnant de promouvoir les artistes et leur art à tous les niveaux.

P.H. : Et quels sont les projets à venir ?

L.G. : Cet été, les deux prochaines expositions à Carquefou sont Armel Eloyan, un artiste de 51 ans d’origine arménien vivant à Zurich et peu connu en France, qui fait un travail en peinture à l’huile assez expressionniste. Il s’intéresse aussi aux contes et aux figures de Walt Disney. Mais avec des personnages déformés par rapport à leurs représentations habituelles qui aurait été un peu chahuté par des enfants, comme revue par un certain Paul McCarty.

Et dans la petite salle du Frac consacrée aux jeunes artistes, où actuellement Eva Taulois est installée, nous proposerons Makiko Furuishi, une jeune peintre dessinatrice d’origine Japonaise installée à Nantes. Ce programme prospectif nous permet de valoriser la scène émergeante. Ensuite, il y aura les Ateliers Internationaux avec Diana Marinescu qui sera associée aux 6 jeunes artistes roumains et en même temps nous avons 2 jeunes artistes qui vivent à Quimper, Camille Girard et Paul Brunet.

Et bien sûr, nous avons ce projet d’une antenne du Frac installée au centre de Nantes qui nous permettra de développer un nouvel espace d’exposition. Un appel d’offre est lancé pour un bureau d’étude afin d’analyser avec nous les besoins et la conception de ce nouveau lieu dans le cadre de notre projet artistique.

P.H. : Est-il prévu la réhabilitation d’une friche ou une création nouvelle ?

L.G. : On risque de se greffer sur un bâtiment à vocation multiples, d’habitation et de bureaux. Vous avez vu le quartier, l’île est en pleine mutation.  De nouveaux bâtiments sont en construction. L’idée serait d’investir un rez-de-chaussée et un étage dans un de ces bâtiments au plus tard au 1er semestre 2022.

Ce lieu serait, grâce à une nouvelle répartition des programmes d’expositions, consacré aux expositions temporaires et aux présentations des Ateliers Internationaux. Tandis que Carquefou deviendrait plutôt un lieu de recherche, avec un programme d’études, des séminaires, des conservateurs de musée… Peut être même devenir une « réserve active » que les gens puissent voir comment fonctionne un Frac avec sa collection, comment on la gère et comment on la restaure. On a déjà fait une expo à la HAB Galerie, intitulée Ouverture pour inventaire, où l’on montrait aux visiteurs comment on fait un recollement, comment on marque un numéro d’inventaire sur une œuvre en plastique ou sur une œuvre en cuivre,  comment on met en caisse une œuvre, comment on restaure…bref montrer la face cachée d’un Frac. Ça a bien marché les gens ont vraiment apprécié et ce serait bien de le proposer directement in situ.

Merci Laurence, bonne chance pour tous ces nouveaux projets.

Demain à suivre : un article sur la double exposition en cours Décor/ Avant-Poste

INFORMATIONS PRATIQUES
FRAC des Pays de la Loire
24 bis Boulevard Ampère
La Fleuriaye
44470 Carquefou
Horaires : du mercredi au dimanche 14 :00 – 18 :00
Téléphone : 02 28 01 50 00
http://fracdespaysdelaloire.com

by Patrice HUCHET

Coups de cœur sur Drawing Now. Le dessin s’ouvre à des pratiques plus larges

stand-BackslashUne 12ème édition dense et particulièrement riche de découvertes. Voici une petite sélection de mes coups de cœur qui penchent certes vers des œuvres qui flirtent avec l’art contemporain.

Le travail qui m’a probablement le plus impressionné dans cette édition 2018 est présenté par la Galerie Maubert qui propose des œuvres hallucinantes qui questionnent l’enfermement réalisées par Nicolas Daubanes. Il crée sur des panneaux aimantés, qu’il utilise comme des cartes à gratter, des scènes de vie carcérale qu’il recouvre ensuite de limaille de fer. Cette limaille, qui renvoie aux barreaux sciés des prisons, n’adhère plus au panneau sur les parties grattées et est ainsi libérée laissant apparaitre en négatif la scène. Des œuvres troublantes et percutantes.

La galerie Backslash installée dans la section Process, dédiée aux expérimentations du dessin contemporain, propose une œuvre totale puisque c’est tout le stand qui est transformé en œuvre d’art. L’artiste Xavier Theunis a eu carte blanche pour mettre en scène les travaux de plasticiens, de peintres et de dessinateurs. Un dialogue qui se transforme en symphonie.

La galerie Galerie Escougnou-Cetraro nous propose un solo show du duo Pia Rondé & Fabien Saleil qui pratique un dessin à l’eau-forte sur plaques de zinc, ainsi que des dessins à l’argenture de miroir et peinture sur verre, reprenant des techniques habituellement appliquées à la gravure. Marquées par la soudure, percées par les acides, les plaques assemblées se transforment en bas reliefs à la présence sculpturale. Des œuvres qui troublent notre vision qui semble se dédoubler et font apparaître des jeux d’architecture et  de perspectives.

Cathryn Boch à la galerie Papillon, présente un travail qui sort largement du dessin pour devenir des œuvres en 3D aux allures d’objets organiques. Ces compositions faites de fragments de cartes et de photographies qu’elle tord, étire, plie et brûle sont cousus et brodés de fils qui dessinent des formes énigmatiques et créent des paysages fantastiques.

J’ai beaucoup aimé aussi la série Avalanche de Sophie Bouvier Ausländer présentée par la galerie londonienne Patrick Heide. Sur des cartes géographiques recouvertes de peinture, notre artiste suisse par un jeu de quadrillage, comme le feraient des sauveteurs sur le terrain après une avalanche, et de grattage fait apparaitre ici ou là quelques éléments. Le propos ne contient pas d’anecdote ni d’histoire personnelle mais interroge plutôt la carte en tant que représentation du monde.

Avalanche_Sophie-Bouvier Auslander
Avalanche_Sophie-Bouvier Auslander

La photographie inspire également de nombreux dessinateurs Par exemple, la galerie Sator s’intéresse à l’histoire à partir du travail d’Eric Manigaud qui questionne la notion de vérité en confrontant la pratique du dessin aux sources photographiques et celui de Jean-Marc Cerino qui réactive des archives photo avec des œuvres en brou de noix sur film polyester.

La galerie Particulière rend hommage au cinéma avec les œuvres de Mathieu Dufois.

Le monde est un théâtre et Mathieu Dufois a choisi d’en rendre compte à partir de toute une production de dessins inspirés de films et de photographies passées.

J’ai été agréablement surpris de voir une série de Gérard Fromanger qui nous gratifie d’une toute nouvelle production en reproduisant des portraits hyper célèbres d’artistes tout aussi célèbres : Basquiat, Picasso, Delacroix, Giacometti… présentée par la galerie Caroline Smulders. Fidèle à son tracé de lignes et l’enchevêtrement de courbes, il donne naissance aux visages et corps des artistes qui font partie de son panthéon.

Enfin, la galerie Claire Gastaud présente deux polyptiques d’Alain Josseau qui dissèque les images de cinéma, de presse, en les réinterprétant. Deux œuvres magistrales sont présentées, l’une Mossul vs Bull Run constituée de 15 tableaux, met en confrontation plusieurs visions de la guerre spectacle, l’autre réalisée spécialement pour Drawing Now Time-surface autour du film « I comme Icare » compile en une seule image le déroulement du film.

L’ensemble exposé est important il y a de nombreuses autres œuvres qui ont un intérêt particulier celles de Pedro Barateiro (galeriaFilomena Soares), de Janko Domsic (Christian Berts art brut),  de Jan Voss (Galerie Lelong&co), d’Eric Lambé (galerie Martel),  de Lenny Rébéré (galerie Isabelle Gounod)…

Une belle édition !

INFORMATIONS PRATIQUES
Drawig Now Art Fair
Du 22 au 25 mars 2018
La carreau du Temple
4rue Eugène Spuller
75003 Paris
http://drawingnowparis.com

 

Guillaume Herbaut réveille nos amnésies au sommet à la Grande Arche du Photojournalisme

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L’exposition de Guillaume Herbaut questionne le rapport de l’Homme à son destin et présente des photographies qui réactivent notre mémoire. Avec notamment des images des différents reportages réalisés à Tchernobyl qui sont fondateurs de son travail.

Cette exposition importante n’est pas une rétrospective. Elle présente les moments phares du travail d’un photographe dont le style très personnel inspire la nouvelle génération de photoreporters.

Ses sujets de prédilection sont la guerre, la destruction, les conflits… qu’il traite sous le prisme de la trace, de la mémoire. Contrairement à la plupart des photoreporters qui utilise plutôt le 24X36, le format de l’instantané et du présent, Guillaume Herbaut travaille avec un moyen format qui nécessite de se poser et d’avoir un rapport particulier avec le temps passé, avec la mémoire. De plus pour lui, c’est un format qui fait écho à la peinture classique et lui permet de se différencier. Il tient toutefois à inscrire sa filiation dans l’histoire du photojournalisme, plutôt que dans la photographie d’art.

L’exposition se développe en  5 parties :

Tchernobyl : Condamnés à l’invisible

Comment rendre compte de l’invisible ? Le photographe Prix Nièpce 2011 joue la frontalité. Des rescapés de l’explosion nucléaire de Tchernobyl font face à des disparus, symbolisés par leurs objets fétiches. Des paysages assez neutres deviennent des lieux de peur avec l’affichage de becquerels qui indique le taux de radioactivité. Un mur de portes closes renforce la symbolique de l’invisible et de l’infranchissable.

La Zone : les bas-fonds du XXIe siècle

Avec des images qui semblent sorties d’un story-board pour un film où les personnages seraient perdus entre deux dimensions, Guillaume Herbaut nous plonge dans ce lieu où la toxicité des radiations a laissé la place à des personnages désœuvrés voire misérables. Ces photographies captent l’urgence et le désordre de la vie.

Weapons shows : 

Des formats géants comme des affiches publicitaires présentent des scènes de salons internationaux d’armements.  Des images bien proprettes qui viennent en contrepoint avec le reste du travail de Guillaume Herbaut et qui avec une certaine ironie montrent l’une des faces cachées de la guerre.

Ukraine, de Maïdan au Dombass : les combattants

Fidèle à son attachement à l’Ukraine, Guillaume Herbault s’y rend régulièrement pour y suivre les tensions entre les partisans d’un pays tournés vers l’Europe et ceux qui sont attachés aux Russes. Des images entre le MaÏdan et le Dombass où des frères ennemis semblent rejouer une dispute bien archaïque entre l’Europe et l’Asie.

7/7, l’ombre des vivants : Memento Mori

Un étrange projet que ce 7/7 qui, dans une scénographie en forme de croix latine, décline 7 étapes de l’histoire photographique et des peurs de Guillaume Herbaut. Partant de ses racines dans la maison vide de sa grand-mère en passant par des prises de vue de vendetta en Albanie, de mystérieux crimes de femmes dans le nord du Mexique, des traces monstrueuses des radiations d’Hiroshima… pour finir par un retour sur lui-même avec une mystérieuse boîte noire qui, comme celles des avions, garde secrètement la mémoire d’une vie consacrée à photographier une part obscure de l’humanité.

portrait_GuillaumeHerbaut
portrait_GuillaumeHerbaut

INFORMATIONS PRATIQUES
Pour mémoire
Guillaume Herbaut
Du 13 février au 13 mai 2018
La Grande Arche
1 Parvis de la Défense
92044 Puteaux
Tarif unique accès Arche du Photojournalisme : 4 €
Gratuit pour les -16 ans
Ouvert tous les jours de 9h30 à 18h30
https://www.lagrandearche.fr/le-photojournalisme

by Patrice HUCHET

50 ans après mai 68, l’image de la contestation revient aux Beaux-Arts de Paris

“Images en Lutte” aux Beaux-Arts de Paris est le regard croisé de deux commissaires ; l’un historien de l’art et l’autre historien. L’exposition propose une lecture documentée de ce moment particulier de l’histoire contemporaine, les années 1968-1974, où l’art et le politique, la création et les luttes sociales et politiques furent intimement mêlés.

Assemblée générale_photo Philippe Vernès

L’exposition qui ouvre les commémorations du cinquantenaire de Mai 68, n’a pas choisi les Beaux Arts par hasard. L’école avait pris part aux mouvements de grève de mai 68 dès le début des mobilisations. “Images en Lutte” présente affiches, peintures, sculptures, installations, films, photographies, tracts, revues, livres et magazines (consultables dans le cadre d’une bibliothèque ouverte) qui, outre le fait de témoigner des revendications, luttes et affrontements de la fin des années 1960 et du début des années 1970, présente également un panorama des formes d’expressions artistiques en marche à l’époque.

L’exposition nous accueille dans une salle dont les murs sont tapissés d’affiches originales réalisées collectivement et anonymement par des artistes et des étudiants de l’Ecole des Beaux Arts qui ont occupé celle-ci et y ont créé l’Atelier Populaire. Il est intéressant de voir les affiches validées par les membres de l’Atelier affichées aux murs et les refusées dans les vitrines sur lesquelles on voit encore les traits au crayon et les annotations. On imagine aisément l’effervescence et le bouillonnement dans ces murs à l’époque.

Mais plus largement aux événements de mai 68 c’est tout un mouvement de luttes et d’engagements qui inspirèrent les artistes. L’exposition sans prendre parti sur l’histoire rend compte de ce qui animait politiquement l’époque sur le terrain international. Des révolutions chinoises, cubaines ou sud américaines avec une vision plutôt fantasmée et idéalisée comme outil de propagande. Ou encore des luttes contre la guerre du Vietnam, contre les dictatures ou contre les politiques postcoloniales ou impérialistes comme outil de dénonciation. Des signatures telles que Julio Le Parc, Bernard Rancillac, Edouardo Arroyo produisent des œuvres remarquables et marquent l’iconographie de l’époque.

Dans les usines et dans les campagnes les mouvements contestataires s’agitent. La souffrance et les difficultés des prolétaires urbains et ruraux ont inspiré de nombreuses créations (peintures, films, affiches, y compris pochettes de disque) une façon pour les artistes de témoigner de leur solidarité et de leur volonté de porter secours aux opprimés. Les expressions artistiques vont du réalisme pour certains à l’abstraction comme outil d’émancipation artistique pour d’autres. La remise en question des pratiques et des savoirs touche tous les niveaux du monde intellectuel, l’ensemble des lieux et pratiques culturelles avec une négation de la valeur et des autorités. Dans les arts plastiques, par exemple, une recherche de la déconstruction et des représentations voit la création de groupes artistiques comme  Supports/Surfaces dont on peut voir des œuvres de Claude Viallat ou de Daniel Dezeuze, ou BMPT (Buren/Mosset/Parmentier/Torini) avec 2 œuvres d’Olivier Mosset.

L’étage des Beaux-Arts raconte d’autres luttes et de nouveaux médiums apparaissent. La photographie, très présente, et la vidéo permettent notamment de témoigner des conditions de vie des travailleurs émigrés, des grandes manifestations ouvrières, des violences policières, des nouveaux engagements écologiques (Larzac) et de questionner la condition féminine et homosexuelle. Claude Rutault détourne des panneaux de signalisation routière en message écologique et Martial Raysse fait pousser des champignons très colorés dans des boîtes en bois.

Un dernier espace relate comment les artistes se sont emparés de la mort de Pierre Overney, assassiné par la milice de la Régie Renault, afin de lui rendre hommage. Notamment Merri Jolivet avec son collage sur toile Pompidou/Overney ou Gérard Fromanger avec une grande toile hommage qui évoque la mort d’Overney et le temps des cerises.

« Images en lutte » est un large panorama graphique de la diversité des luttes des années 1970, dont certaines œuvres sont exposées pour la première fois. Une édition spéciale de plus de 800 pages complète ce come back artistico politique.

INFORMATIONS PRATIQUES
Images en lutte, La culture visuelle de l’extrême gauche en France (1968-1974)
Commissaires : Philippe Artières et Éric de Chassey
Exposition du 21 février au 20 mai 2018
Palais des Beaux-Arts
13 quai Malaquais
75006 Paris
http://www.beauxartsparis.fr

Catalogue de l’exposition :
Sous la direction de Philippe Artières et Éric de Chassey.
Préface de Jean-Marc Bustamante.
Textes de Philippe Artières et Éric de Chassey, Élodie Antoine, Anne-Marie Garcia et Pascale le Thorel.
800 pages couleur, 49€.

by Patrice HUCHET