RESONANCE, Part. 1, le Frac Normandie au Musée des Beaux-Arts de Rouen

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Les récentes acquisitions du FRAC Normandie Rouen sont mises à l’honneur au Musée des Beaux Arts de Rouen. Chaque Année le Frac présente ses acquisitions dans ses murs et dans toute la région. L’exposition 2018 se déroule en deux temps et sur deux lieux, le premier au Musée des Beaux-Arts de Rouen, le second sera au Frac Normandie Rouen, où les œuvres venues enrichir le fonds régional sont mises en résonance avec une sélection d’œuvres anciennes.

RESONANCE présente plus de 110 œuvres du Frac acquises au cours de ces cinq dernières années. Fidèle à son programme d’acquisition le Frac poursuit sa collection autour de ses thèmes directeurs que sont le corps, l’environnement et les nouvelles formes de récits.

Cette exposition propose de rendre compte des grandes articulations de la collection et montre, dans ce face à face avec des œuvres classiques issues des musées métropolitains, comment les artistes contemporains questionnent les mêmes thèmes que leurs prédécesseurs. L’évolution des techniques, des outils, des médiums et les changements culturels leur permettant d’écrire les nouvelles pages de l’histoire de l’art.

Divisée en parties successives, RESONANCE se développe sur trois grands thèmes la nature et ses représentations, le corps dans tous ses états et les espaces en tant que constructions mentales ou architecturales. 

L’exposition s’ouvre sur une première partie consacrée à la nature. Le paysage est avant tout une construction du regard et de l’esprit et les artistes s’amusent à reconfigurer notre vision de la nature. Ce jeu pictural navigue entre le remplissage avec les surimpressions de photographies Horizon et Glaciers de Batia SUTER, les formes graphiques des arbres dénudés dans une plaine enneigée de Darren ALMOND qui s’apparentent à de la calligraphie, et la quasi transparence de Crystal Display d’Agata MADEJSKA qui nous fait deviner derrière le jet d’eau d’un jardin public les arbres qui transparaissent comme des spectres sur les bords de la photographie.

La deuxième interprétation du paysage est une représentation macroscopique de la nature avec des gros plans sur des feuilles et des fleurs qui donnent à voir un monde « à la loupe » proche de l’abstraction ou du fantastique. Jochen LEMPERT produit des photogrammes de coquelicots dont les nuances de gris, obtenues par le contact des pétales sur le papier sensible, semblent  être des négatifs d’œuvres des Delaunay. Quant à Julien CREUZET, il interroge l’exotisme et le colonialisme en filmant en plan serré à l’I-Phone, un palmier de la banlieue parisienne.

Dans le dernier espace consacré à la nature, le paysage devient un personnage fictionnel. Avec la vidéo, le dessin ou la photographie, les artistes présentent une nature plus proche du symbolique et lui donnent une autre matérialité. Par exemple, Thomas BARBEY questionne la matière imprimée et crée à l’encre de Chine des paysages de bord de mer. Ses simples traits retirent du relief et des nuances qui transforment ses paysages et leur donnent une toute autre évocation émotionnelle.

Le corps sujet de la seconde partie de l’exposition est décliné sous trois angles ; le corps à l’épreuve, le corps en mouvement et le portait, grand classique de l’histoire de l’art.

L’épreuve du corps est évoquée avec une œuvre impressionnante de Sophie DUBOSC qui contorsionne 24 petits matelas de mousse (dont seulement 11 sont présentés ici) créant un véritable Alphabet des postures de la souffrance. Dans Body print n°1, Alexandra BIRCKEN se focalise sur l’écriture du corps par lui-même. En projetant son corps, et plus particulièrement ses seins couverts de peinture de façon répétée sur le papier. Autre représentation du corps de Dominique DE BEIR suggérée cette fois-ci par des tâches de cire qui évoquent le sang.

Le corps en mouvement est depuis longtemps un sujet pour les artistes. Des études de Léonard de Vinci ou Michel-Ange aux danseuses de Manet, ou encore avec les animations photographiques de la fin du XIXe siècle, les artistes contemporains le réinterprètent également. Dans ses photographies, Carina BRANDES se met en scène dans des postures où le corps défie la pesanteur, flotte ou se renverse. Elles renvoient à l’histoire de la performance et rappellent les images body configuration de Valie Export. Les gants de motards teintés d’argent d’Alexandra BIRCKEN font écho aux mains dans le tableau du 18ème siècle de Hyacinthe RIGAUD.

Pour finir cette ode au corps une galerie de portraits contemporains en revisite les codes classiques. Avec une magnifique photo de Béatrice Dalle en Mona Lisa, Rineke DIJKSTRA rend hommage aux grands portraitistes. Dans son installation, Jean-Paul BERRANGER met en tension sphère intime et formats normatifs. Agrandi et multiplié selon les différents formats de cadre IKEA, le portrait de son père n’est visible en son entier que dans sa version originale. Medhi-Georges LAHLOU déjoue les constructions sociales et les a priori sur l’esthétique traditionnelle et religieuse de la culture musulmane à travers une paire de talons aiguilles rouge disposée devant un tapis de prière.

Après la nature, les corps, c’est aux espaces architecturés qu’est consacrée la troisième partie. L’occasion de repenser le portrait d’intérieurs mais aussi de dévoiler ce qui est généralement caché, l’envers du décor, dans des sortes de « non-lieux ». Maquette, dessins, photographies donnent corps à des espaces fantasmés, suggérés, vestiges d’un temps ou tout simplement vides. Cette force de suggestion est particulièrement étonnante avec Epuisement (interphone) de Dominique PETITGAND, un interphone immédiatement identifiable comme objet d’intérieur mais qui ici parle aussi de l’intériorité car il fait entendre le discours intime et décousu d’une femme épuisée.

Cette introspection va jusqu’aux non-lieux. Ces espaces indéfinissables et imaginaires, comme par exemple les images des déambulations de Pierre-Olivier ARNAUD qui vont jusqu’à la dématérialisation, qu’il réalise à l’aide à de multiples transformations (recadrage, agrandissement, impression, numérisation, sérigraphie).

Finalement, l’exposition se termine sur les nouvelles formes de récits. Aux côtés des livres d’artistes, abondamment représentés dans la collection et émaillant tout le parcours de l’exposition, sont présentées des œuvres d’artistes qui repensent les structures narratives mais aussi l’écriture qui s’y associe.

Un premier épisode de RESONANCE qui, par sa qualité, invite déjà au second qui sera proposé en avril au Frac.

INFORMATIONS PRATIQUES
• RÉSONANCE, PARTIE 1
Du 17 février au 13 mai 2018
Exposition au musée des Beaux-Arts de Rouen conçue par le Frac Normandie Rouen dans le cadre de sa programmation hors-les-murs.
• RÉSONANCE, PARTIE 2
Du 14 avril au 26 août 2018
Au Frac Normandie Rouen
Musée des Beaux-Arts de Rouen
Esplanade Marcel Duchamp
76000 Rouen
www.mbarouen.fr
> Frac Normandie Rouen
3 place des Martyrs-de-la-Résistance
76300 Sotteville-lès-Rouen
www.fracnormandierouen.fr

by Patrice HUCHET
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