RESONANCE, Part. 1, le Frac Normandie au Musée des Beaux-Arts de Rouen

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Les récentes acquisitions du FRAC Normandie Rouen sont mises à l’honneur au Musée des Beaux Arts de Rouen. Chaque Année le Frac présente ses acquisitions dans ses murs et dans toute la région. L’exposition 2018 se déroule en deux temps et sur deux lieux, le premier au Musée des Beaux-Arts de Rouen, le second sera au Frac Normandie Rouen, où les œuvres venues enrichir le fonds régional sont mises en résonance avec une sélection d’œuvres anciennes.

RESONANCE présente plus de 110 œuvres du Frac acquises au cours de ces cinq dernières années. Fidèle à son programme d’acquisition le Frac poursuit sa collection autour de ses thèmes directeurs que sont le corps, l’environnement et les nouvelles formes de récits.

Cette exposition propose de rendre compte des grandes articulations de la collection et montre, dans ce face à face avec des œuvres classiques issues des musées métropolitains, comment les artistes contemporains questionnent les mêmes thèmes que leurs prédécesseurs. L’évolution des techniques, des outils, des médiums et les changements culturels leur permettant d’écrire les nouvelles pages de l’histoire de l’art.

Divisée en parties successives, RESONANCE se développe sur trois grands thèmes la nature et ses représentations, le corps dans tous ses états et les espaces en tant que constructions mentales ou architecturales. 

L’exposition s’ouvre sur une première partie consacrée à la nature. Le paysage est avant tout une construction du regard et de l’esprit et les artistes s’amusent à reconfigurer notre vision de la nature. Ce jeu pictural navigue entre le remplissage avec les surimpressions de photographies Horizon et Glaciers de Batia SUTER, les formes graphiques des arbres dénudés dans une plaine enneigée de Darren ALMOND qui s’apparentent à de la calligraphie, et la quasi transparence de Crystal Display d’Agata MADEJSKA qui nous fait deviner derrière le jet d’eau d’un jardin public les arbres qui transparaissent comme des spectres sur les bords de la photographie.

La deuxième interprétation du paysage est une représentation macroscopique de la nature avec des gros plans sur des feuilles et des fleurs qui donnent à voir un monde « à la loupe » proche de l’abstraction ou du fantastique. Jochen LEMPERT produit des photogrammes de coquelicots dont les nuances de gris, obtenues par le contact des pétales sur le papier sensible, semblent  être des négatifs d’œuvres des Delaunay. Quant à Julien CREUZET, il interroge l’exotisme et le colonialisme en filmant en plan serré à l’I-Phone, un palmier de la banlieue parisienne.

Dans le dernier espace consacré à la nature, le paysage devient un personnage fictionnel. Avec la vidéo, le dessin ou la photographie, les artistes présentent une nature plus proche du symbolique et lui donnent une autre matérialité. Par exemple, Thomas BARBEY questionne la matière imprimée et crée à l’encre de Chine des paysages de bord de mer. Ses simples traits retirent du relief et des nuances qui transforment ses paysages et leur donnent une toute autre évocation émotionnelle.

Le corps sujet de la seconde partie de l’exposition est décliné sous trois angles ; le corps à l’épreuve, le corps en mouvement et le portait, grand classique de l’histoire de l’art.

L’épreuve du corps est évoquée avec une œuvre impressionnante de Sophie DUBOSC qui contorsionne 24 petits matelas de mousse (dont seulement 11 sont présentés ici) créant un véritable Alphabet des postures de la souffrance. Dans Body print n°1, Alexandra BIRCKEN se focalise sur l’écriture du corps par lui-même. En projetant son corps, et plus particulièrement ses seins couverts de peinture de façon répétée sur le papier. Autre représentation du corps de Dominique DE BEIR suggérée cette fois-ci par des tâches de cire qui évoquent le sang.

Le corps en mouvement est depuis longtemps un sujet pour les artistes. Des études de Léonard de Vinci ou Michel-Ange aux danseuses de Manet, ou encore avec les animations photographiques de la fin du XIXe siècle, les artistes contemporains le réinterprètent également. Dans ses photographies, Carina BRANDES se met en scène dans des postures où le corps défie la pesanteur, flotte ou se renverse. Elles renvoient à l’histoire de la performance et rappellent les images body configuration de Valie Export. Les gants de motards teintés d’argent d’Alexandra BIRCKEN font écho aux mains dans le tableau du 18ème siècle de Hyacinthe RIGAUD.

Pour finir cette ode au corps une galerie de portraits contemporains en revisite les codes classiques. Avec une magnifique photo de Béatrice Dalle en Mona Lisa, Rineke DIJKSTRA rend hommage aux grands portraitistes. Dans son installation, Jean-Paul BERRANGER met en tension sphère intime et formats normatifs. Agrandi et multiplié selon les différents formats de cadre IKEA, le portrait de son père n’est visible en son entier que dans sa version originale. Medhi-Georges LAHLOU déjoue les constructions sociales et les a priori sur l’esthétique traditionnelle et religieuse de la culture musulmane à travers une paire de talons aiguilles rouge disposée devant un tapis de prière.

Après la nature, les corps, c’est aux espaces architecturés qu’est consacrée la troisième partie. L’occasion de repenser le portrait d’intérieurs mais aussi de dévoiler ce qui est généralement caché, l’envers du décor, dans des sortes de « non-lieux ». Maquette, dessins, photographies donnent corps à des espaces fantasmés, suggérés, vestiges d’un temps ou tout simplement vides. Cette force de suggestion est particulièrement étonnante avec Epuisement (interphone) de Dominique PETITGAND, un interphone immédiatement identifiable comme objet d’intérieur mais qui ici parle aussi de l’intériorité car il fait entendre le discours intime et décousu d’une femme épuisée.

Cette introspection va jusqu’aux non-lieux. Ces espaces indéfinissables et imaginaires, comme par exemple les images des déambulations de Pierre-Olivier ARNAUD qui vont jusqu’à la dématérialisation, qu’il réalise à l’aide à de multiples transformations (recadrage, agrandissement, impression, numérisation, sérigraphie).

Finalement, l’exposition se termine sur les nouvelles formes de récits. Aux côtés des livres d’artistes, abondamment représentés dans la collection et émaillant tout le parcours de l’exposition, sont présentées des œuvres d’artistes qui repensent les structures narratives mais aussi l’écriture qui s’y associe.

Un premier épisode de RESONANCE qui, par sa qualité, invite déjà au second qui sera proposé en avril au Frac.

INFORMATIONS PRATIQUES
• RÉSONANCE, PARTIE 1
Du 17 février au 13 mai 2018
Exposition au musée des Beaux-Arts de Rouen conçue par le Frac Normandie Rouen dans le cadre de sa programmation hors-les-murs.
• RÉSONANCE, PARTIE 2
Du 14 avril au 26 août 2018
Au Frac Normandie Rouen
Musée des Beaux-Arts de Rouen
Esplanade Marcel Duchamp
76000 Rouen
www.mbarouen.fr
> Frac Normandie Rouen
3 place des Martyrs-de-la-Résistance
76300 Sotteville-lès-Rouen
www.fracnormandierouen.fr

by Patrice HUCHET

« The Nature of Love » de Charles Sandison, une immersion amoureuse et numérique à la Chapelle des Pénitents Noirs d’Aubagne

Sandison-visite-expo-0036-ph-Marc-Munary-ville-d_AubagneTout l’espace de la Chapelle des Pénitents Noirs est inondé par l’installation numérique de Charles Sandison dans la cadre du festival Marseille Provence 2018 « Quel Amour ! », et qui fait suite à MP13 (Marseille Capitale de la Culture en 2013).

Charles Sandison, dont la palette est un ordinateur et le pinceau les algorithmes s’interroge pour l’occasion sur l’amour. Quel est le sens de l’amour à l’heure du numérique ? Pourrait-on tomber amoureux d’une intelligence artificielle ? … Charles Sandison tente d’y répondre avec sa dernière œuvre monumentale d’art lumineux créée spécialement pour le centre d’art Les Pénitents Noirs.

Après une étude approfondie de l’architecture des lieux et de l’espace mis à sa disposition, Charles Sandison crée et invente un langage qui fait que chaque installation est différente. En visitant la Chapelle des Pénitents Noirs, il a immédiatement pensé aux cavernes du néolithique et leurs peintures rupestres, et bien sûr aux cathédrales dont les vitraux projettent des jeux de lumière sur les fidèles ou visiteurs. Son programme informatique complexe génère des mots, des signes et des entités numériques comme des êtres vivants (sexués, adultes, bébés) puis il détermine leur apparition, leur mouvement, leur collision et leur disparition. Il crée tout un monde embryonnaire de la vie amoureuse transformant la Chapelle des Pénitents Noirs en un incubateur d’amour numérique en perpétuelle évolution car les possibilités de la technologie et les émotions générées par l’œuvre ouvrent des champs infinis.

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L’œuvre immersive provoque un certain bien être et hypnotise. Le plaisir atteint son comble lorsque vous assistez à l’une des performances de danse programmées dans cette « Nature of Love ».

Charles Sandison est né en 1969 au Royaume-Uni. Il vit et travaille en Finlande. Peu connu du grand public, il est pourtant présent dans les collections des plus grandes institutions et musées et notamment au Musée du Quai Branly pour lequel il a créé « The River », l’œuvre qui anime la grande rampe d’accès aux espaces d’exposition.

INFORMATIONS PRATIQUES
Charles Sandison
« The Nature of Love »
Du 14 février au 1er Septembre 2018
Centre d’art Les Pénitents Noirs
Les Aires St Michel
13400 Aubagne
Tél : 04 42 18 17 26
Du mardi au samedi, de 10h à 12h et de 14h à 18h.
http://www.mp2018.com

Deux femmes dans l’Aurès des années 30

Deux femmes racontent l’Aurès des années 30 au Pavillon Populaire dans une exposition qui montre comment deux scientifiques se sont révélées de remarquables photographes.

Femme-portant-un-tatouage©-Thérèse-Rivière

Le programme 2018 au Pavillon Populaire, espace dédié à la photographie à Montpellier, est particulièrement audacieux et ambitieux. Sous la forme d’un triptyque la programmation 2018 permet d’interroger différents aspects de la photographie. Le premier volet donne à voir la photographie documentaire à des fins scientifiques avec le travail photographique de missions ethnographiques dans l’Aurès en Algérie. Le second présente la photographie de propagande avec notamment une exceptionnelle exposition qui réunira des images de propagande nazie confrontées aux images de photographes juifs dans les ghettos prêtées pour l’occasion par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Le troisième volet proposera un regard sur la photographie de témoignage avec un focus sur le sud des Etats-Unis au moment des luttes pour les droits civiques.Une programmation exigeante qui s’inscrit dans une politique culturelle de la Ville de Montpellier remarquable en permettant notamment un accès gratuit à l’ensemble de ses expositions au Pavillon Populaire, le bien nommé.

AURES, 1935

Depuis le 7 février et jusqu’au 15 avril 2018, Le Pavillon Populaire propose une très belle exposition  avec  le regard sensible de deux femmes d’exception. Cette exposition présente, pour la première fois ensemble, une sélection de 120 photographies prises par deux jeunes chercheuses, Thérèse Rivière et Germaine Tillion, lors d’une mission ethnographique conduite à partir de 1935 dans l’Aurès et commandée par le Musée d’Ethnographie du Trocadéro qui deviendra le Musée de l’Homme. Cette mission, moins connue que la célèbre mission Dakar-Djibouti (1931-1933) conduite par Michel Leiris et Marcel Griaude en Afrique subsaharienne ou que l’expédition menée en Amazonie par Claude Levis-Strauss (1934), fut tout aussi importante d’un point de vue scientifique compte tenu de la somme d’images, d’enregistrements et de notes réunis par ces formidables ethnographes de terrain.

Un témoignage ethnologique rare sur la société berbère, dans le massif des Aurès, lors de plusieurs voyages d’études de l’entre deux guerres chez les Chaouias. « Se déplaçant à dos de mulet dans les montagnes traversées de gorges et dépourvues de route, où la présence coloniale française se résume alors à un administrateur et quatre gendarmes, les deux jeunes femmes passent deux ans ensemble, en étant totalement intégrées dans la société chaouia » comme l’explique Christian Phéline, le commissaire de l’exposition.

Deux femmes, deux regards, caméra au poing

Les années 30 voient la révolution technologique permettre aux ethnologues et photoreporters de délaisser les lourdes chambres à plaques de verre pour les nouveaux boîtiers portatifs à pellicule souples. L’exposition permet de saisir deux approches et deux regards différents.

Thérèse Rivière se concentrant sur l’étude des activités matérielles et l’économie domestique utilise un Leica qui lui permet des prises de vues rapprochées. Elle se montre très empathique dans son approche des Aurésiens.

De son coté, Germaine Tillion, davantage « ethnologue » est plus portée sur la réflexion théorique et utilise un Rolleiflex, qui impose plus de distance avec le sujet. Ce recul scientifique n’enlève rien à son humanisme, on peut lire à la fin de l’exposition, la phrase inscrite en noir sur un mur blanc : « J’étais dans les Aurès avec un sentiment de sécurité complète. La sauvagerie c’est en Europe que je l’ai apprise. A Ravensbrück, vraiment, nous avions à faire à des sauvages » qui résume bien le parcours douloureux de cette femme engagée et résistante.

Leur travail photographique s’est révélé bien plus que documentaire et pédagogique et renvoie à une histoire tant esthétique que sociale de la photographie.

INFORMATIONS PRATIQUES
AURES, 1935
Au Pavillon Populaire
Du 7 février au 15 avril 2018
Commissaire de l’exposition : Christian Phéline
Direction artistique : Gilles Mora
Pavillon Populaire
Esplanade Charles-de-Gaulle
34000 Montpellier
T +33 (0)4 67 66 13 46
Horaires d’ouverture
Du mardi au dimanche (sauf 25 décembre, 1er janvier et 1er mai)
Hiver : 10h – 13h et de 14h – 18h / Eté : 11h – 13h et 14h – 19h
Visites guidées hebdomadaires
Le vendredi 16h – Le samedi 14h30 et 16h – Le dimanche 11h
Visites guidées ou libres en groupe
Réservations obligatoires par mail : visites@ville-montpellier.fr
Entrée libre et gratuite pour tous les publics / Accessibilité aux personnes handicapées

Art Capital. Plus de 2000 artistes investissent la nef du Grand Palais

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A l’heure des carnavals, ce sont plus de 2000 artistes qui se réunissent sous la grande verrière du Grand Palais pour une grande fête de 4 jours à l’occasion d’Art Capital.

Depuis 2006, Art Capital est le plus grand rassemblement de la communauté artistique française et internationale. Inscrit dans la tradition historique des salons artistiques, Art Capital est né de l’union de plusieurs salons : Le Salon des Artistes Français (né en 1667), le Salon des Indépendants (né en 1884), le Salon du Dessin et de la Peinture à l’eau (né en 1954) et le Salon Comparaisons (né en 1956 de la confrontation entre figuration et abstraction).

Ces 4 salons racontent aussi une partie de l’histoire de l’art en France,  du plus ancien le Salon des Artistes français, créé par Colbert sous l’impulsion de Louis XIV, aux suivants ayant été crées par des courants artistiques délaissés ou refusés par les modes ou les institutions de l’époque. Chacun ayant présentés de grands noms comme David, Delacroix, Manet, Matisse, Dali, Giacometti…

Contrairement à l’atmosphère luxe et très marchande de la Fiac ou de Paris Photo, il semble régner ici un vent de liberté, une ambiance plus décontractée de la part des artistes, fiers de venir présenter eux-mêmes leur travail  sous la verrière de ce lieu prestigieux et des visiteurs curieux, enthousiastes, passionnés. Les discussions vont bon train. Des rires éclatent. Un esprit de fête réchauffe le glacial Palais en cette période hivernale.

Voici un petit focus sur les deux précurseurs.

Le Salon des Artistes Français, l’historique

Il est le premier salon du genre en France et vit aujourd’hui, rien de moins que,  sa 228e édition. Incroyable longévité ! Martine Delaleuf, présidente du salon,  propose une déambulation dans l’esprit des salons au XIXe siècle qui présente plus de 600 artistes contemporains venant de 30 pays sélectionnés et répartis en 5 sections différentes (peinture, sculpture, gravure, architecture et photographie). L’invité d’honneur de cette édition est l’Ecole des Beaux Arts Hongrois qui a sélectionné 13 artistes présentés dans un espace dédié. Pour la première fois depuis sa création, le salon propose à son public un programme de visites guidées. Autre nouveauté, cette année le salon bouscule les codes et présente une exposition Street-art en collaboration avec Spray Collection. Un jury fait chaque année le tour des allées et décerne (ou pas ) des prix honorant certains artistes.

Parmi les choses les plus intéressantes je peux citer : Les trois grandes et étranges photographiques de Samir Tlatli. Patricia Borges et ses photographies façon collages sur plaques d’aluminium. Un paravent géant de Volodia Popov-Massiaguine. Ghazal Taghizadeh, et sa madone à l’heure des nouvelles technologies. Christophe Beraet et ses personnages très contemporains. Marion Six et l’une de ses « humeurs N°25 ». Jeong Kil LIM et ses ambiances urbaines. Les faux billets, avec ses amis les bêtes, de Limkis

Le Salon des Indépendants, le rebelle

Pas de sélection, pas de prix, pas de jury en est le principe. Pour ce salon, le seul jury est le public. Une grande liberté affirmée et affichée.  Le salon des Indépendants s’inscrit dans l’adn du « Salon des Refusés » qui permit notamment à Manet de présenter son « déjeuner sur l’herbe » et souhaite retrouver une nouvelle impulsion. Comme le signale Lyliane Merit, présidente du salon depuis 2 ans : « Je souhaite inscrire le salon dans son histoire. C’est pourquoi cette année nous avons mis en place un espace qui commémore les immenses signatures qui ont fait l’histoire de ce salon. Mais je veux également que le salon soit installé dans notre époque. Nous l’ouvrons à l’international avec une volonté de mixité de générations, de cultures, de médiums. Nous présentons plus de 550 artistes soit une centaine de plus que l’an dernier. »

Comme son nom l’indique, ce salon est ouvert aux artistes qui n’ont pas encore de galerie. Certains sont venus en associations et délégations afin d’avoir une meilleure synergie dans leur promotion et diffusion (avec notamment des traducteurs pour certains artistes étrangers). Une mini galerie de petits formats a également été mise en place afin de permettre un accès à de tout petits prix. Grâce à un nouveau partenariat avec l’IESA, l’école des métiers d’art et de la culture, les équipes du Salon des Indépendants et une équipe d’une trentaine de jeunes étudiants, assistés de leur responsables pédagogiques, proposent un programme de visites et de médiation auprès des publics (visiteurs et collectionneurs) pendant les 4 jours.

Parmi mes coups de cœur : Jasper CAI, un artiste taïwanais qui présente 2 œuvres imposantes ; des toiles de juste en relief recouvertes d’une centaine de couches de laque. Du meilleur effet. Juste à coté une autre artiste Cheng San KUO propose une très beau « Chinese landscape » proche de l’abstraction. Les sculptures du groupe Art’titudes Plurielles et notamment « le cercle de pierre » de Marc Mugnier. Les œuvres de papier de LEE Chayoung sont très impressionnantes. Les tôles en inox ou aluminium de Marikita Manopoulou perturbent le regard et semblent vivantes. « La Mère priant pour sa fille » de Woo Kyung Jeong. Une photographie sur bâche « Reliquaire 23 » de Jean-Paul Fermet.  Les effets hypnotiques  de « résonnances végétales, suite» en plexiglas d’Eric Beauplace…

N’oublions pas Comparaisons qui propose ,sous le commissariat d’un artiste, 28 groupes correspondants à autant de sensibilités ou de tendances de l’art actuel. Quelques œuvres du groupe Japon, du groupe Constructivisme ou du groupe Sculpture Plurielle sont des pièces remarquables. Enfin, Dessins & Peinture à l’eau propose également une très grande quantité d’œuvres de qualité

Avec ses quatre salons, le Grand Palais s’est transformé en un joyeux labyrinthe artistique. Pas vraiment de frontières entre les salons. Tous les styles s’y mêlent allègrement.  Et cet ensemble, peut-être un peu trop dense, fait que l’on peut passer à coté d’artistes intéressants. Par son absence volontaire de discours politiques ou de sujets « touchy !», on peut aussi regretter le coté très consensuel de l’ensemble d’Art Capital.

ART CAPITAL
> Salon des Artistes Français
> Salon des Artistes Indépendants
> Comparaisons
> Dessins & Peintures à l’eau
Du 14 février au 18 février 2018
Au Grand Palais
Avenue Churchill
75008 Paris
https://www.grandpalais.fr/fr/evenement/art-capital-2018

4×4 à la Galerie RX : Focus sur Baptiste Debombourg

vue-dexposition-Galerie RX
vue de l’exposition-Galerie RX

Seconde édition d’une exposition à seize mains orchestrée par la Galerie RX. Chacune des 4 commissaires invitées invite à son tour un artiste dans la galerie dirigée par Éric Rodrigue et Éric Dereumaux. Mon coup de cœur sur les quatre artistes invités s’est porté cette année sur le travail de Baptiste Debombourg. Invité par Isabelle de Maison Rouge.

Baptiste Debombourg utilise, depuis 2005, le verre dans sa pratique artistique pour sa valeur symbolique de fragilité, de vulnérabilité, de finesse et de transparence. Il permet des reflets, suggérant un glissement entre visible et invisible, entre clair et flou. Le verre est étroitement associé à la lumière, il élargit ou approfondit notre perception visuelle et semble rendre apparent tout un monde opaque ou caché. Baptiste Debombourg travaille toute sorte de verre, transparent, miroir, noir….  Il utilise le verre feuilleté car celui-ci ne tombe pas en morceaux lorsqu’il le brise. Ce qui lui permet de sculpter des formes, de créer des espaces et même d’y imprimer des messages comme ce « raging dreams » exposé à la galerie.

raging-dream-Baptiste debombourg galerie Patricia Dorfmann
raging-dream-Baptiste Debombourg galerie Patricia Dorfmann

Ses œuvres de verres brisés évoquent la brutalité, la destruction du vandalisme et des manifestations. Le verre mémorise l’impact ou l’accident, il résiste ou part en éclats. Symptomatique de l’époque actuelle où violence, attentat, vandalisme, explosion sont des maux courants et des mots du langage courant, ce matériau de notre temps nous la rend encore plus perceptible. La violence n’intéresse pas Baptiste Debombourg. Mais c’est plutôt ce qu’il y a derrière, la face cachée de l’humain, capable du meilleur comme du pire.

Une œuvre appelée « Cesium XIII » prend l’apparence une figure humaine difforme qui sort du mur et dans laquelle le regardant se reflète, révélant à la fois le génie scientifique de l’homme mais aussi sa faculté de détruire.

CESIUM-13-Baptiste Debombourg - Galerie Patricia Dorfmann
CESIUM-13-Baptiste Debombourg – Galerie Patricia Dorfmann

Ses tableaux de verre sont à percevoir comme des meurtrières qui ouvrent sur une vision en trois dimensions et créent une brèche dans le mur, débouchant peut-être sur un ailleurs, un univers propre.

En tout état de cause, c’est très généreux de la part de la Galerie RX  d’ouvrir ses murs à d’autres galeristes et particulièrement intéressant de faire dialoguer des artistes très différents avec des médiums tout aussi variés.

Baptiste Debombourg – Galerie Patricia Dorfmann

INFORMATIONS PRATIQUES
4 invitées + 4 expositions
2nde édition
jusqu’au 21 février 2018
Galerie RX
16 rue des Quatre Fils
75003 Paris
http://www.galerierx.com

Baptiste Debombourg est représenté par la galerie Patricia Dorfmann au 61 Rue de la Verrerie, 75004 Paris http://www.patriciadorfmann.com

Trois artistes au FRAC Franche-Comté : Raphaël Zarka, Etienne Bossut & Hugo Schüwer Boss

Frac Franche Comte Kengo Kuma et TamTam Jungle d'E. Bossut
Frac Franche Comte Kengo Kuma et TamTam Jungle d’E. Bossut photo Blaise Adilon

Avec 3 expositions remarquables dont, la Porche plus vraie que nature d’Etienne Bossut, la programmation 2018 du FRAC FRANCHE-COMTE commence sur les chapeaux de roues.

Les trois artistes, présents dans les collections du Frac Franche-Comté, empruntent à des registres très différents. Raphaël Zarka fait des mathématiques et de sa pratique du skate-board un terrain de jeu créant une nouvelle archéologie.  Etienne Bossut, avec ses moulages, interroge la représentation et l’historique des objets. Hugo Schüwer Boss, quant à lui, puise dans la littérature et les nouvelles technologies le sujet de ses abstractions.

La promenade orchestrée par le Frac commence, à l’étage, par le régional de l’étape Hugo Schüwer Boss qui vit, travaille et enseigne à Besançon. L’exposition « Every Day is Exactly the Same » déploie son champs d’investigation pictural, de 2013 à aujourd’hui, emblématique de la notion d’abstraction trouvée : une abstraction qui puise ses formes dans le réel. Les œuvres présentées sont pour la plupart les dernières d’une série et incarnent l’instant où Hugo Schüwer Boss termine un projet et commence à se projeter dans le suivant. Ces pièces sont à ses yeux « les plus singulières car elles condensent les enjeux d’un temps de travail tout en cherchant à les dépasser ». L’exposition présente de façon non linéaire un ensemble assez hétérogène qui témoigne de l’évolution de sa pratique. D’une peinture géométrique, protocolaire, programmatique, fondée sur l’abstraction, son travail est devenu plus libre, plus intuitif. Un passage progressif, par le biais de l’introduction de nouveaux éléments plastiques comme la transparence, le flou ou encore des effets de pointillisme comme dans Torrent, un grand format dont il dit : « avoir tricoté au pinceau les trames d’un flux numérique ».

En jouant avec des notions opposées comme la vitesse et la lenteur, l’apparition et la disparition, le numérique et l’analogique, Il questionne inlassablement l’image et ses représentations. Sa peinture fait se rencontrer l’histoire de l’art, dont la peinture minimaliste d’Imi Knoebel, avec le cinéma, la littérature, la photographie, la musique et les nouvelles technologies.

La salle suivante est un fondu enchainé entre l’exposition d’Hugo Schüwer Boss et Raphaël Zarka. Reprenant son sujet d’étude des possibilités combinatoires des modules de Schoenflies, Raphaël Zarka propose ici une sculpture « instrumentale » exposée au centre de la salle, composée de neuf modules identiques, servant à effectuer des figures de skateboard. Un skatepark improvisé sous le ciel bleu suggéré par les 4 toiles d’Hugo Schüwer Boos, spécialement produites pour l’occasion, dont les dégradés et les lignes géométriques entrent parfaitement en dialogue avec la structure monumentale de Raphaël Zarka.

Comment peut-on faire croiser recherche mathématique, skateboard et expression artistique ? C’est pourtant ce que parvient à faire magistralement Raphael Zarka qui s’amuse à paver l’espace avec « Partitions régulières », un ensemble de sculptures modulaires, de photographies, de collages, de dessins et de vidéos à travers lesquels le plasticien explore la persistance et la migration des formes à travers le temps et les usages.

Raphaël Zarka

Raphaël Zarka, passionné de skateboard, d’archéologie et d’architecture, s’est approprié les formes scientifiquement établies par le mathématicien et cristallographe Arthur Schoenflies, pour les utiliser à des fins sculpturales en modifiant leur échelle et leurs matériaux. Reprenant les éléments de son projet La famille Schoenflies, sept sculptures modulaires réalisées en merisier selon des formes inspirées par les modèles de Schoenflies. Ces sculptures sont représentatives de la démarche de Raphaël Zarka : montrer comment des formes savantes perdurent à travers le temps et les usages, et les ramener dans le champ de l’art. Les sept petites sculptures aux allures de cristaux de bois posées à même le sol créent un espace archéologique. Impression renforcée par les collages intitulés Monte Oliveto, réalisés en marqueterie de papiers encrés reproduisant des faux marbres peints du Grand Cloître du monastère de Monte Oliveto en Toscane. Leurs motifs géométriques semblent fusionner, là encore, mathématiques et expression artistique. Le film Topographie anecdotée du skateboard, projeté dans une pièce voisine, constitue une autre illustration de la démarche de Raphaël Zarka.

Alors que le chemin semblait plutôt balisé avec les 2 premiers artistes, Etienne Bossut, troisième protagoniste de cette épopée artistique franc-comtoise, s’amuse véritablement à brouiller les pistes avec « Remake ».

Une Porche 356 grise modèle 1951, nommée Pchitt…, trône au centre la salle. Est-ce une œuvre d’art ? Est-ce le stand d’un salon de l’automobile ? Est-ce de l’art ou du cochon ? Pourrait-on dire ironiquement, ce qui ferait beaucoup rire le malicieux Etienne Bossut qui se joue de nos perceptions. Car c’est justement sur ces chemins tortueux qu’il souhaite nous emmené avec ce moulage intégral.

Depuis plus de 40 ans, Etienne Bossut réalise des moulages d’objets avec du polyester teinté dans la masse. Sa pratique sculpturale repose sur un questionnement de nature « photographique », de représentations, de tirages d’images en volume. Ce sont des « images-objets » comme il les nomme lui-même.

Pchitt Etienne Bossut

En effet, en utilisant le moulage, qui permet de reproduire la même œuvre à l’infini, puis en reprenant des formes préexistantes, il se joue du culte de l’original. Cette technique d’empreinte directe renvoie à une recherche conceptuelle sur le statut de l’objet d’art dans le contexte de la modernité et à poétiser l’objet du quotidien.

Si Étienne Bossut semble manipuler à sa guise les mots, les couleurs et les formes, il manipule également les références à l’histoire de l’art. Avec certaines œuvres que l’on pourrait qualifier de « faux ready-made », il parvient ainsi à créer un langage qui réunirait celui de Duchamp, Warhol et Brancusi.

2 œuvres viennent compléter ce « Remake » ; une acrylique sur le mur de la série Pchitt… et Miroirs, qui est composé de trois moulages de miroirs de taille différentes et qui s’inscrit dans la dimension sérielle du travail d’Etienne Bossut.

Cette triple exposition sera l’occasion de voir également des œuvres acquises par le Frac dont Palissade de Raymond Hains et Tam Tam jungle d’Etienne Bossut. L’œuvre pérenne exposée à l’extérieur est constituée de 101 moulages de l’emblématique tabouret « tam tam » d’Henry Massonnet (1968). Une forêt de bambou qui dialogue avec l’architecture de Kengo Kuma.

INFORMATIONS PRATIQUES
Commissaire : Sylvie Zavatta
> Raphaël Zarka Partitions Régulières
> Etienne Bossut Remake
> Hugo Schüwer Boss Every Day is Exactly the samedi
Du 04 février au 20 mai 2018
FRAC FRANCHE-COMTE
Cité des Arts
2,passage des Arts
25000 Besançon
http://www.frac-franche-comte.fr

La métropole rouennaise invite l’art contemporain dans ses musées à l’occasion de la 3ème édition de LA RONDE

Ann-Veronica-Janssen-Stella
Ann-Veronica-Janssen-Stella

LA RONDE est un événement collaboratif ouvert à la création contemporaine qui permet aux jeunes professionnels, artistes, commissaires, de trouver dans 8 musées de la métropole rouennaise un terrain de jeu. Elle propose, pendant 2 mois, un dialogue entre les musées, leurs œuvres et les créations contemporaines d’une quinzaine d’artistes, de toutes disciplines confondues, jeunes ou de renommée internationale, comme Ann Veronica Janssens qui présente pour l’occasion l’une de ses célèbres, Stella.

Photographie, installation, peinture, céramique, cirque, magie, La Ronde danse sur toutes les pistes créatives. Sans vous dévoiler l’ensemble des artistes invités et des œuvres présentées voici quelques notes pour vous mettre en jambes.

Dans la plus pure tradition des natures mortes de la peinture flamande du XVIIe siècle Nicolas Wilmouth vous invite au festin avec sa série «Fables». Sous la patine de plaques de verre albuminées et pigmentées, objets étranges, fleurs, fruits et animaux, superbement mise en scène, nous content des fables comme : Le lièvre et la tubéreuse, le héron et la murène, l’arbre à seiche… Avec nostalgie, ce conte photographique nous interroge sur notre existence, tout en s’amusant à créer des ponts entre le passé et la modernité.

Benoit Billotte, au Musée des Antiquités, propose une archéologie de son propre travail en disséminant ça et là des fragments de ses œuvres. Ces éléments, en terre cuite, plomb moulé ou sérigraphie, dialoguent avec les pièces présentées dans les vitrines du musée avec une étonnante harmonie. Dans le même esprit scientifique, au musée des Beaux-Arts, Georges Adéagbo, tel un ethnologue, étudie, cherche. Passionné de littérature, ses œuvres sont documentées et bavardes. Il crée des installations dans lesquelles il combine des ouvrages, des coupures de presse, des disques, des objets trouvés ou chinés avec des sculptures réalisées sur sa demande au Benin par des artisans. Décortiquant ainsi les éléments culturels qui constituent son sujet et questionnant l’art au sens large et notre société.

Habitué a arpenté le monde à la rencontre de nouveaux territoires afin de comprendre ses occupants, leurs cultures et leurs pratiques sociales, Rodolphe Huguet, présente avec sa série d’autoportraits de rencontrer, une fois n’est pas coutume, son monde intérieur. Dans la salle des vanités du musée des beaux arts, un mur de 25 autoportraits sous forme de crânes vous fait face. Vingt cinq visions de son psychisme et ses différentes émotions faisant suite à un traumatisme crânien sévère. Troublant et beau est ce face à face avec ces orbites hallucinées qui vous hypnotisent.

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Fréderique Chauveaux met le feu au Musée industriel de la Corderie Vallois de Notre-Dame de Bondeville. En tant que danseuse, elle aime les corps et s’amuse à leur donner une autre forme narrative avec la vidéo, dans le même esprit que Samuel Rousseau qui projette ses vidéos sur des objets. Ici, une installation chemises blanches, symboles de corps, s’enflamme sous le feu de la projection vidéo. Autre artiste à jouer avec le feu, Akira Inumaru, qui brûle à la loupe ses délicates peintures sur papier de fleurs et de végétaux. Un acte artistique qui fascine et pousse à s’interroger sur le double pouvoir du soleil : permettre la vie et la beauté mais aussi détruire. Apprivoiser le soleil, c’est peut être le projet d’Akira Inumaru.

Un lit de feuilles en porcelaine bleues emportées par le vent, des graines de pissenlit qui ensemencent des pages de journaux blanches. La légèreté et la fragilité, l’air et l’éphémère émanent des œuvres de Perrine Lievens.  Elle ralentit le temps et va a contre-courant de notre époque. Rendu si fragile, le temps devient un bien précieux.

Fragile aussi, notre planète. Comme a pu le constaté Thomas Cartron, lors de son périple sur les rives asséchées de la mer d’Aral en Ouzbékistan, dont il n’a pu ramener que le souvenir entêtant du motif traditionnel ouzbek de la fleur de coton.

Roland Cros a installé dans le jardin de la Maison de Corneille OV, une œuvre énigmatique en lamelles de bois. La forme rappelle les restes d’un cocon, d’un nid ou d’un œuf géant, qui se serait égaré par le plus grand des mystères dans ce jardin. Son nom, OV, évoque d’ailleurs l’œuf de part sa racine étymologique, mais aussi les deux première lettre de l’acronyme OVNI. Une œuvre poétique d’une très grande beauté graphique qui invite chacun à construire sa propre narration. Anne Houel, quant à elle,  fait de l’architecture son sujet de prédilection. Dans sa serre installée dans le square André Malraux , elle cultive le souvenir d’un monde détruit constitué de débris,  de gravats, de bloc de béton. Cette sculpture se veut être comme un petit monument dédié à la culture et l’histoire de l’architecture qui disparaît.

Les personnages de Fred le Chevalier dansent, glissent et courent sur les murs de Belleville à Paris depuis un bon moment. Aujourd’hui, c’est au Musée National de l’Education, que ces personnages aux traits enfantins, sont venus nous conter une histoire.

LA RONDE est une promenade dans les boucles de la Seine rouennaise qui traverse plusieurs époques, différents lieux, de nombreuses formes créatives et fait tomber les frontières entre les arts.

Les artistes : Ann Veronica Janssens – Georges Adéagbo – Perrine Lievens – Nicolas Wilmouth – Rodolphe Huguet – Etienne Saglio – Benoît Billotte – Julie Pradier – Thomas Carton – Akira Inumaru – Roland Cros – Frédérique Chauveaux – Fred Le Chevalier – Anne Houet – Sophie Ristelhueber

INFORMATIONS PRATIQUES
LA RONDE
Du 26 janvier au 26 mars 2018
Sous la direction de Joanne Snrech et Sylvain Amic
Musée des Beaux-Arts
Esplanade Marcel Duchamp
76000 Rouen
http://mbarouen.fr
• Musée de la Céramique
1, rue Faucon
76000 Rouen
http://museedelaceramique.fr
• Musée des Antiquités
198, rue Beauvoisine ou rue Louis Ricard 76000 Rouen
http://museedesantiquites.fr
• Musée Le Secq des Tournelles
2, rue Jacques Villon
76000 Rouen
http://museelesecqdestournelles.fr
• Musée National de l’Education – Centre de Ressources
6, rue de Bihorel
76000 Rouen
• La Fabrique des Savoirs
7, cours Gambetta
Elbeuf
http://lafabriquedessavoirs.fr
• Maison de Pierre Corneille
502, rue Pierre Corneille
Petit-Couronne
http://museepierrecorneille.fr
• Musée de la Corderie Vallois
185, route de Dieppe
Notre-Dame-de-Bondeville
http://corderievallois.fr

Johan Creten, figure de proue du renouveau de la céramique dans l’art contemporain

portrait de Johan Creten-Photo Claire Dorn_Courtesy Perrotin
Portrait de Johan Creten-Photo Claire Dorn_Courtesy Perrotin

J’ai rencontré Johan Creten, l’une des figures de proue du renouveau de la céramique dans l’art contemporain, à l’occasion de son exposition à la galerie Perrotin. Il y a un an, le Frac de Sète lui consacrait une magnifique rétrospective. Nous profitons de cette exposition parisienne pour parler de son travail et peut être mieux faire connaitre l’un des artistes qui a redonné à la céramique, pourtant longtemps déconsidérée, ses lettres de noblesse. Il a ouvert la voie à de nombreux jeunes artistes contemporains. Pour cette exposition intitulée Sunrise/Sunset, quelques bronzes viennent dialoguer avec des œuvres précoces et des nouvelles productions, en céramique bien sûr.

Je le rencontre dans sa galerie parisienne.

Patrice Huchet : Le titre de l’exposition ainsi que celui de vos œuvres ne sont pas évidents et semblent obscurs ou en tout cas énigmatiques ?
Johan Creten : Oui c’est vrai. D’ailleurs, je préciserais plus énigmatiques qu’obscurs. Je trouve précisément que le mot énigmatique est un joli mot car mes œuvres ne sont pas si obscures que cela. Quand on veut s’y plonger, elles deviennent plus claires et leur compréhension vient assez vite. C’est vrai que les mots sont dangereux. Car ils disent des choses précises. Particulièrement en France ou le verbe est vecteur de beaucoup de choses. Les titres m’amusent beaucoup, c’est souvent un moment très intéressant.

P.H. : D’ailleurs parmi ces titres, vous en avez dans différentes langues, français, anglais, allemand… Comment se fait ce choix ? Est-ce défini par le lieu de production?
J. C. : Ce n’est pas du tout lié au lieu de production mais au sujet. La langue est porteuse d’un univers, elle imprime un contexte culturel à l’œuvre. Par exemple, Aus dem Sérail fait référence à  « l’Enlèvement au Sérail », une œuvre de Mozart dont le livret est en allemand. C’était donc tout naturel. Vous savez je suis belge, je paye mes impôts en France, je travaille aussi aux Pays Bas et aux USA, les langues font parti mon univers et ont quelque chose de fascinant.

vue de l’expo Sunrise/Sunset et oeuvres – Johan Creten – photos Claire Dorn – ADAGP – Courtesy Perrotin

P.H. : Sunrise /Sunset, que pouvez-vous nous en dire ?
J. C. : J’avais envisagé un autre titre mais il était plus polémique, plus violent, et pouvait créer le scandale. Finalement il été retiré et celui-ci, sans renier mon propos, a une dimension plus poétique. L’exposition vous accueille directement avec ce titre peint sur un drap blanc, comme une pancarte de manifestant. Il jouxte une autre œuvre, le Présentoir d’Orange. L’orange, ce fruit originaire de Chine, nous a été transmis par les Perses et son nom est d’origine arabe. C’est le fruit que l’on donne aux prisonniers et aux malades car c’est une bombe de vitamines. Mais c’est plus que cela, car une orange, par sa couleur et sa force, c’est aussi le soleil qui donne la lumière. Vous voyez les deux éléments mis cote à cote, incarnent plusieurs dimensions : un questionnement entre l’orient et l’occident, entre dominants et dominés, le début et la fin d’un cycle, des empires, d’une société… et l’on pourrait creuser encore. Un jeu à plusieurs lectures qui court dans chacune des salles.

P.H. : Justement, je vous invite à faire le tour des salles ensemble, si vous voulez bien.
J. C. : Vous voyez par exemple, dans le mot sunset il y a le mot « set » qui a un grand nombre de significations mais ici que l’on pourrait traduire par « mise en décor ». J’ai mis des rideaux aux fenêtres. Il y a des œuvres imposantes et des œuvres minuscules. J’ai positionné des sièges d’observation. L’exposition dans sa globalité, occupe tout l’espace et le regard va vers le bas, vers le haut comme dans une mise en scène. Des pièces sont à l’ombre, d’autres en pleine lumière ce qui est l’opposé de la classique mise en exposition avec une lecture linéaire. Chez Emmanuel Perrotin, j’ai eu carte blanche. J’ai mis du voilage aux fenêtres, qui répond aux femmes voilées, à la vierge d’Alep. Le voile est un mot tabou aujourd’hui, ici il passe d’une religion à une autre. Il évoque également le conflit en cours au Proche Orient. Le voile est une image de la tragédie, du deuil, de la douleur universelle.

P.H. : Et au milieu cet aigle impérial, vous cherchez à provoquer ?
J. C. : Je cherche peut être à réveiller mais pas à provoquer. Dénoncer mais avec tendresse. Je souhaitais avec ces points d’observation disséminés dans la pièce, ralentir le temps. Ils sont comme des socles de sculpture et invitent le visiteur à s’assoir, à prendre le temps, ressentir. Je fais une proposition de slow show.
Toutefois, je reconnais que j’aime susciter des réactions. Par exemple, l’autre jour on m’a signalé que la femme de ménage de la galerie était très émue devant une des femmes voilées. Certains visiteurs refusent de regarder certaines de mes œuvres. Et ce n’est pas la première fois. Elles provoquent des émotions contradictoires, paradoxales. Elles ont en elles plusieurs lectures et leur interprétation est sur le fil du rasoir et peut basculer d’un coté ou de l’autre. La cohabitation dans la même pièce de femmes voilées, d’une vierge, de l’aigle américain, d’un sexe féminin parle évidemment du choc des civilisations.

P.H. : Chacune des salles a cette dimension politique ?
J. C. : Oui, j’ai construit l’exposition dans ce sens. Par exemple Madame Buterfly de Puccini est une œuvre éminemment romantique mais aussi politique. C’est un choc de deux civilisations. En hommage, j’ai créée une œuvre du même nom faite de deux battes de base ball en grès émaillé. La batte de base ball est une arme de sport, c’est un symbole phallique par excellence, mais l’apport des papillons qui se posent dessus rend l’arme impuissante. Lui enlève toute violence et interroge de façon poétique la domination, quelle soit sexuelle ou politique.

vue de l’expo Sunrise/Sunset et oeuvres – Johan Creten – photos Claire Dorn – ADAGP – Courtesy Perrotin

P.H. : Dans cette autre salle, une œuvre sort du lot, un pêle-mêle ?
J. C. : Il s’agit de The Gate, une œuvre ancienne (2001). Une série de photos qui relate une résidence dans un village près d’Angers. Dans ce petit coin rural, il y avait un parking dont l’entrée a été habillée d’un portique. Effet de style soit. Mais pas seulement. Car il s’agissait pour la commune d’empêcher les gens du voyage de venir s’y installer. Le portique ne permettant pas aux caravanes de passer. J’ai donc, lors de cette résidence, fermé à mon tour celui-ci en le comblant avec des briques ajourées fabriquées spécialement pour l’occasion. Des briques en forme de croix grecque ouvertes créant un claustra. Une fois assemblées, elles font apparaitre de façon subtile une autre forme, une croix gammée. Il s’agissait pour moi de parler de ce refus ordinaire de l’autre, d’avoir une approche d’activiste, comme le fait actuellement Aï Weiwei avec une œuvre également appelée The Gate d’ailleurs.

P.H. : Dans cette salle deux nouveaux bronzes représentent des vautours au sommet d’escaliers en colimaçon, intitulés Im Abendrot « Au crépuscule », ou plus exactement « dans la rougeur du soir », le titre du dernier des quatre derniers lieder de Richard Strauss. Nouvelle référence à la musique classique. La fin d’un autre empire ?
J. C. : C’est bien la pédagogie mais j’aime bien aussi l’idée que le visiteur se perde dans l’interprétation d’une œuvre, car elle doit être porteuse de mystère. C’est intéressant que chacun puisse échafauder ces propres scénarii. Par exemple, j’ai réalisé une grande version de cette œuvre. Quand elle est dehors sous la pluie, elle s’apparente à un oiseau mazouté. Mais sous un ciel bleu, elle devient un pamphlet anti fasciste, qui dénonce les états puissants et dominateurs. Un aigle est un symbole fort. Il est à la fois symbole de dictature, mais aussi des Etats-Unis, de la France sous Napoléon. C’est le symbole de l’animal qui va le plus haut dans le ciel, au plus près de dieu, et qui a une vision globale de ce qui se passe en dessous. Il incarne aussi la surveillance. Ces oiseaux sont perchés sur des escaliers en spirale qui incarne, le temps, et suggère un cycle. Nous sommes toujours dans le jeu du cycle.

P.H. : Vous nous aviez habitués à un bestiaire d’animaux hybrides, ces oiseaux peuvent évoquer des vautours, des aigles, des cormorans… Des restes d’hybridation ?
J. C. : De Gier, le vautour géant qui vous accueille dans la cour de la galerie, n’est pas un vraiment un vautour mais plutôt un hippocampe, un cormoran… on peut y voir une œuvre au message écologique. J’aime laisser une ouverture, une petite ambigüité, que le visiteur s’approprie la lecture de l’œuvre. Elles peuvent évoquer des pays totalitaires, des sujets écologiques, économiques. Tout comme Sign of Time, ce symbole de dollar, enveloppé d’insectes que l’on arrive à peine à identifier. L’ensemble semble englué. Et lorsque l’on regarde l’œuvre de l’autre coté le signe infini apparaît. Toutes les interprétations autour de la finance et du cycle sont permises. Certaines personnes y ont même vu des danseuses. J’adore cela.

P.H. : Nous laisserons donc aux visiteurs la joie d’interpréter eux-mêmes les autres œuvres. Que pouvez-vous nous dire sur ce qui détermine votre choix entre le bronze et la céramique ?
J. C. : C’est très instinctif. Je choisi par exemple la céramique quand la couleur ou la texture sont importantes. D’autre part c’est un matériau beaucoup plus direct, plus émotionnel. Le bronze, c’est autre chose. Il est lié à une notion d’éternité. Il se confronte au temps et a une certaine noblesse. C’est une matière très bourgeoise, tellement capitaliste. J’aime aussi l’idée de faire des œuvres avec ce potentiel de résistance au temps.
D’autre part, il y a également un rapport au travail lui-même. Sur un bronze, il y beaucoup d’intervenants. Sur une sculpture comme celle de la cour, il y a 45 spécialistes qui interviennent pendant un an, alors que sur une céramique comme celle-ci, je travaille aussi avec des artisans, mais je modèle l’œuvre. Il y a un contact à la matière et à l’objet, un rapport physique plus charnel.

P.H. : J’ai lu que vous aviez fait le choix de la céramique il y a quelques années par provocation. Qu’en est-il ?
J. C. : Quand aujourd’hui on dit Creten précurseur du renouveau de la céramique, c’est super et je suis content, car il est vrai qu’il y a 25 ans cette matière était très mal considérée, on la disait ringarde, matière à mamie, on n’imaginait pas faire de l’art sérieux avec de la céramique.
Alors que c’était un parti pris risqué et envisagé comme un acte de suicide artistique, j’ai fait le choix d’apprendre, de trouver un chemin singulier, de me différencier. Et puis, j’ai appris a apprivoiser cette matière, elle est malléable, elle me permet de dire plus de choses que la peinture, ou un autre médium. Alors oui, c’était peut être un acte provocateur mais aussi un acte de revendication pour prendre ma place. Un autre article titrait : Creten a horreur de la céramique. C’est vrai, je déteste la cuisine de la céramique mais j’adore travailler la terre. J’aime bien l’ambigüité. J’ai rendu la vie difficile à mes marchands, à mes collectionneurs car j’ai toujours refusé de faire du papier peint pour riches, je n’ai jamais voulu reproduire la même chose à l’infini dans un système hyper capitaliste. J’ai préféré chercher de nouvelles pistes.

Cette expo est difficile car les collectionneurs ont besoin de deux-trois ans de visibilité d’un artiste avant d’appréhender ses œuvres et de se lancer. Mais c’est un choix de liberté, un choix politique de liberté. C’est donc très courageux pour Emmanuel Perrotin en France et Almine Rech en Belgique de me donner cette liberté, de montrer ces choses qui ne s’inscrivent pas dans une mode. On travaille ensemble pour que cela devienne plus évident et acquis par le public.

vue de l’expo Sunrise/Sunset et oeuvres – Johan Creten – photos Claire Dorn – ADAGP – Courtesy Perrotin

P.H. : Pour le public, je crois que le travail semble réussi à voir la fréquentation de l’exposition. Un vrai succès. Merci Johan.

INFORMATIONS PRATIQUES
Johan Creten
Sunrise/Sunset
Du 10 janvier au 10 mars 2018
Galerie Perrotin
76 Rue de Turenne
75003 Paris
http://www.perrotin.com